Chernobyl – S01E04

Épisode 4 – The Happiness of All Mankind – 17/20
Plus lent, plus long, plus silencieux, cet épisode m’a un peu plus perdu que les précédents parce qu’il se concentre davantage sur les conséquences lentes de la catastrophe plutôt que sur les réactions immédiates qui étaient intéressantes à découvrir et donner un rythme vif à la série. Ici, il y a une sorte de renouvellement qui s’opère et, à un épisode de la fin, c’est un peu étrange. On s’y fait toutefois, surtout que ça permet encore et toujours de découvrir de nouvelles choses et quelques prouesses techniques.

> Saison 1


Spoilers

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The KGB classified it as a state secret.

Bien. Ce n’est officiellement plus raisonnable du tout d’être encore devant ma télé et j’aurais dû m’arrêter pour me garder les deux derniers épisodes à voir… mais il faut dire ce qui est, la série est extrêmement prenante et il est difficile d’en décrocher, surtout que je sais qu’il serait difficile de m’y remettre après une pause. Tant qu’on est plongé dedans, autant les enchaîner…

En plus, cet épisode commence par nous montrer une femme qui n’est pas raisonnable elle non plus : elle refuse d’évacuer sa ferme, quand bien même le gouvernement l’y oblige. C’est un militaire qui est chargé de la chasser de chez elle, et pour cela, il n’hésite pas à aller jusqu’à tuer sa vache, à défaut de la tuer elle, comme elle s’y attendait pourtant. Il fallait bien que la série passe par là, c’est une réalité bien connue après tout.

L’intrigue reprend bien après la catastrophe dans cet épisode, ou bien pendant, c’est selon. Nous sommes quatre mois plus tard : Lyusya découvre son nouvel appartement, et elle est toujours en pleine dépression. En même temps, c’est toute sa vie qui a volé en éclat, ça se comprend. On la retrouve beaucoup plus tard dans l’épisode quand elle a soudainement des contractions alors qu’elle se reposait sur un banc.

Du côté de Tchernobyl, les travaux ont continué, évidemment : des hommes cherchent à établir des relevés de radiations. À Prypiat, la zone d’exclusion, Legasov continue de superviser les travaux et les recherches. La série prend toutefois le parti de s’éloigner beaucoup de lui dans cet épisode, ce qui rend l’épisode moins dynamique dans sa construction.

On ne le retrouve que bien tard quand il essaie de savoir l’avancée des travaux avec Boris et surtout avec l’aide de « Joker » une machine allemande capable de voir ce qu’il se passe. Oui, évidemment, ils ne sont pas débiles et envoient désormais des robots plutôt que des hommes. Le truc, c’est qu’il faut aussi que les robots résistent aux radiations et que la commande passée aux allemands n’est pas bien utile : le gouvernement de l’URSS leur a filé les mesures « officielles » de la propagande, pas les vraies mesures des radiations captées sur le site. Débile.

Boris s’énerve donc au téléphone et comprend qu’il a besoin de trouver mieux comme machine. Il découvre néanmoins qu’il n’existe aucun robot assez puissant, et c’est bien gênant pour faire correctement le travail. Legasov propose alors d’utiliser des « biorobots », des hommes… et on en revient aux problématiques des épisodes précédents.

On assiste donc au débarquement de nouveaux « soldats » qui ont 90 secondes pour aller récupérer du graphite sur le toit et le balancer au cœur de l’usine détruite. Cela permet un plan séquence vraiment bien foutu où on suit pendant une minute trente – et c’est long ! – des jeunes chargés de balancer le graphite par-dessus bord, prenant au passage une dose de radiations bien intenable. Et c’est super triste, parce qu’on en voit un qui se foire et perce une de ses bottes. Adieu le peu de protection qu’il avait encore.

Nous suivons aussi dans cet épisode l’arrivée d’un nouveau personnage, Pavel, un jeune qui débarque sur le site de Tchernobyl pour aider à la sécurisation du site. Il n’est pas militaire, mais il rejoint les militaires, n’ayant pas trop le choix de le faire : l’armée manque d’hommes et ils ont besoin d’eux, car c’est un travail titanesque qui les attend.

En quatre mois, c’est tout un campement qui s’est mis en place, évidemment, et le nouveau est guidé par un militaire qui l’équipe d’une ceinture de protection pour ses parties génitales (parce que oui, évidemment que c’est le plus important à protéger des radiations). Il lui donne aussi une mission : celle d’aller tuer les animaux domestiques qui sont trop dangereux maintenant qu’ils sont chargés en radiation. Merveilleux.

Ce n’est pas un job facile, parce qu’il s’agit de tuer des êtres vivants. Pavel n’a encore jamais tué personne, et nous le voyons devoir assassiner son premier chien. Perturbé par ce qu’il fait, il le rate et le laisse souffrir, alors que c’est contre ses ordres. C’est intéressant comme perspective : on est habitué à entendre parler de Tchernobyl pour la catastrophe nucléaire qu’elle était, mais il est important de voir et se souvenir qu’il s’agit aussi de ça, une catastrophe qui a eu plein de petits drames à côté. Ici, on découvre donc la vie de Pavel et de ses deux mentors militaires, qui partagent avec lui leur premier meurtre et les réactions normales qui s’en suivent…

S’il arrive progressivement à tuer des animaux errants, Pavel a encore du mal à se faire à sa nouvelle réalité, particulièrement quand il trouve tout un tas d’animaux de compagnie dans une maison. C’est franchement triste comme job, en même temps, et les tuer n’est qu’une partie du travail : il faut ensuite les enterrer et les recouvrir de bitume, dans ce qui est une image extrêmement marquante de la série là encore. Je ne sais pas si j’avais déjà lu la moindre information sur tout ça, honnêtement. À vrai dire, le sort des animaux ne m’avait même pas effleuré l’esprit jusqu’à aujourd’hui.

En parallèle, Ulana continue elle aussi ses recherches, cherchant la vérité sur ce qu’il s’est passé dans l’usine pour expliquer la catastrophe (et possiblement en empêcher une autre). C’est un combat vain qui passe par la vérification des témoignages. Elle retourne interroger un des rares survivants, dans la phase de rémission, et ça ne l’aide pas beaucoup à avancer. Du coup, nous non plus nous n’avançons pas avant la fin de l’épisode.

La série repart à ce moment-là et c’est là qu’on tombe en pleine fiction américaine : les scénaristes prennent la décision de résoudre le « problème » insolvable de l’explosion du cœur en blâmant l’URSS évidemment. C’est une théorie récurrente, il me semble : les raisons historiques données disent souvent que le personnel n’avait pas une attitude adéquate, ni du matériel inadapté. Ici, il est révélé qu’un des réacteurs faisait mal son boulot, se réchauffant au lieu de se refroidir pendant quelques instants. Sauf que quelques instants, c’est beaucoup quand il s’agit de nucléaire.

La vérité éclate grâce à Legasov lui-même qui était au courant et est mis face à la vérité par Ulana. Convoqué à Vienne pour faire un rapport officiel et international sur ce qu’il s’est passé (et qui a vraiment eu lieu), Legasov n’a pas spécialement envie de dire la vérité, ce que Boris lui conseille également. Pourtant, Ulana ne voit pas les choses comme ça. Pour elle, il est important que la vérité éclate, ne serait-ce que parce que d’autres réacteurs fonctionnent encore avec le même matériel défectueux.

Certes. Pour convaincre ses collègues, elle leur parle de Lyusya : elle a pris de ses nouvelles et découvert qu’elle avait accouché prématurément d’un bébé qui avait absorbé toutes les radiations qui auraient dû la tuer. La nature est plus ou moins bien faite : biologiquement, son corps a tué son bébé pour se sauver. Et Lyusya se retrouve sans mari et sans enfant. L’horreur d’une vie, quoi ; et ça aussi, c’est une histoire vraie bien connue.

> Saison 1

Chernobyl – S01E03

Épisode 3 – Open Wide, O Earth – 18/20
Le réalisme de la série est vraiment poignant et il est difficile d’en décrocher tant tout ce que l’on y voit est poignant. Ces épisodes sont de vraies réussites : certes, la fiction est là, entre les lignes, mais la réalité historique semble respectée et la série nous informe beaucoup sur la catastrophe tout en posant des questions éthiques, en creux. Bref, son succès critique est largement mérité et je ne peux que m’aligner sur tous les avis lus jusqu’ici.

> Saison 1


Spoilers

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I don’t want him to die alone.

Oui, je suis déjà de retour avec la critique du troisième épisode, mais eh, il est difficile de s’arrêter une fois qu’on est pris dans cette ambiance étouffante. Je ne suis même pas encore allé aux toilettes alors que j’en suis à un thé et deux verres d’eau, c’est vous dire. Quoi ? Comment ça on s’en fout ? Bon, d’accord, reprenons avec déjà un truc que j’aurais dû dire à l’épisode 2 : WOW, cette série sait comment faire des résumés de l’épisode précédent !

Autrement, la première scène de cet épisode est la suite directe de l’épisode 2 avec les trois volontaires qui galèrent sur leur lampe. À l’extérieur, Boris et Legasov commencent à s’inquiéter de ne pas avoir de nouvelles, sachant parfaitement que l’absence de nouvelles peut également signifier qu’ils sont déjà morts. Pourtant, ils finissent par sortir, ce qui permet d’évacuer l’eau et d’éviter la fin du monde. Ils sont applaudis pour ça ; ils sont bien braves.

Les problèmes s’enchaînent malgré tout, avec la fusion du cœur qui commence et empire les conséquences de la catastrophe. Là où la série fonctionne drôlement bien, cependant, c’est qu’elle prend le temps d’en revenir à une dimension humaine. Ainsi, Boris force Legasov à faire une marche nocturne avec lui, après ce qui semble déjà être une énième demande impulsive du professeur auprès d’un Gorbatchev excédé, histoire de parler de ce qui arrivera aux victimes de Tchernobyl.

La description des symptômes est importante pour le bien de la série, même si on les voit peu à peu dans cet épisode. Ainsi, quatre jours après l’explosion, le pompier du premier épisode n’est toujours pas mort et sa femme arrive enfin à Moscou, à l’hôpital, pour le retrouver. Elle n’a pas le droit de visite, évidemment, mais un peu d’argent aide à la faire entrer et un peu d’humanité lui permet d’apprendre dans quelle chambre se rendre. Même si on lui dit de ne pas toucher son mari, elle lui fait directement un câlin. Et on lui demande aussi si elle est enceinte, et elle dit que non, alors que j’étais persuadé que ses nausées du début de la série nous disaient qu’elle était enceinte. Bon, j’ai peut-être un peu trop imaginé les choses, mais je sens bien que c’est le cas…

Franchement, l’infirmière humaine qui la laisse entrer aurait pu l’équiper un peu plus… Là, au contraire, elle l’envoie droit au casse-pipe et la laisse passer la nuit dans un couloir. Evidemment qu’en entendant son mari se tordre de douleur, elle se précipite auprès de lui. Et il a bien les symptômes décrits par Legasov, avec la peau qui change de couleur et devenant rouge (avant d’être noire, puis de paraître en rémission alors que les organes seront en train de se décomposer).

Sa femme reste malgré tout auprès de lui et l’embrasse, parce que les médecins touchent son mari (AVEC DES GANTS) alors elle peut bien le faire elle aussi. Leur couple est beau et mignon comme tout, mais c’est super triste de la savoir condamnée comme ça ; condamnée à voir son mari mourir dans d’horribles circonstances ; condamnée à mourir elle-même ensuite. Il n’était même pas de service la nuit de l’incendie !

Elle reste donc tout l’épisode et ne fait pas cas des avertissements de l’infirmière. Plutôt que de rester trente minutes, elle reste des heures ; et elle n’a pas trop envie de rester non plus derrière le plastique comme elle le lui conseille. Lyusya, c’est son nom, est persistante. Dans tout ça, elle est aussi drôlement courageuse parce que son mari se dégrade de plus en plus, visuellement. Malgré tout, elle ne veut pas le voir mourir seul, et elle veut aussi lui annoncer… qu’elle est enceinte. Bien, j’avais vu juste là-dessus, je suis rassuré.

Pour en revenir à Boris et Legasov, leur petite marche se termine par la découverte qu’un couple les suit pour obtenir des informations – et il s’agit évidemment du KGB. La nuit est encore longue cependant, et ça permet à Legasov de retrouver Ulana qui ne parvient pas à résoudre une autre question : pourquoi le cœur a-t-il explosé ? Ma pauvre, ce n’est pas toi qui aura la réponse à une question qui fait encore débat aujourd’hui – les Russes ont même prévu d’écrire leur propre série sur l’événement en réaction à la diffusion de celle-ci, pour accuser les américains d’être responsables de la catastrophe… Quel monde !

On retrouve ensuite Ulana qui rend visite au personnel de l’usine qui travaillait le soir de la catastrophe, pour tenter de comprendre ce qu’il s’est passé. Si le chef ne parle pas, un ouvrier, Leonid, accepte de le faire. Et Ulana comprend l’horreur de la situation quand il lui révèle qu’il a 25 ans alors qu’il en paraît 80 ans à cause des radiations, du changement de couleur de sa peau et de toutes les dégradations physiques. Elle ne croit pas à sa version des événements qui n’explique pas vraiment ce qu’il s’est passé, parce qu’ils auraient suivis les protocoles. Le problème, c’est que tout le monde lui dit la même chose : ils ont tous fait correctement leur boulot.

En repartant de l’hôpital, elle aperçoit Lyusya avec son mari, et elle pète un câble contre l’infirmière de garde qui n’est pas si responsable que ça vu la masse de travail. C’est triste, mais Ulana fait trop de bruit et finit par attirer deux hommes peu ravis de ses menaces que tout le monde saura ce qu’il en est. Je me demande juste comment elle a su que Lyusya était enceinte, j’ai raté quelque chose. Ulana se fait donc arrêter par le KGB.

En parallèle, ce sont les usines de charbon qui sont réquisitionnées pour venir à bout d’un nouveau problème : les radiations risquent à présent de contaminer l’eau de la rivière approvisionnant toute la région… La scène est plutôt sympathique, avec un ministre du charbon bien mal choisi qui demande à des mineurs de se rendre à Tchernobyl pour empêcher la pollution de l’eau.

Ce que la série décrit est assez similaire à ce que les livres racontent : tous acceptent de s’y rendre sans poser trop de questions. Ils savent qu’ils sont les seuls à pouvoir empêcher une pollution de grande envergure et ça leur suffit, même s’ils risquent de mourir au passage. Les seules questions que leur chef posent à Legasov sont les questions nécessaires pour bien faire le travail, et les questions qui nous permettent peu à peu de devenir nous-mêmes experts de la catastrophe tant elles sont précises et offrent des connaissances assez claires des problèmes qui se sont posés aux scientifiques. Après, il y a forcément une part de fiction dans tout ça, mais bon, à regarder, ça paraît tout de même super fidèle.

Oh, il y a bien une rébellion des mineurs quand même, c’est quand ils comprennent qu’ils doivent creuser un tunnel sans ventilateur, alors même que la température grimpe. Les ventilateurs sont trop risqués car la poussière est pleine de radiations… Qu’à cela ne tienne, à défaut de ventilateurs, les mineurs décident de tous travailler à poil. Zéro pudeur – sauf chez certains qui gardent un sous-vêtement quand même (et du coup, ça pause la question du pourquoi, parce que comme ils sont tous nus, la pudeur devrait sauter à un moment). Le plus triste ? Boris qui reconnaît qu’il ne sait pas si les mineurs seront pris en charge après la construction du tunnel sous Tchernobyl. Ce sacrifice, c’est beau, et c’est au-delà du simple patriotisme.

On sent tout de même la gravité de la situation tout au long de l’épisode – et de la série. Gorbatchev accepte le décès de tout un tas d’hommes pour s’occuper des travaux nécessaires : déforestation, retournement du sol, construction d’un sarcophage… Beaucoup, beaucoup de main d’œuvre, beaucoup, beaucoup de décès. C’est à Legasov de l’annoncer et même lui finit par être à court de mots. Pas étonnant qu’il finisse par se suicider après tout ça.

On n’en est pas encore là toutefois : il préfère à ce stade demander la libération d’Ulana au chef du KGB. Bizarrement, celui-ci accepte si Legasov assume la responsabilité de tout ce qu’elle fera. Il la retrouve donc en cellule où elle lui explique ses découvertes : elle veut croire les deux malades qu’elle a vu dans leur respect du protocole, mais cela n’a pas de sens. De toute manière, elle ne peut plus les interroger, il est trop tard pour ça. Oui, l’épisode se conclue par l’enterrement des pompiers et des ouvriers de l’usine, tous morts suite à l’irradiation subie.

Et l’enterrement se fait dans des cercueils spéciaux et avec coulée de bitume, parce que les radiations sont encore là… C’est poignant, surtout que ça se fait dans un montage qui nous montre en parallèle les hommes réquisitionnés pour aller travailler sur le site de Tchernobyl…

Pour terminer, je dirai que dans cet épisode encore le travail de production est dingue comme tout – travail de production et de reproduction d’une époque révolue. Documents d’archives, costumes, lieux, la série fait vraiment du bon boulot pour nous replonger dans une époque douloureuse.

> Saison 1

Chernobyl – S01E02

Épisode 2 – Please Remain Calm – 20/20
J’ai préféré cet épisode, parce que contrairement à l’introduction, il prend le temps de bien plus expliquer pédagogiquement la situation et avertir sur les dangers du nucléaire. De se dire que trente après – et après Fukushima – on en est toujours à l’exploiter, c’est franchement dingue. Au-delà de ça, je trouve la série drôlement claire et cohérente, sa galerie de personnages fonctionne bien et la construction de l’épisode, heure par heure, fait que l’on comprend assez précisément tout ce qu’il se passe. Ce n’est pas toujours le cas dans ce genre de série qui parfois aime bien tout complexifier à outrance…

> Saison 1


Spoilers02(2

We’re asking for your permission to kill three men.

Après beaucoup d’hésitations, je me suis finalement décidé à continuer la série ce soir. J’hésitais parce que les épisodes étant longs, il y a le risque d’être trop fatigué pour regarder autre chose ensuite malgré le besoin de voir autre chose après ce genre de séries. En même temps, l’envie de continuer était forte, alors je n’ai pas résisté, tout simplement.

Cet épisode débute sept heures après l’explosion, loin de la centrale nucléaire. On apprend qu’on est le dimanche et que donc les écoliers qu’on a vu à la fin de l’épisode 1 n’allait probablement pas à l’école. On suit surtout deux scientifiques qui découvrent que leur dosimètre s’alarme dès que la fenêtre du laboratoire est ouverte.

Ils comprennent vite le problème et décident donc d’appeler les centrales alentour… y compris Tchernobyl, bien trop éloignée pour être responsable du problème. Pourtant, quand ils ne répondent pas au téléphone, il faut bien se rendre à l’évidence. Ulana, la scientifique, se rend ensuite auprès d’un officiel pour avoir des informations sur Tchernobyl. Il s’agit toutefois d’un personnage fictif, mais ses informations sont les plus justes. Elle avertit que le cœur a explosé, ce qu’elle comprend facilement, et demande qu’un médicament, iodine, soit distribué au plus vite à la population de Tchernobyl. Pour elle, il faut évacuer…

Pour le politique en face d’elle, en revanche, pas question de la croire quand les rapports officiels disent que tout va bien. Angoisse. Elle distribue elle-même son médicament à la secrétaire avant de se barrer, conseillant de se rendre à l’est au plus vite, pour fuir les radiations.

À l’hôpital, les pompiers sont en sale état et l’infirmière est la seule à comprendre que les brûlures qu’ils ont sont dues à des radiations. Elle leur fait enlever leur vêtements… mais le fait à mains nues, ce qu’elle regrette bien vite.

Les urgences sont, comme prévues, complétement débordées : des militaires en sont carrément à contenir la foule qui veut s’y rendre, inquiète et à la recherche de nouvelles. Malgré ce barrage, Lyudmilla se débrouille pour rentrer dans l’hôpital et se renseigner sur l’état de santé de son mari. Elle apprend qu’il est envoyé à Moscou, mais pas avant d’avoir croisé Mikhail, un de ses voisins. Il allait parfaitement bien la veille, mais il est désormais recouvert de cloques et essaie de lui refiler son bébé. Une infirmière avertit toutefois Lyudmilla de se tenir aussi éloignée que possible, pour éviter d’être malade à son tour. Voilà, le destin des civils ayant observé l’incendie et ayant bouffé les cendres est on ne peut plus clair comme ça.

De son côté, le professeur Legasov est donc convoqué à 14h, ce qu’il trouve bien trop tard par rapport aux chiffres qu’on lui a donné. On lui demande néanmoins de continuer à attendre, en lisant un rapport qui le perturbe très clairement, parce qu’il comprend très bien ce qu’il en est de la situation à Tchernobyl. Pourtant, lors de la réunion officielle en présence de Gorbatchev est dans la suite du déni du premier épisode et les rapports disent que tout va bien.

Legasov ne peut toutefois se taire. Il est déjà bien attachant, et c’est triste de savoir qu’il est à deux ans de son suicide. En attendant, il peut exprimer son inquiétude d’avoir lu dans le rapport une description de ce qui ressemble à du graphite, en-dehors de la centrale, ce qui est impossible… sauf en cas d’explosion du cœur. Il en était déjà question dans l’épisode précédent et c’est ce qui inquiète tout le monde, tour à tour.

Gorbatchev lui-même est soucieux des craintes de Legasov. Il est clairement le scientifique choisi pour nous faire une explication de ce qu’il se passe, à la fois à l’extérieur de la centrale et à l’intérieur de celle-ci, avant comme après l’explosion. Il fait même un très bon cours une fois qu’il est envoyé à Tchernobyl sur la manière dont fonctionne un réacteur nucléaire. Franchement, ça n’a jamais été aussi clair qu’avec cette simplification.

Il est clairement un personnage auquel s’attacher dans cet épisode, surtout que l’on sait qu’il survivra durant les cinq épisodes. Il parvient à s’imposer petit à petit, y compris face au sceptique qui l’accompagne et qui finit par donner l’ordre de vérifier les rapports qu’on lui fait et qui sont en contradiction avec les discours de Legasov et avec le graphite qu’il a lui-même vu. Comme il faut pour cela quelqu’un prêt à se sacrifier, on découvre le patriotisme communiste dans toute sa force quand le chef militaire accepte de se rendre au plus près de la centrale pour prendre de nouvelles mesures.

Il revient évidemment avec des nouvelles catastrophiques : le cœur a bien cédé, et Legasov calcule rapidement qu’ils en sont déjà à vingt bombes Hiroshima de radiation environ. C’est beau d’avoir accepté de venir à Tchernobyl et de rester dormir à l’hôtel en sachant qu’il va probablement en mourir.

Au bar de cet hôtel, il applique d’ailleurs les mensonges gouvernementaux et promet aux personnes qu’il rencontre qu’ils ne craignent rien, là où il sait parfaitement ce qu’il en est et a eu lui-même peur pour sa vie quand l’officiel a voulu survoler la centrale, ce qui aurait eu pour conséquence leur mort.

Le lendemain, il supervise les premières actions pour restreindre le feu et les catastrophes : il ordonne que soit jeté du sable et un minéral rare, le bore, sur le feu. Le problème, c’est que les hélicoptères ne peuvent approcher du foyer de l’incendie. Le premier ose le faire malgré tout… et l’hélicoptère fond carrément, tombant sur la centrale.

Ce n’est que le début d’une longue journée : oh, bien sûr, les autres respectent ensuite le périmètre de sécurité indiqué, mais ils prennent tout de même des risques. Et de toute manière, même sans ça, Legasov sait qu’il sera mort d’ici cinq ans car il reste à Tchernobyl. Il en parle à l’officiel avec lui, Boris, qui prend plutôt mal la nouvelle, tu m’étonnes. Et c’est à ce moment-là qu’il reçoit en plus un appel lui indiquant que le reste du monde est au courant de la catastrophe.

Oui, le matin, l’idée de Gorbatchev était de garder secrète la catastrophe, pour des raisons de sécurité et de géopolitique. Seulement, les Suisses ont rapidement constaté le problème, les américains ont fait des photos satellites et les allemands ont décidé de se confiner (moins cons que les français pour le coup !). Les allemands. À des centaines de kilomètres. C’est seulement là que Boris comprend que l’évacuation est évidemment nécessaire.

Il est bien tard pour ça, mais tout le monde s’y met malgré tout. Les images sont toujours aussi magnifiques, l’évacuation se fait avec des tas et des tas de figurants et des moments marquants, comme ce chien qui court après ses maîtres dans un bus. Malgré l’évacuation, Ulana parvient à se débrouiller pour être amenée auprès de Legasov et lui apprendre que ses estimations sont mauvaises et que sa tactique ne leur fait gagner que deux jours. Hop, elle gagne sa place pour rencontrer Gorbatchev le lendemain.

Celui-ci ne s’inquiète pas tellement pour sa vie, mais plutôt pour les excuses qu’il doit faire à l’ensemble des dirigeants du monde. Pourtant, les informations proposées lors de la réunion sont loin d’être rassurantes : le sable était une bonne idée, si les réservoirs étaient vides. Malheureusement, à cause du déni de l’épisode précédent, ils sont désormais pleins : cela signifie que la lave formée par le sable et les radiations va entrer en contact avec l’eau et provoquer une explosion, qui entraînera à son tour l’explosion des trois autres réacteurs. Autant dire que c’est un scénario apocalyptique qui se dessine.

Et si j’ai toujours su qu’on n’était pas passé loin avec Tchernobyl, je trouve que le catastrophisme de la série prend bien pour nous faire comprendre à quel point Tchernobyl aurait pu être encore pire. Et c’est assez fou de se dire qu’on continue avec les centrales nucléaires, malgré les dangers et malgré tout ce qui peut mal se passer…

Pour s’éviter cette explosion qui rayerait de la carte la moitié du continent au moins, il faut trois volontaires pour aller permettre l’évacuation des réservoirs. Et contre toute attente, Legasov et Boris trouvent leurs trois volontaires, qui savent parfaitement qu’il s’agit d’une mission suicide ; acceptée par Gorbatchev. Ce sont eux que l’on suit en fin d’épisode, alors qu’ils essaient de faire ce qu’on leur a demandé et qu’ils entendent leurs dosimètres s’affoler. L’ambiance est au film d’horreur quand, en plus, les lampes torches s’éteignent…

 

 

Chernobyl (S01)

Synopsis : Comme le titre le suggère, la série retrace l’histoire de la catastrophe de Tchernobyl, avant, pendant, après. Âmes sensibles, s’abstenir.

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Pour commencer, même si j’ai plein de saisons en cours de visionnage en ce moment et même si j’étais plutôt parti pour continuer ce que j’avais d’entamé, je me suis rendu compte en me posant ce soir sur le canapé que rien ne me motivait vraiment. C’est étrange, mais ça arrive parfois.

Comme depuis que j’ai vu la bande-annonce, j’ai envie de regarder cette série et comme tout le monde n’en dit que du bien, je me suis dit « eh pourquoi pas ? ». Je sais que ce ne sera pas un visionnage facile, alors c’est très clairement une mauvaise idée de la commencer à 22h, mais c’est pas grave, voilà la vie que je mène comme dirait l’autre. À mon tour de me faire un avis sur cette mini-série aux épisodes extra-longs (1h)…

Moyenne de la saison : 18,5/20

S01E01 – 1:23:45 – 18/20
Bon, et bien, comme prévu, le sujet est grave et extrêmement bien géré : c’est atroce et horrible. Les images sont magnifiques, ce qui fait peur pour la suite car c’est saisissant de réalisme, et malgré les longueurs, l’ambiance est tellement oppressante qu’on est scotché à son écran. Je me réserve les meilleures notes pour la suite, parce qu’il s’agit d’une introduction qui, si elle est géniale, promet déjà de grandes choses. Le petit plus qui est une bonne surprise : la série propose aussi une réflexion plus approfondie sur les réactions humaines face aux catastrophes et sur la gestion politique de ce type d’événement.
S01E02 – Please Remain Calm – 20/20
J’ai préféré cet épisode, parce que contrairement à l’introduction, il prend le temps de bien plus expliquer pédagogiquement la situation et avertir sur les dangers du nucléaire. De se dire que trente après – et après Fukushima – on en est toujours à l’exploiter, c’est franchement dingue. Au-delà de ça, je trouve la série drôlement claire et cohérente, sa galerie de personnages fonctionne bien et la construction de l’épisode, heure par heure, fait que l’on comprend assez précisément tout ce qu’il se passe. Ce n’est pas toujours le cas dans ce genre de série qui parfois aime bien tout complexifier à outrance…
S01E03 – Open Wide, O Earth – 18/20
Le réalisme de la série est vraiment poignant et il est difficile d’en décrocher tant tout ce que l’on y voit est poignant. Ces épisodes sont de vraies réussites : certes, la fiction est là, entre les lignes, mais la réalité historique semble respectée et la série nous informe beaucoup sur la catastrophe tout en posant des questions éthiques, en creux. Bref, son succès critique est largement mérité et je ne peux que m’aligner sur tous les avis lus jusqu’ici.
S01E04 – The Happiness of All Mankind – 17/20
Plus lent, plus long, plus silencieux, cet épisode m’a un peu plus perdu que les précédents parce qu’il se concentre davantage sur les conséquences lentes de la catastrophe plutôt que sur les réactions immédiates qui étaient intéressantes à découvrir et donner un rythme vif à la série. Ici, il y a une sorte de renouvellement qui s’opère et, à un épisode de la fin, c’est un peu étrange. On s’y fait toutefois, surtout que ça permet encore et toujours de découvrir de nouvelles choses et quelques prouesses techniques.
S01E05 – Vichnaya Pamyat – 20/20
Cet épisode est extrêmement satisfaisant comme conclusion de la série : on y voit toutes les pièces d’un puzzle se mettre en place alors qu’on ne savait même pas qu’il y avait puzzle. Du côté de l’Histoire, c’est assez respectueux malgré une dramatisation évidente pour le bien de la fiction. Du côté de la série, c’est une production bien huilée et impeccable qui apporte une bonne fin à l’ensemble de ces cinq épisodes. Si vous ne l’aviez pas encore compris à ce stade, cette série est un must-see.