Salut les cinéphiles,
Cette semaine, comme tout le monde, j’étais face à un dilemme cinématographique de taille : Barbie ou Oppenheimer ? Deux films aux antipodes l’un de l’autre, l’un promettant une plongée dans l’univers rose et pailleté de la poupée la plus célèbre du monde, l’autre nous invitant à explorer les méandres sombres et complexes de la création de la bombe atomique. Ma solution ? Voir les deux, bien sûr ! Initialement, Barbie devait ouvrir le bal dès mardi soir, mais suite à un contretemps, je n’ai pas pu me rendre à l’avant-première dans les délais. C’est donc finalement Oppenheimer qui a eu l’honneur de ma première séance de cinéma de la semaine.
Un scénario éclaté…
Oppenheimer se veut, comme son nom l’indique, une exploration de la vie de J. Robert Oppenheimer, le scientifique qui a joué un rôle-clé dans la mise au point de la bombe atomique pendant la Seconde Guerre mondiale. Un sujet lourd, complexe, qui promettait une plongée dans l’une des périodes les plus sombres et controversées de notre histoire…
Christopher Nolan, fidèle à lui-même, nous propose pour cela un film inutilement compliqué. Après Tenet, j’étais content de voir qu’il s’attaquait à un sujet historique : au moins, je connaissais un peu le sujet d’origine cette fois et j’avais quelques références, j’espérais donc être moins perdu que d’habitude. C’est sa marque de fabrique de tenter de nous perdre, et ça ne manque pas cette fois encore.
Malheureusement, je ne suis pas fan de cet aspect, surtout pour un film comme celui-ci. J’ai trouvé qu’il était nécessaire d’avoir quelques connaissances préalables sur le sujet parce que le film est un bordel sans nom avec des flashbacks et plusieurs timelines présentées en parallèle, sans qu’on nous donne les dates ou les noms des personnages à chaque fois.
Disons que ça nous demandait beaucoup de concentration pour tout retenir et je n’ai pas compris l’intérêt de cette approche non-linéaire. Parfois, on a certes du noir et blanc pour nous aider à nous repérer… mais sur un premier visionnage, on oublie inévitablement ce qui était en noir et blanc ou pas deux heures plus tôt, et comme il nous reste une heure à ingérer, ça finit par être juste un sacré bordel.
Un spectateur éclaté (de fatigue)
Parfois, ça fonctionne, notamment quand des scènes sont annoncées par des effets sonores parce que le personnage s’en souvient mais qu’on ne l’a pas encore vu, mais la plupart du temps, ça fait pétard mouillé (sans jeu de mot pour la bombe H promis) car on ne sait plus quand est… quand ?
Parfois, c’est donc une catastrophe. Ainsi, la dernière scène du film est retombée un peu trop à plat parce que je n’avais pas compris qu’elle se situait après un autre moment du film où le personnage principal parle à la même personne, et c’est donc franchement dommage. Peut-être que le problème venait de moi : j’y suis allé le mercredi soir, j’avais bossé une partie de la journée, je n’étais peut-être pas assez attentif. Mais bon, il me semble quand même qu’on est, comme toujours, très peu guidé dans ce film complexe qui dure 3h… J’en suis sorti extrêmement fatigué, pour pas grand-chose.
Un petit plus, tout de même : j’étais extrêmement soulagé par le mixage du son ! Dans Tenet, je l’avais trouvé horrible (je n’ai même jamais revu le film) car j’étais obligé de lire les sous-titres tout du long : on n’entendait pas les répliques des personnages. Dans Oppenheimer, au contraire, le son est bien géré, on entend toutes les répliques et le son d’ambiance est extrêmement réussi pour glacer le sang quand il le faut.
Des performances d’acteurs remarquables
Pour autant, et c’est évident avec un film de cette envergure, tout n’est pas à jeter, loin s’en faut. J’ai passé de bons moments au milieu de ces trois heures. Bien sûr, l’acteur principal, Cillian Murphy, est tout bonnement excellent, comme tout le reste du casting. Il s’en tire vraiment bien, je trouve, et propose un rôle qui nous fait oublier tous les autres. J’ai particulièrement aimé son duo avec Matt Damon, ce dernier sachant très bien comment s’effacer pour laisser briller son collègue. Un vrai plus dans ce casting cinq étoiles.
Dans le même genre, Robert Downey Jr est méconnaissable et prouve qu’il n’a pas besoin de l’humour d’Iron Man pour être un acteur génialissime. Il est loin du personnage de Tony Stark (même s’il y a des points communs dans cette quête et soif de pouvoir), et c’est tant mieux. Cela fait du bien de le retrouver dans un rôle très différent et j’espère qu’il continuera à proposer des performances où on ne l’attend pas.

Sinon, j’étais fasciné par leur incroyable Einstein et amusé de voir débarquer Devon Bostick (il est partout où je ne l’attends pas en ce moment, après la saison 2 de Most Dangerous Game) dans le casting. Par contre, quelle déception que son rôle soit si secondaire (clignez des yeux et vous le manquerez notre acteur de The 100)… Je ne sais pas à quoi je m’attendais en même temps. J’aurais aimé le même genre de présence que Rami Malek, mais chaque chose en son temps, il aura peut-être son heure de gloire au cinéma plus tard dans sa carrière.
Où sont les femmes ?
Autrement, je suis toujours aussi amoureux de Florence Pugh (comment ne pas l’être, surtout dans ce film ?). Par contre, mon plus gros reproche, comme souvent avec Christopher Nolan, c’est l’absence incroyable des femmes et des personnages féminins, qui sont super mal écrits. Oppenheimer est présenté comme un tombeur pourtant… mais non. Il y a des occasions manquées (plein !) : la femme d’Oppenheimer (Emily Blunt) est incroyable, elle a une scène d’une efficacité redoutable (et apporte l’une des rares touches d’humour du film), mais est complètement sous-exploitée. Florence Pugh ? J’ai l’impression que son personnage n’a été écrit que pour justifier de la présence de l’actrice nue dans le film. Elle doit vraiment avoir 90% de son temps d’écran nue, poitrine à l’air. En comparaison, Oppenheimer est nu (ou torse nu) à peine trois minutes…
En 2023, un tel déséquilibre ; un film qui ne passe pas le Bechdel Test et qui, en plus, se permet de nous montrer une scène où des scientifiques sont sexistes avec une femme qui s’en défend, comme pour nous montrer que eh, c’est parce que c’est à l’époque qu’il y a si peu de femmes… c’est juste non. Franchement, c’est dommage, surtout quand le film est en concurrence avec Barbie à côté (et que ça montre à quel point le propos de ce film est juste). Je sais bien que ça se justifie et que bien sûr, il y avait une majorité de scientifiques hommes, mais comme c’est souligné dans le film, les femmes ont également eu un rôle important à Los Alamos… Cela aurait pu être sympa de nous le montrer.
Un film qui peine à captiver
Non, désolé à tous les méga-fans de Nolan et/ou de ce film, mais ils n’ont pas réussi à captiver mon attention tout du long. C’est dommage d’ailleurs, parce que je l’attendais vraiment ce film et j’espérais que ça allait être le cas. J’ai trouvé la première partie très lente et longue à mettre en place. Une fois de plus, je me répète, mais il ne me semble pas que c’était un besoin de nous introduire le film avec des flashbacks enchâssés les uns dans les autres et sans que les périodes historiques ne soient mises en place.
3h, c’est long. Il y avait de quoi fournir 3h dans le film (et même plus), mais pour que ça fonctionne, il aurait fallu que ce soit plus limpide et fluide. C’est un style, on aime ou on n’aime pas. Sur des films comme Inception, j’aimais. Sur celui-ci… Je ne vois pas le besoin de compliquer le propos et de nous provoquer des migraines…
En revanche, une fois le premier essai de bombe passé, j’ai trouvé que le film accélérait vraiment son rythme et qu’il prenait toute sa dimension majestueuse. C’était à couper le souffle par moment, c’était incroyable dans l’enchaînement et extrêmement bien monté… mais en même temps, il était temps !
Faut-il le voir au cinéma ?
Oui, Oppenheimer est un film qui mérite d’être vu, malgré ses défauts. Au cinéma ? Je vous le conseille parce qu’il est beau côté esthétique et parce que ça nous plonge vraiment dedans… Disons que ce serait plus compliqué de se motiver à rester trois heures à fond sur son canapé – et que c’est le genre de film où on prend aussi le risque de passer plus de temps sur Wikipedia que devant le film quand on le regarde chez soi.
Pour autant, avais-je vraiment besoin de dire si je le recommandais ou non ? Tout le monde ira le voir de toute manière, et ce n’est pas plus mal pour se faire son avis. C’est un beau spectacle, c’est une réflexion glaçante sur notre propre humanité et sur l’homme en général (mais on ne s’attendait pas à autre chose et ça finit même par en être creux), on en ressort avec quelques frissons et la conviction que l’Homme est un idiot. Oppenheimer offre une réflexion intéressante sur l’humanité et la science. Cependant, attendez-vous à un scénario complexe et allez-y à tête reposée. Je douille vraiment pour ceux qui en ont fait leur vendredi soir. Ou pour ceux qui y sont en ce moment, parce qu’un dimanche soir ne me paraît pas idéal non plus !





