The Guild is (so) back !

Salut les sériephiles !

Il y a neuf ans, presque jour pour jour, j’écrivais sur ce blog un article pour célébrer les dix ans de The Guild. J’y racontais déjà à quel point cette websérie avait compté pour moi : elle faisait partie des toutes premières que j’avais regardées, m’avait aidé à progresser en anglais et m’avait surtout fait découvrir une bande de personnages complètement dysfonctionnels dont je n’avais ensuite plus vraiment eu envie de me séparer.

À une époque où Youtube n’était pas encore devenu le monstre qu’il est aujourd’hui, cette websérie (créée, écrite, produite et interprétée par Felicia Day) a réussi à tenir six saisons entre 2007 et 2013, en gagnant peu à peu en moyens, mais sans jamais perdre son identité. La saison 6 avait été diffusée sur la chaîne Geek & Sundry à raison d’un épisode par semaine, exactement comme une série télévisée classique. Puis le dernier épisode était arrivé et… c’était terminé, sans crier gare. Aucun avertissement, aucune grande campagne autour de la fin, rien. Nous avions simplement découvert pendant l’épisode que nous faisions nos adieux à Codex, Zaboo, Vork, Clara, Tink et Bladezz. Autant dire que j’étais dévasté, ce que j’avais d’ailleurs déjà pris le temps de raconter dans mon article de 2017.

Ils sont vraiment tous de retour

Le retour de The Guild cette année est ainsi tout aussi inattendu que sa disparition. À l’approche des vingt ans de la série, qui seront célébrés en 2027, Felicia Day a décidé de réunir toute l’équipe pour un film intitulé The Guild: Ren Faire’d. Et non, je n’en ai pas Ren à Faire. Jeu de mot nul, je sais, mais j’en suis fier !

Après plusieurs mois de teasing, le Kickstarter a finalement été lancé le 20 juillet 2026. Pour le moment, nous ne savons pas encore grand-chose de l’intrigue. Le film se déroulera dans l’univers d’une fête médiévale populaire, où toute la Guilde devrait évidemment se retrouver costumée. C’est peu, mais honnêtement, il ne m’en faut pas beaucoup plus pour avoir envie de voir ce que ça va donner – est-ce que les enfants de Clara sont devenus des gamers en 20 ans ? Il y a des tas de théories excellentes sur le Discord de Felicia Day. Je ne voudrais pas être à sa place, elle doit avoir une pression de malade, en vrai !

Il y a au moins un truc sur lequel elle peut dormir sur ses deux oreilles (et nous avec) : le casting principal est bien de retour au complet. Felicia Day, Sandeep Parikh, Jeff Lewis, Robin Thorsen, Vincent Caso et Amy Okuda reprendront tous leurs rôles. Wil Wheaton et plusieurs autres visages connus de la série sont également annoncés, et plus il y aura d’argent, plus il y aura de caméos. Amy Okuda n’était pas présente dans la vidéo tournée spécialement pour le lancement du Kickstarter, ce qui aurait pu être inquiétant, mais sa participation au film est bien confirmée. Tout va bien dans le meilleur des mondes.

Enfin, tout va bien sauf pour mon compte bancaire, parce qu’évidemment que j’ai donné dès le lancement de la plateforme participative. C’était fou d’ailleurs de suivre la montée de la cagnotte, avec limite 1000 balles toutes les dix secondes. Il en reste une petite trace sur mon compte Twitter, mais wow, quelle soirée ce fut ! Dès que Felicia Day a commencé à évoquer sérieusement le projet, j’ai su que j’allais participer. Il n’existait absolument aucune version de cette histoire dans laquelle je laissais passer le retour de l’une de mes séries préférées sans contribuer à son financement – j’ai déjà donné à l’époque de Veronica Mars le regret d’arriver après la bataille. Et en plus, je peux recevoir quelques cadeaux en échange de mon don, je ne vais pas faire semblant de regretter.

Vu le contenu de mon panier, j’ai même plutôt l’impression d’avoir payé un prix raisonnable vis-à-vis des goodies prévus. Et si jamais le colis disparaît mystérieusement quelque part entre les États-Unis et la France, qu’une taxe de douane surgit sans prévenir ou que Chronopost décide de vivre sa propre quête secondaire comme il sait si bien le faire, je pourrai au moins récupérer le film en numérique. Coucou Chronopost, je t’adore (non, c’est faux, putain, t’as encore perdu un de mes colis cette semaine, c’est quand tu veux).

Un financement bouclé en quelques heures

Felicia Day demandait 1,5 million de dollars pour pouvoir lancer la production. C’est tout simplement énorme et la question était donc simple : vingt ans après le lancement de la série, restait-il suffisamment de fans prêts à payer pour retrouver la Guilde ? La réponse ne me surprend pas du tout : oui, évidemment.

L’objectif de 1,5 million de dollars a été dépassé le jour même du lancement. En moins d’une journée, la cagnotte avait franchi les 2,5 millions et, au moment où j’écris ces lignes, elle dépasse déjà les 2,6 millions de dollars avec encore environ un mois de campagne devant elle. Voilà, c’est facile. Record battu haut la main.

Il leur reste un peu de marge pour battre le film Veronica Mars. Le film tiré de la série de Rob Thomas avait récolté 5,7 millions de dollars auprès de près de 92 000 contributeurs en 2013. The Guild n’a pas encore dépassé cette somme finale. En revanche, son lancement a été encore plus rapide et a établi une nouvelle référence pour le démarrage d’un projet cinématographique sur la plateforme. Treize ans après Veronica Mars, une autre série culte vient prouver que les fans sont parfois plus efficaces que les studios pour ressusciter ce qu’ils aiment…

Bien sûr, le succès de cette première journée sur Kickstarter ne signifie pas que la cagnotte va maintenant s’arrêter. Felicia Day a déjà commencé à parler (cette nuit, pour nous) de nouveaux objectifs, de surprises supplémentaires et de cadeaux débloqués pour les contributeurs. Pendant le direct accompagnant le lancement, elle évoquait même ce qui pourrait arriver autour des trois millions, puis des quatre millions et demi.

Suck it, Hollywood

Ce retour est d’autant plus satisfaisant qu’il aurait très facilement pu prendre une direction beaucoup moins intéressante.

Felicia Day a révélé pendant le live accompagnant le lancement du projet qu’un producteur hollywoodien l’avait contactée au début de l’année 2025 pour lui proposer de relancer The Guild. Sur le papier, la nouvelle avait tout pour lui faire plaisir. Jusqu’au moment où elle a compris que le projet imaginé n’était pas une suite, ni même une réunion du casting original, mais un reboot avec des acteurs plus jeunes et une histoire adaptée aux gamers d’aujourd’hui.

Bah non, Hollywood, tu fais chier. Ce n’est pas ce que nous voulons voir. The Guild avait également rassemblé plus de 21 000 personnes abonnées à la page avant même le lancement de la campagne, ce qui en faisait l’un des projets cinématographiques les plus suivis de l’histoire de Kickstarter avant son ouverture. Là encore, ce n’est pas exactement le signe d’une série que tout le monde aurait oubliée. En revanche, personne n’attend une nouvelle Codex de vingt ans en train de découvrir Twitch et Discord. Ces outils sont désormais tellement installés dans la vie quotidienne qu’ils ne pourraient plus provoquer la même révolution narrative qu’en 2007, quand voir les personnages discuter derrière leurs webcams suffisait à donner à la série une forme presque expérimentale.

The Guild appartient à une époque très précise d’Internet, mais cela ne signifie pas que ses personnages doivent y rester enfermés. Ce qui est intéressant aujourd’hui, c’est justement de découvrir ce qu’ils sont devenus. Vork joue-t-il toujours autant ? Bladezz est-il toujours persuadé d’être le type le plus cool de la planète ? Sont-ils encore en contact au bout de vingt ans ? Moi, c’est terrifiant, mais je crois que je reste en contact avec ma guilde de l’époque, j’ai même fait des journées à Disneyland y a pas si longtemps avec des amies rencontrées sur internet. Et d’autres sont déjà prévu.

Bref, tout ça pour dire que Felicia Day a heureusement conservé les droits de la série. Elle pouvait donc refuser le reboot, reprendre son scénario et se tourner directement vers les fans sans avoir besoin d’obtenir la permission d’un studio. Dans la vidéo de présentation, elle résume d’ailleurs la situation avec beaucoup de délicatesse : « Suck it, suits. » Hollywood, j’espère que tu retiendras la leçon. Quand le public réclame le retour d’une série, ce n’est généralement pas pour retrouver le même titre collé sur des acteurs ayant la moitié de l’âge du casting original.

Vingt ans plus tard

Il faut évidemment reconnaître que les acteurs ont changé. Vingt ans ont passé, c’est terrible, ils ont vieilli. Nous aussi, malheureusement. Au-delà du coup de vieux collectif (Vincent Caso, tu prends cher), je suis surtout curieux de voir comment chacun retrouvera son personnage. Certains membres du casting ont continué à tourner régulièrement, d’autres se sont faits plus discrets, mais je n’ai pas beaucoup de doutes sur leur capacité à reformer immédiatement cette bande. La vidéo du Kickstarter suffit déjà à retrouver leurs dynamiques, leurs regards et cette impression qu’ils pourraient recommencer comme si le dernier épisode avait été diffusé la semaine dernière.

Je ne sais pas encore ce que donnera l’intrigue, ni si le passage à un long-métrage conviendra vraiment à une série qui reposait un temps sur de très courts épisodes. Je ne m’attends pas non plus forcément à ce que le film serve de tremplin à une nouvelle saison, à la Veronica Mars. Felicia Day présente avant tout le projet comme une célébration des vingt ans de The Guild, et un film nostalgique avec tout le casting me suffit déjà largement pour ça. J’ai tellement hâte’d, je leur souhaite de récolter plein de thunes encore, histoire d’avoir un film de la meilleure qualité possible et avec un maximum de retours et caméo. J’ai trop hâte.

Prochaine étape : Community ? Je ne perds pas espoir… mais un peu, quand même.

Un dernier Top Persos TVtime pour la route (#21)

Salut les sériephiles, 

Fut un temps plus lointain que je ne l’aurais cru où j’écrivais régulièrement un Top Persos TVtime parmi mes articles quotidiens. Aujourd’hui, nous sommes le 15 juillet 2026 et l’application que j’utilisais quotidiennement depuis plus de dix ans a décidé de fermer ses portes. Il est donc temps pour moi de proposer un dernier classement – et même deux pour le prix d’un, parce que pourquoi pas ? Voyons ça comme un dernier hommage à une application qui valait vraiment le détour !

LE TOP DES QUATRE DERNIERS MOIS

Lire la suite de « Un dernier Top Persos TVtime pour la route (#21) »

TVtime ferme ses portes… Et nous alors ?

Salut les sériephiles,

Ça va bientôt faire une semaine qu’un coup de tonnerre est tombé sur à peu près tous les sériephiles que je connaisse : TV Time a annoncé sa fermeture. J’ai pensé presqu’aussitôt à publier un article, mais la vérité, c’est qu’une fois la période de gros choc passé, je ne savais pas trop par où commencer. En plus, ce fut soudain : c’est tombé un jour où j’avais du travail à faire et où tout s’enchaînait aussi avec une soirée qui finit si tard qu’il en est tôt, puis une seconde, puis le week-end… Bref, voilà : l’application de tracking d’épisodes que j’utilise depuis plus de dix ans ferme dans moins de dix jours.

Le 15 juillet, TV time fermera ses portes et supprimera nos comptes, nos données, possiblement nos commentaires aussi. C’est une sacrée perte dans ma mémoire interne, hein. Je peux relativiser : je tiens le blog depuis dix ans, donc je ne perds pas toutes les traces de mes visionnages. C’est déjà ça. Depuis l’annonce, j’ai tout de même exporté mes données (il existe des extensions Google Chrome pour ça), testé plusieurs alternatives, rouvert des statistiques que je ne regardais plus depuis longtemps et relancé TV Time plus souvent qu’au cours des derniers mois, histoire de me rendre compte de tout ce qui allait me manquer.

Évidemment, l’application en profite pour buguer encore plus que d’habitude, parce que je ne suis pas le seul à ne pas y croire. Ce serait dommage de partir sans nous rappeler pourquoi on râlait déjà contre elle. Parce que oui, il faut quand même être honnête : TV Time n’était plus vraiment dans sa meilleure forme. L’application ramait, plantait, affichait parfois les choses quand elle voulait bien et donnait régulièrement l’impression de tenir debout uniquement parce qu’on était tous trop attachés à nos historiques pour partir ailleurs. C’est peut-être ce qui rend l’annonce encore plus frustrante : ça fait plus de dix ans qu’on supporte les bugs, respectez-nous un peu et laissez-nous plus de quinze jours ?

Quand je pense qu’à l’origine, c’était une petite application française ! Quand je pense que j’ai suivi leur compte snap pendant longtemps… Quand je pense que leur rachat et le passage sur les serveurs USA m’avait soulé ! Eh, c’est toute une page de ma vie de sériephile qui se tourne, en fait. Des années que j’aurais dû quitter cette appli qui favorisait (depuis le rachat) ios et laissait à l’abandon sa version Android, en vrai.

Voir aussi : Mon organisation pour gérer le blog en cette rentrée (aka quand j’ai parlé de TVtime en 2017)

L’explication officielle sur cette fermeture tient en peu de mots : TV Time n’était plus viable gratuitement, et il n’y avait pas assez de demande pour une version payante. J’entends, mais je trouve l’argument un peu facile. Si l’on demande vaguement à des utilisateurs d’une application gratuite s’ils sont prêts à payer, surtout quand l’application bugue déjà régulièrement, il ne faut pas s’attendre à un immense élan populaire. Bien sûr que sans précision, on a tous voté « non, je ne veux pas payer ». J’avais même oublié qu’ils avaient fait ce sondage il y a plusieurs mois. Je peux adorer TV Time et ne pas avoir envie de payer pour une application qui met trois plombes à charger. Il y a aussi « payer » et « payer », quoi : quand je vois le nombre de gens qui sont impactés (certaines autres applis ont donné le chiffre de nouveaux inscrits et c’est… effarant), je me dis qu’un euro par an aurait peut-être été suffisant, quoi.

Cela dit, comme d’autres, je cherche tout ce que je peux sur le sujet. Et plus je lis les explications qui circulent, moins j’ai l’impression qu’un abonnement aurait miraculeusement sauvé la situation. Sur Reddit, le créateur de TheTVDB, qui a aussi travaillé comme lead engineer chez TV Time, explique que le problème ne se résume pas à ajouter un bouton “payer 2,99 € par mois” dans un coin de l’application. Il faut apparemment en cas d’abonnement une équipe, du support, des serveurs, des corrections de bugs, une base technique capable de suivre et probablement beaucoup d’argent. Franchement ? Je ne trouve pas ça satisfaisant, parce que c’est déjà ce qu’ils devraient avoir vu le nombre d’utilisateurs. Je suis très heureux qu’ils n’utilisent pas de pub, mais bon, un appel aux dons comme Wikipedia et ça aurait été plié. On serait en train de faire la fête, là.

Et c’est là que ça devient pénible, parce que je peux très bien comprendre la logique économique tout en étant agacé : maintenant, l’appli n’est plus viable et ne le serait pas même avec énormément d’argent, faute d’anticipation, quoi. L’application fait partie de mes habitudes depuis tellement longtemps que je n’arrive même plus à dater précisément son arrivée dans ma vie. Ils auraient pu prévoir le coup. Et le coût. J’avoue avoir espéré que tout ça ne soit qu’un coup de com (vous vous souvenez de Sense8 et l’annulation d’un mois par Netflix là ?).

Est-ce que j’ai vraiment le droit de m’offusquer de leur manque d’anticipation ? En 2018, je découvrais avec horreur qu’il me restait 20 jours et 11 heures de séries à voir non-stop, rien qu’avec les séries commencées. Je trouvais ça énorme. Ai-je anticipé et arrêté les nouvelles séries pour autant ? J’en suis aujourd’hui à 112 jours de séries à voir… Je ne suis pas mieux qu’eux. Aujourd’hui, mes statistiques TV Time me disent que j’ai passé 22 mois et 10 heures devant des épisodes. À côté, trois mois et demi, ce n’est pas grand-chose, mais bon. L’application compte aussi 20 961 épisodes vus sur 448 séries ajoutées contre 4 583 épisodes restants de 110 séries commencées. Une date de rattrapage estimée au 28 septembre 2057. Allez, qu’est-ce que trente ans dans une vie ?

Ce genre de statistiques est totalement inutile, donc évidemment j’adore. C’est précisément ce que TV Time faisait mieux que beaucoup d’autres applications : sa partie « Statistiques » ! Et puis, après chaque épisode, l’application proposait de voter pour un personnage, et je le faisais presque toujours. Le plus frustrant, c’est que je ne retrouve pas ça ailleurs. Les autres applications savent plus ou moins suivre les épisodes, importer une liste, afficher un calendrier, proposer des notes, organiser les séries vues et à voir. Très bien. C’est la base.

Bien sûr, les tops TVtime étaient évidemment biaisés : une série avec dix saisons ou avec peu de personnages vraiment importants avait beaucoup plus de chances de se retrouver mise en avant qu’une mini-série vue en une soirée. Cela ne m’a pas empêché d’en faire des articles régulièrement entre 2018 et 2022 :

C’est bien beau d’être nostalgique, mais en attendant, TVtime ferme. J’ai donc testé d’autres applications. Rassurez-vous, je ne vais pas transformer cet article en comparatif détaillé, parce que ce serait aussi passionnant qu’un tableau Excel sur mes épisodes en retard (peut-être moins, même), mais disons que rien ne m’a paru évident.

Aucune ne peut arriver et remplacer instantanément des années d’habitudes. Forcément, je compare tout à TV Time, et si je l’avais choisie à l’origine, c’est parce qu’elle était la meilleure. L’interface, les imports, les calendriers, les listes, les statistiques, les petits détails dont je ne me souvenais même pas avant de constater qu’ils manquaient ailleurs. C’est un peu comme chercher un nouvel appartement en expliquant à chaque visite que mon actuel est mieux parce que traversant, avec une cuisine non intégrée au salon ou des toilettes séparées. Très utile, mais aussi très pénible, parce qu’impossible à satisfaire tellement tout ça semble passé de mode du côté des constructions.

Bon, là, le problème n’est pas la mode, mais la conclusion est la même : je ne trouve pas ce que je cherche. Pour l’instant, Bingeboxd est l’application qui me semble la plus proche et probablement celle que je vais garder. Elle n’est pas parfaite et pas capable de remplacer d’un coup tout ce que TV Time représentait, mais elle reste suffisamment convaincante pour que j’y tente le déménagement. J’aime bien son esthétique, son catalogue séries/film et l’existence de ses « diaries » qui me font penser à mon blog, finalement. Si j’avais eu cette appli à l’époque, aurais-je ouvert mon blog même ? On ne va pas refaire l’histoire. En attendant, et si l’anglais ne vous fait peur (ouais, pardon, c’est qu’en anglais), vous pouvez me retrouver sur cette application : je suis inscrit avec le pseudo @shipou et j’ai pu y charger mon historique TV Time. Mieux que rien, donc. Même si vous ne savez pas encore où aller, je vous conseille au minimum d’exporter vos données vous aussi.

Et ensuite, pensez à repasser sur le blog, parce que si TV Time ferme le 15 juillet, moi, je vais vous refaire un dernier tour dans mes stats dans quelques jours. Parce que 22 mois de séries et 20 961 épisodes vus, ça mérite au moins un dernier article avant de disparaître.

Pourquoi faut-il laisser trois épisodes à une série pour nous convaincre ?

Salut les sériephiles,

Vous le savez, il y a une règle que j’applique plus ou moins depuis des années quand je commence une série : essayer de lui laisser trois épisodes avant de décider si je continue ou non. Je dis « plus ou moins » parce que je suis comme tout le monde, c’est-à-dire plein de grands principes que je ne respecte pas toujours. Il y a des séries qui m’épuisent dès les dix premières minutes, des pilots qui sentent tellement mauvais que je sais déjà que je ne vais jamais revenir, et des soirées où je n’ai juste pas l’énergie de donner sa chance à quoi que ce soit. On appelle ça la vie adulte, je crois.

Pourtant, dans l’idée, je trouve que les trois épisodes restent un bon repère. Un premier épisode doit accrocher. Un deuxième peut confirmer ou montrer que ça manque de perspective. Par contre, si au bout de trois épisodes, je n’ai toujours aucune curiosité, aucune envie, aucun personnage auquel m’accrocher et aucune intrigue qui me donne envie de cliquer sur « épisode suivant », bon, c’est peut-être qu’il est temps de passer à autre chose. Je ne le fais pas toujours pour autant.

À une époque où les plateformes nous balancent cinquante nouveautés par semaine et où tout le monde semble attendre qu’une série soit géniale immédiatement, c’est un peu ironique. C’est un peu truqué aussi : Netflix adore finir le troisième épisode de ses saisons par un énorme cliffhanger. Ils savent qu’on fait facilement et naturellement une pause après trois épisodes. Alors ils font en sorte qu’on enchaîne, il y a tout un algorithme derrière le scénario et on le voit tellement que ça m’agace au point de ne plus accrocher à l’écriture Netflix – surtout que du coup ça manque de rythme avant l’épisode 4 maintenant.

Le problème avec les séries, c’est qu’un premier épisode ne peut pas tout faire. J’en parlais déjà dans un précédent article, mais maintenant que j’écris, ça me paraît encore plus évident. Certaines séries y arrivent avec une facilité indécente, et c’est généralement là qu’on comprend qu’on tient quelque chose de spécial. D’autres ont besoin d’un peu plus de place. Ce n’est pas forcément un défaut.

Voir aussi : La règle des trois épisodes (de retard)

Prenez The Good Place, par exemple. La série a la chance d’avoir un concept immédiatement lisible, une héroïne efficace et un univers qui fonctionne très vite. Pour autant, ce n’est pas seulement le pilot qui fait tout. Ce sont les épisodes suivants qui permettent de comprendre le rythme, les personnages secondaires, la logique absurde de cet au-delà et la manière dont la série va transformer une idée simple en machine à surprises. Le premier épisode est très bon, évidemment, mais c’est en enchaînant un peu qu’on comprend vraiment ce que la série peut devenir. Et encore, à ce moment-là, on est très loin d’imaginer tout ce qu’elle fera ensuite.

À l’inverse, il y a des séries qui commencent de manière beaucoup plus bancale, mais qui trouvent leur vitesse de croisière après quelques épisodes. Je repense à Wolf Pack, que je n’ai absolument pas trouvée incroyable, loin de là, mais dont le troisième épisode permettait déjà de mieux voir ce que la série voulait être. Ce n’était pas devenu un chef-d’œuvre, hein, mais au bout de trois épisodes, je savais davantage à quoi m’attendre : un simple guilty pleasure d’urban fantasy comme ils ne savent plus en faire…

Et c’est peut-être ça, le plus important dans cette règle des trois épisodes : elle oblige à distinguer la série qu’on voulait voir de la série qu’on a réellement sous les yeux. Ce n’est pas toujours agréable. On lance une nouveauté avec des attentes, un casting, une affiche, une bande-annonce, un nom de créateur, une promesse marketing plus ou moins honnête. Puis le premier épisode arrive et il y a souvent un décalage. Le deuxième épisode sert alors à vérifier si le décalage était accidentel ou volontaire. Le troisième commence à répondre à la vraie question : est-ce que j’ai envie de continuer cette histoire-là, pas celle que j’avais imaginée ?

C’est encore plus vrai pour les séries à mystère ou les séries avec un univers un peu particulier. Orphan Black n’a pas seulement besoin de sa scène d’ouverture géniale pour fonctionner. Elle a besoin qu’on comprenne les secrets qu’elle recèle et ce vers quoi elle se dirige… Les clones, déjà : il faut arriver tard dans la série pour tout savoir. Franchement, ça fonctionne pour la plupart des séries. Je parlais de double épisode la dernière fois, et ce n’est qu’au troisième qu’on sait ce qui nous attend : pour reprendre l’exemple de Buffy contre les vampires, ce n’est pas seulement un concept cool de lycéenne qui tue des vampires. C’est une série qui installe un groupe, un lycée, une ville, des règles, un ton, une mythologie. C’est au troisième épisode qu’on a une bonne idée de ce que sera la série – et il n’y a pas de vampire dans cet épisode.

Il y a aussi une autre raison pour laquelle j’aime bien attendre trois épisodes : c’est souvent dans un troisième épisode que les personnages secondaires commencent à exister autrement que comme des fonctions. Le meilleur ami n’est plus seulement « le meilleur ami ». Le mentor n’est plus seulement « le mentor ». Le lieu principal cesse d’être un décor. Les détails posés au début commencent à trouver un début d’écho.

Vous me voyez venir, peut-être, mais c’est un peu ce qu’il s’est passé avec Sauveurs de rêves. Le premier épisode, « L’Éveil », devait faire entrer Chris dans l’histoire. Il fallait poser son cauchemar, l’étrangeté de ce qu’il vivait, l’arrivée d’Allyriane et d’Elisabeth, puis cette proposition impossible à croire au réveil. Le deuxième épisode, « Tempête », devait lui faire comprendre plus concrètement ce que la Fondation attendait de lui. Là, il n’était plus seulement question de se demander si tout ça était réel ou non, mais bien de voir ce que cela impliquait d’entrer dans les rêves pour empêcher des cauchemars de tuer.

Et le troisième épisode, justement, c’est « Le Lobby ». Il est disponible depuis hier sur Amazon et, sans surprise vu le sujet de cet article, il a pour moi une place un peu particulière. C’est l’épisode où l’on peut commencer à voir plus clairement la série que j’ai envie de raconter. Après la découverte et après la première vraie mission, il fallait revenir à la Forteresse, élargir un peu le décor et surtout laisser Chris croiser davantage de personnages.

Alors non, il ne faut pas toujours laisser trois épisodes à toutes les séries. Si une série vous insupporte vraiment au bout de vingt minutes, personne ne viendra vous arrêter parce que vous avez osé abandonner. En revanche, quand quelque chose vous intrigue malgré quelques maladresses, quand vous sentez un potentiel sans être encore convaincus, quand un univers semble avoir besoin d’un peu d’air pour respirer, trois épisodes me paraissent encore être un délai raisonnable avant de rendre le verdict.

Et si vous appliquez cette règle à Sauveurs de rêves, eh bien, l’épisode 3 est là. Le Lobby est disponible sur Amazon à moins d’un euro, comme les deux premiers. Si vous avez déjà lu L’Éveil et Tempête, merci beaucoup, vraiment. J’espère que ce troisième épisode vous donnera envie de rester encore un peu dans les couloirs de la Fondation. Si vous n’avez pas encore commencé, vous savez ce qu’il vous reste à faire : trois épisodes, donc. Ce n’est pas si long. En temps de lecture, ça fait à peu près une soirée de séries. Et comme sur Netflix, vous aurez droit à un cliffhanger pour vous donner envie de lire l’épisode 4.

Bonne lecture… ou bonne série, d’accord !