J’ai testé une série ramadanesque (El Foundou)

Salut les sériephiles,

Étrange titre, n’est-ce pas ? Tout d’abord, eid mubarak à tous vu le sujet, bon jeudi de l’Ascension également, parce qu’il y a des hasards qui font bien les choses. Tellement d’ailleurs que c’est aussi le jour où je me suis fait vacciner, yeah. Cela n’a rien à voir avec la choucroute, par contre. Ou plutôt le couscous.

Les séries ramadanesques, donc. J’ai découvert leur existence seulement l’an dernier, c’est bien la peine de se dire sériephile accompli ! Concrètement, comme leur nom l’indique, il s’agit de séries diffusées pendant tout ou une partie du ramadan. Il s’agit de production maghrébines pour les pays du Maghreb uniquement et c’est bien dommage !

En effet, à l’origine, il s’agissait de produits religieux principalement, alors je vois pourquoi ça n’a pas passé les frontières européennes comme phénomène. Seulement, aujourd’hui, on trouve aussi des histoires qui sont le reflet d’une société en pleine évolution à l’écran, et c’est dommage que ce ne soit pas plus exporté. Je compte sur Netflix pour le faire un jour, ce serait un bon créneau pour eux qui se tournent beaucoup vers la production internationale.

En plus, la production maghrébine n’a rien à envier aux américains du côté du rythme de tournage : les saisons font entre 20 et 31 épisodes, produits en un peu moins d’un an ! La diffusion est concentrée sur un seul mois, mais dans le fond, certaines séries produisent autant, si ce n’est plus, que les networks.

D’accord, mais est-ce que ça vaut vraiment le coup de s’y intéresser ? On ne va pas se mentir, le rythme et les intrigues sont inhabituelles pour nous européens, mais ça rejoint dans l’ensemble ce qu’on attendrait de certains soap opéra très dramatiques. J’ai eu la chance cette année d’avoir un traducteur avec moi pour regarder El Foundou, dont la première saison fait 21 épisodes.

Plainte contre la chaîne El Hiwar et El Foundou pour atteinte aux LGBTQ

21 soirs de suite, je me suis donc pris à cette histoire dont le synopsis ne spoilait rien : “un reflet de la société tunisienne”, débrouille toi avec ça pour faire ton article. La série raconte plus concrètement l’histoire d’un meurtre qui envoie son coupable idéal en prison. Vingt ans plus tard, le désigne coupable qui a toujours clamé son innocence sort de prison et doit se réinsérer dans la société, et surtout dans sa famille et auprès de ses amis. Évidemment, la recherche du vrai coupable est aussi dans ses préoccupations.

J’ai beaucoup aimé de nombreux aspects de la série, à commencer par cette intrigue, souvent perdue de vue, et ses personnages attachants (Joseph et Dorra en tête). Je suis comme beaucoup déçu de la fin, parce que j’avais bien deviné l’identité du coupable, mais il faudra attendre une éventuelle saison 2 pour savoir la suite. Et puis, on nous a résolu le meurtre sur un flash-back quelque peu précipité et peu convaincant en ce qui me concerne. Tant pis, ça aura été sympa de se prendre la tête pour le résoudre, tout en s’attachant aux personnages et en étant tristes de certains twists (la scène à la plage, par exemple) !

Les principaux acteurs de la série ramadanesque «El Foundou»

Si les personnages sont attachants, d’autres points sont plus difficiles à avaler. Je le disais, cette production tunisienne se veut reflet d’une société en pleine évolution, et elle est même clairement progressiste (avec des plaintes de certains organismes officiels par exemple, considérant la représentation faite comme dégradante). Malgré tout, un certain nombre d’intrigues et encore plus de répliques m’ont mis mal à l’aise, parce que le décalage de pensées sur un certain nombre de sujets est important (à commencer, bien sûr, par la place de la femme).

C’est bien normal, en tout cas, et je savais à quoi m’attendre, mais c’est aussi pour ça que c’est intéressant à regarder, surtout que les scénaristes militent assez clairement pour une évolution dans le même sens que la notre. C’est intéressant à regarder, donc !

Au rang des décalages culturels, il y avait aussi la tendance incroyable aux monologues de personnages développant des sentiments si possible dramatiques et la longueur des scènes sur les personnages pleurant. C’est déstabilisant, mais raccord avec les quelques tunisiens que je connais.

Enfin, pour conclure sur les aventures de Yahia, Slim, Rim et Mariem, il faut que je souligne que j’adore le générique (ci-dessus donc). En Tunisie, les génériques durent le temps de la chanson, ils sont hyper stylés et comme on les entend chaque jour ils vous rentrent en tête super vite. Surtout que bien sûr, on l’entend aussi dans la pub ou dans des émissions de divertissement ensuite. Vous saviez qu’en Tunisie, c’était Dimanche tout est permis ?

Maintenant, oui. Tout est dispo sur YouTube si vous maîtrisez l’arabe (et le tunisien surtout) ou si vous avez quelqu’un d’assez patient pour vous le traduire. Sinon, ça vaut le coup d’œil curieux pour vous faire un avis sur la belle qualité des images et sur la musique entêtante. Enfin, difficile de ne pas terminer cet article sur l’exceptionnelle pub Orange qui m’est restée tout autant en tête (même pas besoin de parler la langue pour la comprendre) :

PS : demandez à Netflix d’ajouter des séries ramadanesque, c’est hyper prenant, ça vaut le coup et eux, ils nous mettront des sous-titres ! Y a un créneau de diffusion internationale à prendre…