Euphoria – S01E01

Épisode 1 – Pilot – 15/20
Bon, c’était encore plus interdit au moins de 18 ans que je ne l’imaginais, on va dire. Il est facile de comprendre les scandales qui entourent la production et les rumeurs reprises par les américains puritains semblent toutes à peu près vraies. C’est donc osé, souvent dans le trash, parfois à la limite du porno et je ne sais pas trop quoi en penser parce qu’elle a à côté de ça une esthétique et un travail des plans vraiment sublimes, avec de bons choix musicaux. Ce n’est pas entièrement ma came du point de vue de l’histoire, souvent volontairement gênante, mais je suis tombé dans le piège et suis curieux de voir la suite. Par ailleurs amusé par certaines scènes, je reviendrai voir ce que devient cette génération perdue, censée être… pas si loin de la mienne. L’avantage, c’est qu’il y a une voix-off aux commentaires tout aussi décalés des images que ce que je suis – et c’est là-dessus que la série joue pour se faire une audience ; pour le moment.

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Spoilers

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And then, the night got weird.

Oh la, je voulais être réveillé, c’est réussi dès les premières images avec un début d’épisode qu’il sera difficile d’oublié. On assiste donc à la naissance de Rue, le personnage principal, quelques jours seulement après le 11 septembre. C’est un excellent début avec une voix off très convaincante : Zendaya nous raconte l’enfance de son personnage et c’est brillamment drôle malgré une enfance loin d’être drôle.

Elle a des troubles de l’attention et est sur le spectre autistique, ce qui perturbe ses parents. Sa mère essaie de lui trouver des artistes auxquels se comparer, ce qui n’est pas brillant, et la série s’inscrit clairement dans notre monde, avec plein de références parlantes pour tout le monde. Rue grandit bien vite, s’isolant du reste du monde et ayant clairement des tendances à la dépression – et aussi une petite sœur. Pardon, tout se mélange, parce que le début d’épisode allait super vite. Je m’attendais à une série lente, moi.

Dans tout ça, elle n’a pas trop de choix pour se sentir en vie : elle se défonce. Bon, allez, je savais ce qui m’attendait en me lançant dans cette série. On a plus l’impression d’être dans un clip que devant une saison, mais ce début est extrêmement prenant : ça va vite, on est guidé par la voix de Zendaya et l’on englouti plein d’informations d’un coup. Je tiens à noter, pour m’en rappeler, que je suis content d’avoir vu cet épisode dans le noir – parce que les images sont magnifiques.

On la retrouve rapidement à la sortie d’une détox, à retrouver sa petite sœur et apercevoir une nouvelle en ville, mais elle nous explique qu’elle n’a pas envie de rester sobre pour autant. Cinq jours plus tard, elle se retrouve donc à acheter de la drogue à un enfant et faire un bad trip où elle fantasme sur la nouvelle. Tu m’étonnes que les puritains pètent un câble ! Après ça, Rue croise Nate, qu’elle n’aime pas beaucoup, acheter de la drogue.

Et encore juste après ça, Nate tombe sur la nouvelle, qu’il fait tomber. La nouvelle s’appelle Jules et finit sur son lit à chercher des rencards en ligne – beaucoup de photos de mecs nus, et finalement peu de dick pics – pour finalement trouver un « sexy daddy » qui lui plait et refuser d’aller à une soirée où sa pote l’avait invitée. À la place, elle se prépare donc pour son rencard, à coup de botox dans les fesses (edit : on me dit qu’il s’agit plutôt d’hormone vu le perso, mais comme ça reste non annoncé dans la série, we’ll see).

Le seul problème, c’est qu’on a les avertissements un peu angoissant de Rue en fond sonore qui nous indique que Jules fait le mauvais choix de soirée. Je pense que c’est un parti pris plutôt intéressant pour la série : la voix-off prend une vraie distance avec tout ce que l’on voit et elle est nécessaire pour apporter la morale à tirer de ce… traumatisme permanent qu’est la série.

Le traumatisme est d’autant plus réel qu’elle se rend en rencard avec… Eric Dane. Et il a encore pris un coup de vieux depuis la dernière fois que je l’ai vu dans une série. Il est aussi beaucoup plus nu – bon, lui ou sa doublure – puisqu’on le voit enfiler son préservatif, de manière floue, certes. La scène de sexe qui suit est dérangeante comme tout, puisque Jules en disparaît totalement, alors même que la caméra se centre sur elle.

Bref, elle est un défouloir qui s’oublie et est oublié par son « sexy daddy », qui est bien marié avec des enants, comme elle le voit sur son portable. Elle sort finalement du motel glauque et envoie un message à sa meilleure amie, trop occupée ailleurs.

En parallèle, on continue bien sûr de suivre Rue : elle a repris la drogue, mais elle a tout de même sa mère pour s’occuper d’elle comme elle peut. Elle veut la forcer à faire un test d’urine, pour vérifier si elle se drogue ou non. Pas de bol, Rue sait comment sortir de sa chambre sans se faire prendre et elle en profite pour aller chez son amie d’enfance, Leslie, qui accepte de pisser dans un pot pour elle. Et du coup, de retour chez elle, Rue parvient à endormir la méfiance de sa mère.

La série n’a aucun tabou et y va fort dès son pilot, peut-être même un peu trop fort. Je veux dire, on a quand même l’héroïne qui nous explique en toute tranquillité comment passer un test anti-drogue sans se faire prendre si on s’est drogué. Bien sûr, l’héroïne ne va pas vraiment chez Leslie, hein, mais en soirée – la même soirée que celle où était invitée Jules. Elle tombe sur les « amies » de Jules au passage, et elle se drogue à nouveau ; alors qu’elle vient juste de se souvenir de son overdose où sa petite sœur l’a retrouvée… et elle semblait culpabiliser.

Tout ça fait qu’elle s’imagine ensuite marcher au plafond. Oula. La réalisation est sacrément belle et impeccable pour le coup. Pendant ce temps, Nate organise une soirée entre mecs chez son pote Chris, qui est le seul à ne pas être torse nu avec ses petits frères jumeaux. Comme toute soirée entre mecs d’après Rue, ça finit par regarder des photos de nudes, mais pas de n’importe qui, non. Des photos de Cassie, la petite sœur toute gentille de Leslie qu’on était loin d’imaginer si dévergondée. Oui, mais c’est parce qu’elle n’est pas dévergondée du point de vue de Rue, qui nous explique que les nudes sont juste la nouvelle manière de chercher l’amour en 2019. Et c’est pour ça que je suis célibataire !

J’aimerais être en train d’exagérer, mais non. La série nous enchaîne ensuite avec le rencard entre Cassie et Chris, qui finit très vite en scène de cul, à la limite du viol. Nate lui ayant montré des vidéos pornos avec, soi-disant Cassie, il se montre en effet trop violent avec elle. Rue en profite pour une petite morale sur le porno et les scènes de violence, avant de nous montrer que ça se termine bien pour le couple qui couche à peu près normalement – mais ça, on ne nous le montre pas du coup.

La soirée peut donc continuer après tout ça : je n’ai pas encore tous les noms, mais on a clairement l’ex de Nate qui décide d’aller coucher au beau milieu de la piscine avec le premier gars qui lui plaît, juste pour faire chier Nate ; et la pote de Jules qui, pour la première fois de sa vie, décide de se lâcher un peu, parce qu’on n’est plus dans les années 80 et qu’elle ne peut, selon Jules, restée vierge. Quand je vous disais plus haut qu’elle était occupée ailleurs, c’était donc à ça qu’elle était occupée.

Le problème, c’est que Jules se retrouve seule dans la cuisine avec un Nate énervé, qui n’hésite pas à péter des bouteilles pour montrer qu’il est énervé par son ex. Il finit par s’en prendre à Jules, parce qu’il ne la connaît pas et parce que personne ne la connaît. Pour se défendre, elle attrape donc un couteau et n’hésite pas à se taillader le bras devant tout le monde.

Et c’est comme ça que tout le monde connaît la nouvelle, y compris Rue, qui est fascinée et décide d’aller à sa rencontre… pour mieux finir chez elle quand elle se déshabille et s’allonge dans son lit. En parallèle, la seule amie de Jules perd sa virginité et finit sa nuit à scroller Insta alors que Nate rentre défoncé chez lui… pour que l’on découvre que son père est le « sexy daddy » de Jules. Je m’y attendais un peu, c’était le père de Nate ou le père de celle qui venait de perdre sa virginité, au choix. Le choix est fait du coup, et ça finira probablement mal, ce que la voix-off nous suggère en permanence.

Vraiment, la voix off est la plus grosse réussite de la série, avec son esthétique, parce qu’elle permet une prise de distance intéressante. Ce recul fait du bien pour ne pas trop rester au premier degré de lecture de la série – le trash – mais pour entrer dans le second, qui est une sorte de commentaire pseudo-sociologique sur la jeunesse de la génération post-2001. Reste à voir si ça se développera de manière intelligente ou si ce sera juste un prétexte pour toujours plus de cul et trash…

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Chernobyl – S01E05

Épisode 5 – Vichnaya Pamyat – 20/20
Cet épisode est extrêmement satisfaisant comme conclusion de la série : on y voit toutes les pièces d’un puzzle se mettre en place alors qu’on ne savait même pas qu’il y avait puzzle. Du côté de l’Histoire, c’est assez respectueux malgré une dramatisation évidente pour le bien de la fiction. Du côté de la série, c’est une production bien huilée et impeccable qui apporte une bonne fin à l’ensemble de ces cinq épisodes. Si vous ne l’aviez pas encore compris à ce stade, cette série est un must-see.

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Spoilers

05

I apologized for this unsatisfactory result.

Suis-je vraiment à une heure quinze près ? Il ne me reste qu’un épisode, autant en profiter pour terminer cette saison. Une soirée et puis s’en va, alors que j’avais prévu de n’en voir que deux épisodes max, et alors que j’ai hésité à lancer le second !

Cet épisode revient en arrière à ses débuts, nous plongeant dans la vie avant l’explosion. Je trouve que cette scène d’introduction aurait pu avoir sa place dans le premier épisode, pour que l’impact émotionnel des pertes soit encore plus grand. Douze heures plus tôt, nous assistons donc à la réunion des trois idiots dans le déni du début de saison et ils prennent la décision d’ignorer des ordres… C’est parce qu’ils veulent respecter les quotas intenables imposés par leur hiérarchie qu’ils font un test qu’ils n’auraient pas dû faire et qui va foirer ; espérant ainsi obtenir une promotion.

Bon, OK, je comprends un peu mieux l’idée des russes de faire une série pour accuser les américains, parce que les américains ne se gênent pas pour rappeler les torts de l’URSS. La série fonctionnant bien en Russie et dans le monde, j’imagine que leur réaction s’explique… Après, la théorie américaine qui fait de l’URSS le responsable de la catastrophe est cohérente, les rapports internationaux parlant bien de personnels inexpérimentés – sans compter les cassettes audios de Legasov, qui avaient soulevé une large part de vérité dans les défaillances ayant eu lieu à Tchernobyl.

Quelques mois après la catastrophe, Legasov s’est donc rendu à Vienne pour « dire la vérité »… et il ne l’a pas fait. Il a expliqué que la catastrophe était due à une erreur humaine, contentant tout le monde par son mensonge : les pays de l’Ouest, qui ont une réponse, et l’URSS qui en fait un héros soviétique. Oui, évidemment qu’il est promu et reçoit des honneurs, comme l’espéraient les trois idiots du début qui sont encore en vie.

Ulana débarque chez lui et est déçue, évidemment, mais elle ne lui reproche rien. Elle veut surtout lui montrer qu’elle est persistante et qu’elle veut qu’il dise la vérité sur le réacteur défectueux lors du procès qui aura lieu prochainement et auquel il est évidemment invité. Ouep, elle est sûre que la vérité peut éclater s’il y met du sien.

Le procès ? Il s’agit d’attaquer en justice les trois idiots, comme je les appelle car ils ont des noms trop compliqués pour que je les retienne, même s’il s’agit de vrais personnages historiques. La théorie mise en avant par la série, et quelque peu confirmé par les vraies cassettes de Legasov, est donc qu’une suite d’erreurs humaines a provoqué la catastrophe. Boris propose ainsi un discours bien fichu pour les accuser devant tout le monde.

Par tout le monde, j’entends donc les juges, les jurés, la presse, mais aussi un parterre de scientifiques invités. Ce sont ces derniers qu’Ulana espère convaincre. Pourtant, en passant après Boris – qui tousse beaucoup dans cet épisode (inévitablement), il est dur de faire un choix. Les scénaristes avaient un choix à faire aussi ici, puisque le personnage d’Ulana est un personnage fictif… Et elle fait un très bon récit des événements qui se sont produits, flashback à l’appui en plus.

J’aime beaucoup ce choix de la série de tout révéler, et finalement, je comprends la construction qui apporte les réponses à la fin, pour faire un tout cohérent. On découvre donc dans le discours d’Ulana qu’il y a bien eu des erreurs humaines conduisant à un test précipité qui n’aurait pas dû avoir lieu si le management avait été meilleur. Effectivement, donné un travail impossible à un jeune de 25 ans qui n’a pas été informé précisément de ce qu’il doit faire, ça ne paraît pas une idée merveilleuse.

Ulana se concentre toutefois sur les erreurs humaines – les vraies, les confirmées par l’Histoire. Elle laisse alors le soin à Legasov de révéler (ou non) la vérité de la série sur le problème du réacteur 4. Une fois de plus (la dernière ?), le personnage nous fait un petit cours sur le fonctionnement d’un réacteur nucléaire, et c’est une simplification et vulgarisation vraiment bienvenue. Je trouve ça clair et facile à comprendre, quand c’est loin d’être un sujet facile – et c’est d’autant plus impressionnant que ce n’est pas dans ma langue, mince, ça devrait être complexe mais ils rendent ça simple. Qu’est-ce que c’est que cette magie ?

On repart en flashback de la nuit de la catastrophe pour voir ce qu’il s’est passé au moment de l’explosion et c’est effectivement une suite d’erreurs humaines qui apparaît être la vraie coupable ici. C’est un peu facile de charger les trois chefs, néanmoins, et il y en a tout de même un qui prend très cher car son égo est mis en avant : c’est Dyatlov, particulièrement lorsqu’il force Leonid et son supérieur direct à faire monter la température.

De retour au procès, Dyatlov clame son innocence et assure qu’il était aux toilettes au moment des forces, malgré les témoignages disant le contraire. Les juges en profitent pour faire une pause après avoir réaffirmé leur accusation, ce qui permet à Boris de révéler à Legasov que sa santé est en mauvais état, puisqu’il tousse du sang. De son côté, Legasov perd ses cheveux de toute manière.

Lorsque le procès reprend, c’est le cours de Legasov qui redémarre, et c’est tellement bien expliqué dans la série que je ne sais pas trop comment en faire une critique qui expliquerait mieux les choses. J’ai trouvé ça superbement bien écrit, et c’était bien interprété bien sûr. La reconstitution des faits est passionnante, c’est de la révélation d’éléments d’une enquête qu’on n’a pas eu à suivre dans ses moindres détails, mais qui nous fournit les moindres détails de ce qui est arrivé. C’est quand même complétement fou.

Oui, complétement fou, c’est aussi comme ça que je peux caractériser Legasov dans cet épisode : il révèle toute la vérité, et notamment que le bouton AZ-5 qui devait arrêter la réaction nucléaire ne pouvait le faire dans les conditions créées par Dyatlov, parce que le bouton d’arrêt est aussi un détonateur, à cause du graphite. Ainsi, Legasov accuse directement les économies que son gouvernement faisait dans la construction des réacteurs. Il se grille totalement au passage, accusant le gouvernement de mentir et d’avoir des secrets ; et expliquant tranquillement qu’il a aussi menti à Vienne.

Bon, j’imagine que là, on s’éloigne de la vérité historique ; mais en même temps, il me semble qu’on ne connaît pas celle-ci puisque l’URSS s’est bien gardée de tout révéler. Une chose est sûre, Legasov n’a jamais eu les honneurs accordés aux héros de la patrie, alors qu’il était bien censé les recevoir. La vérité a un prix. Il est aussitôt mis en cellule, parce qu’on n’accuse pas le gouvernement sans conséquence, mais il n’est pas tué pour autant. Son témoignage n’est pas reçu par le gouvernement, et il n’est pas diffusé dans la presse non plus.

La punition choisie est simplement d’en faire un homme banal : il reste scientifique, mais il n’a plus le droit de travailler, ni d’avoir des collègues. Bien qu’il couvre Ulana et Boris (qui a insisté pour qu’il finisse son témoignage), il est évident que Legasov ment pour la première fois de la journée. La punition est assez horrible, tout de même : c’est tout son héritage qui est bafoué et distribué à d’autres, bienvenue en URSS.

La conclusion de cette scène est brillante, avec un homme déchu qui repère encore l’ironie de la question qu’on lui pose : « pourquoi se préoccuper de quelque chose qui n’arrivera pas ? ». Ben oui, pourquoi, hein ?

Et la série se termine de la meilleure des manières, et comme toutes les adaptations d’ailleurs, par un retour à la réalité assez tragique avec le sort de chacun des personnages, fait de décès tragiques pour la plupart. C’est un bon check-up historique pour conclure, et ça m’a là aussi collé à mon écran. Comme le reste de la série finalement.

05-2

Why worry about something that isn’t going to happen?

> Saison 1


EN BREF – Je n’avais entendu que du bien de cette série avant de me lancer, et je dois dire que je ne vais pas avoir une voix discordante. Je n’aime pas les séries historiques habituellement, mais là, le travail de reconstitution est impressionnant, dans l’ensemble largement véridique (même si j’ai eu peur sur les deux derniers épisodes) et cinq épisodes permettent bien de faire le tour de l’ensemble des grosses questions éthiques à poser.

C’est impressionnant, d’ailleurs : la série parvient à révéler une page de l’Histoire avec beaucoup de détails tout en ayant un message à porter sur l’humanité en général et sur l’actualité, avec les dangers que représentent les fausses informations quand elles sont trop répétées. C’est par là que s’ouvre la série et le message me paraît assez clair.

En termes de construction, la saison se tient bien, même si son épisode 4 est un peu moins prenant par les détours qu’il prend et l’éloignement inévitable qui s’opère avec la catastrophe. Cependant, même là, il y a encore du travail pour maintenir l’intérêt, et ça fonctionne. C’est donc une série marquante par son intrigue, par la qualité de ses images et par la réflexion qu’elle propose.

Définitivement, c’était hyper prenant, parce qu’il était quand même plus de quatre heures du matin quand j’ai terminé cet épisode. Oui, bon, vous l’aurez compris, je suis en « vacances » cette semaine et, de toute manière, il pleuvait des cordes, alors je n’aurais pas dormi, hein. Pfiou. Cela faisait vraiment longtemps que je n’avais pas terminé une série si tard ; je me suis laissé complétement embarquer et j’en ai perdu toute raison. Et c’est très bien comme ça, ça prouve à quel point elle était passionnante : je n’ai pas décroché de mon écran pendant les cinq épisodes – quasiment six heures. C’est… mal ?

> Saison 1

05-3
C’est une photo du monument devant le sarcophage de Tchernobyl.

Chernobyl – S01E04

Épisode 4 – The Happiness of All Mankind – 17/20
Plus lent, plus long, plus silencieux, cet épisode m’a un peu plus perdu que les précédents parce qu’il se concentre davantage sur les conséquences lentes de la catastrophe plutôt que sur les réactions immédiates qui étaient intéressantes à découvrir et donner un rythme vif à la série. Ici, il y a une sorte de renouvellement qui s’opère et, à un épisode de la fin, c’est un peu étrange. On s’y fait toutefois, surtout que ça permet encore et toujours de découvrir de nouvelles choses et quelques prouesses techniques.

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Spoilers

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The KGB classified it as a state secret.

Bien. Ce n’est officiellement plus raisonnable du tout d’être encore devant ma télé et j’aurais dû m’arrêter pour me garder les deux derniers épisodes à voir… mais il faut dire ce qui est, la série est extrêmement prenante et il est difficile d’en décrocher, surtout que je sais qu’il serait difficile de m’y remettre après une pause. Tant qu’on est plongé dedans, autant les enchaîner…

En plus, cet épisode commence par nous montrer une femme qui n’est pas raisonnable elle non plus : elle refuse d’évacuer sa ferme, quand bien même le gouvernement l’y oblige. C’est un militaire qui est chargé de la chasser de chez elle, et pour cela, il n’hésite pas à aller jusqu’à tuer sa vache, à défaut de la tuer elle, comme elle s’y attendait pourtant. Il fallait bien que la série passe par là, c’est une réalité bien connue après tout.

L’intrigue reprend bien après la catastrophe dans cet épisode, ou bien pendant, c’est selon. Nous sommes quatre mois plus tard : Lyusya découvre son nouvel appartement, et elle est toujours en pleine dépression. En même temps, c’est toute sa vie qui a volé en éclat, ça se comprend. On la retrouve beaucoup plus tard dans l’épisode quand elle a soudainement des contractions alors qu’elle se reposait sur un banc.

Du côté de Tchernobyl, les travaux ont continué, évidemment : des hommes cherchent à établir des relevés de radiations. À Prypiat, la zone d’exclusion, Legasov continue de superviser les travaux et les recherches. La série prend toutefois le parti de s’éloigner beaucoup de lui dans cet épisode, ce qui rend l’épisode moins dynamique dans sa construction.

On ne le retrouve que bien tard quand il essaie de savoir l’avancée des travaux avec Boris et surtout avec l’aide de « Joker » une machine allemande capable de voir ce qu’il se passe. Oui, évidemment, ils ne sont pas débiles et envoient désormais des robots plutôt que des hommes. Le truc, c’est qu’il faut aussi que les robots résistent aux radiations et que la commande passée aux allemands n’est pas bien utile : le gouvernement de l’URSS leur a filé les mesures « officielles » de la propagande, pas les vraies mesures des radiations captées sur le site. Débile.

Boris s’énerve donc au téléphone et comprend qu’il a besoin de trouver mieux comme machine. Il découvre néanmoins qu’il n’existe aucun robot assez puissant, et c’est bien gênant pour faire correctement le travail. Legasov propose alors d’utiliser des « biorobots », des hommes… et on en revient aux problématiques des épisodes précédents.

On assiste donc au débarquement de nouveaux « soldats » qui ont 90 secondes pour aller récupérer du graphite sur le toit et le balancer au cœur de l’usine détruite. Cela permet un plan séquence vraiment bien foutu où on suit pendant une minute trente – et c’est long ! – des jeunes chargés de balancer le graphite par-dessus bord, prenant au passage une dose de radiations bien intenable. Et c’est super triste, parce qu’on en voit un qui se foire et perce une de ses bottes. Adieu le peu de protection qu’il avait encore.

Nous suivons aussi dans cet épisode l’arrivée d’un nouveau personnage, Pavel, un jeune qui débarque sur le site de Tchernobyl pour aider à la sécurisation du site. Il n’est pas militaire, mais il rejoint les militaires, n’ayant pas trop le choix de le faire : l’armée manque d’hommes et ils ont besoin d’eux, car c’est un travail titanesque qui les attend.

En quatre mois, c’est tout un campement qui s’est mis en place, évidemment, et le nouveau est guidé par un militaire qui l’équipe d’une ceinture de protection pour ses parties génitales (parce que oui, évidemment que c’est le plus important à protéger des radiations). Il lui donne aussi une mission : celle d’aller tuer les animaux domestiques qui sont trop dangereux maintenant qu’ils sont chargés en radiation. Merveilleux.

Ce n’est pas un job facile, parce qu’il s’agit de tuer des êtres vivants. Pavel n’a encore jamais tué personne, et nous le voyons devoir assassiner son premier chien. Perturbé par ce qu’il fait, il le rate et le laisse souffrir, alors que c’est contre ses ordres. C’est intéressant comme perspective : on est habitué à entendre parler de Tchernobyl pour la catastrophe nucléaire qu’elle était, mais il est important de voir et se souvenir qu’il s’agit aussi de ça, une catastrophe qui a eu plein de petits drames à côté. Ici, on découvre donc la vie de Pavel et de ses deux mentors militaires, qui partagent avec lui leur premier meurtre et les réactions normales qui s’en suivent…

S’il arrive progressivement à tuer des animaux errants, Pavel a encore du mal à se faire à sa nouvelle réalité, particulièrement quand il trouve tout un tas d’animaux de compagnie dans une maison. C’est franchement triste comme job, en même temps, et les tuer n’est qu’une partie du travail : il faut ensuite les enterrer et les recouvrir de bitume, dans ce qui est une image extrêmement marquante de la série là encore. Je ne sais pas si j’avais déjà lu la moindre information sur tout ça, honnêtement. À vrai dire, le sort des animaux ne m’avait même pas effleuré l’esprit jusqu’à aujourd’hui.

En parallèle, Ulana continue elle aussi ses recherches, cherchant la vérité sur ce qu’il s’est passé dans l’usine pour expliquer la catastrophe (et possiblement en empêcher une autre). C’est un combat vain qui passe par la vérification des témoignages. Elle retourne interroger un des rares survivants, dans la phase de rémission, et ça ne l’aide pas beaucoup à avancer. Du coup, nous non plus nous n’avançons pas avant la fin de l’épisode.

La série repart à ce moment-là et c’est là qu’on tombe en pleine fiction américaine : les scénaristes prennent la décision de résoudre le « problème » insolvable de l’explosion du cœur en blâmant l’URSS évidemment. C’est une théorie récurrente, il me semble : les raisons historiques données disent souvent que le personnel n’avait pas une attitude adéquate, ni du matériel inadapté. Ici, il est révélé qu’un des réacteurs faisait mal son boulot, se réchauffant au lieu de se refroidir pendant quelques instants. Sauf que quelques instants, c’est beaucoup quand il s’agit de nucléaire.

La vérité éclate grâce à Legasov lui-même qui était au courant et est mis face à la vérité par Ulana. Convoqué à Vienne pour faire un rapport officiel et international sur ce qu’il s’est passé (et qui a vraiment eu lieu), Legasov n’a pas spécialement envie de dire la vérité, ce que Boris lui conseille également. Pourtant, Ulana ne voit pas les choses comme ça. Pour elle, il est important que la vérité éclate, ne serait-ce que parce que d’autres réacteurs fonctionnent encore avec le même matériel défectueux.

Certes. Pour convaincre ses collègues, elle leur parle de Lyusya : elle a pris de ses nouvelles et découvert qu’elle avait accouché prématurément d’un bébé qui avait absorbé toutes les radiations qui auraient dû la tuer. La nature est plus ou moins bien faite : biologiquement, son corps a tué son bébé pour se sauver. Et Lyusya se retrouve sans mari et sans enfant. L’horreur d’une vie, quoi ; et ça aussi, c’est une histoire vraie bien connue.

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Chernobyl – S01E03

Épisode 3 – Open Wide, O Earth – 18/20
Le réalisme de la série est vraiment poignant et il est difficile d’en décrocher tant tout ce que l’on y voit est poignant. Ces épisodes sont de vraies réussites : certes, la fiction est là, entre les lignes, mais la réalité historique semble respectée et la série nous informe beaucoup sur la catastrophe tout en posant des questions éthiques, en creux. Bref, son succès critique est largement mérité et je ne peux que m’aligner sur tous les avis lus jusqu’ici.

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Spoilers

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I don’t want him to die alone.

Oui, je suis déjà de retour avec la critique du troisième épisode, mais eh, il est difficile de s’arrêter une fois qu’on est pris dans cette ambiance étouffante. Je ne suis même pas encore allé aux toilettes alors que j’en suis à un thé et deux verres d’eau, c’est vous dire. Quoi ? Comment ça on s’en fout ? Bon, d’accord, reprenons avec déjà un truc que j’aurais dû dire à l’épisode 2 : WOW, cette série sait comment faire des résumés de l’épisode précédent !

Autrement, la première scène de cet épisode est la suite directe de l’épisode 2 avec les trois volontaires qui galèrent sur leur lampe. À l’extérieur, Boris et Legasov commencent à s’inquiéter de ne pas avoir de nouvelles, sachant parfaitement que l’absence de nouvelles peut également signifier qu’ils sont déjà morts. Pourtant, ils finissent par sortir, ce qui permet d’évacuer l’eau et d’éviter la fin du monde. Ils sont applaudis pour ça ; ils sont bien braves.

Les problèmes s’enchaînent malgré tout, avec la fusion du cœur qui commence et empire les conséquences de la catastrophe. Là où la série fonctionne drôlement bien, cependant, c’est qu’elle prend le temps d’en revenir à une dimension humaine. Ainsi, Boris force Legasov à faire une marche nocturne avec lui, après ce qui semble déjà être une énième demande impulsive du professeur auprès d’un Gorbatchev excédé, histoire de parler de ce qui arrivera aux victimes de Tchernobyl.

La description des symptômes est importante pour le bien de la série, même si on les voit peu à peu dans cet épisode. Ainsi, quatre jours après l’explosion, le pompier du premier épisode n’est toujours pas mort et sa femme arrive enfin à Moscou, à l’hôpital, pour le retrouver. Elle n’a pas le droit de visite, évidemment, mais un peu d’argent aide à la faire entrer et un peu d’humanité lui permet d’apprendre dans quelle chambre se rendre. Même si on lui dit de ne pas toucher son mari, elle lui fait directement un câlin. Et on lui demande aussi si elle est enceinte, et elle dit que non, alors que j’étais persuadé que ses nausées du début de la série nous disaient qu’elle était enceinte. Bon, j’ai peut-être un peu trop imaginé les choses, mais je sens bien que c’est le cas…

Franchement, l’infirmière humaine qui la laisse entrer aurait pu l’équiper un peu plus… Là, au contraire, elle l’envoie droit au casse-pipe et la laisse passer la nuit dans un couloir. Evidemment qu’en entendant son mari se tordre de douleur, elle se précipite auprès de lui. Et il a bien les symptômes décrits par Legasov, avec la peau qui change de couleur et devenant rouge (avant d’être noire, puis de paraître en rémission alors que les organes seront en train de se décomposer).

Sa femme reste malgré tout auprès de lui et l’embrasse, parce que les médecins touchent son mari (AVEC DES GANTS) alors elle peut bien le faire elle aussi. Leur couple est beau et mignon comme tout, mais c’est super triste de la savoir condamnée comme ça ; condamnée à voir son mari mourir dans d’horribles circonstances ; condamnée à mourir elle-même ensuite. Il n’était même pas de service la nuit de l’incendie !

Elle reste donc tout l’épisode et ne fait pas cas des avertissements de l’infirmière. Plutôt que de rester trente minutes, elle reste des heures ; et elle n’a pas trop envie de rester non plus derrière le plastique comme elle le lui conseille. Lyusya, c’est son nom, est persistante. Dans tout ça, elle est aussi drôlement courageuse parce que son mari se dégrade de plus en plus, visuellement. Malgré tout, elle ne veut pas le voir mourir seul, et elle veut aussi lui annoncer… qu’elle est enceinte. Bien, j’avais vu juste là-dessus, je suis rassuré.

Pour en revenir à Boris et Legasov, leur petite marche se termine par la découverte qu’un couple les suit pour obtenir des informations – et il s’agit évidemment du KGB. La nuit est encore longue cependant, et ça permet à Legasov de retrouver Ulana qui ne parvient pas à résoudre une autre question : pourquoi le cœur a-t-il explosé ? Ma pauvre, ce n’est pas toi qui aura la réponse à une question qui fait encore débat aujourd’hui – les Russes ont même prévu d’écrire leur propre série sur l’événement en réaction à la diffusion de celle-ci, pour accuser les américains d’être responsables de la catastrophe… Quel monde !

On retrouve ensuite Ulana qui rend visite au personnel de l’usine qui travaillait le soir de la catastrophe, pour tenter de comprendre ce qu’il s’est passé. Si le chef ne parle pas, un ouvrier, Leonid, accepte de le faire. Et Ulana comprend l’horreur de la situation quand il lui révèle qu’il a 25 ans alors qu’il en paraît 80 ans à cause des radiations, du changement de couleur de sa peau et de toutes les dégradations physiques. Elle ne croit pas à sa version des événements qui n’explique pas vraiment ce qu’il s’est passé, parce qu’ils auraient suivis les protocoles. Le problème, c’est que tout le monde lui dit la même chose : ils ont tous fait correctement leur boulot.

En repartant de l’hôpital, elle aperçoit Lyusya avec son mari, et elle pète un câble contre l’infirmière de garde qui n’est pas si responsable que ça vu la masse de travail. C’est triste, mais Ulana fait trop de bruit et finit par attirer deux hommes peu ravis de ses menaces que tout le monde saura ce qu’il en est. Je me demande juste comment elle a su que Lyusya était enceinte, j’ai raté quelque chose. Ulana se fait donc arrêter par le KGB.

En parallèle, ce sont les usines de charbon qui sont réquisitionnées pour venir à bout d’un nouveau problème : les radiations risquent à présent de contaminer l’eau de la rivière approvisionnant toute la région… La scène est plutôt sympathique, avec un ministre du charbon bien mal choisi qui demande à des mineurs de se rendre à Tchernobyl pour empêcher la pollution de l’eau.

Ce que la série décrit est assez similaire à ce que les livres racontent : tous acceptent de s’y rendre sans poser trop de questions. Ils savent qu’ils sont les seuls à pouvoir empêcher une pollution de grande envergure et ça leur suffit, même s’ils risquent de mourir au passage. Les seules questions que leur chef posent à Legasov sont les questions nécessaires pour bien faire le travail, et les questions qui nous permettent peu à peu de devenir nous-mêmes experts de la catastrophe tant elles sont précises et offrent des connaissances assez claires des problèmes qui se sont posés aux scientifiques. Après, il y a forcément une part de fiction dans tout ça, mais bon, à regarder, ça paraît tout de même super fidèle.

Oh, il y a bien une rébellion des mineurs quand même, c’est quand ils comprennent qu’ils doivent creuser un tunnel sans ventilateur, alors même que la température grimpe. Les ventilateurs sont trop risqués car la poussière est pleine de radiations… Qu’à cela ne tienne, à défaut de ventilateurs, les mineurs décident de tous travailler à poil. Zéro pudeur – sauf chez certains qui gardent un sous-vêtement quand même (et du coup, ça pause la question du pourquoi, parce que comme ils sont tous nus, la pudeur devrait sauter à un moment). Le plus triste ? Boris qui reconnaît qu’il ne sait pas si les mineurs seront pris en charge après la construction du tunnel sous Tchernobyl. Ce sacrifice, c’est beau, et c’est au-delà du simple patriotisme.

On sent tout de même la gravité de la situation tout au long de l’épisode – et de la série. Gorbatchev accepte le décès de tout un tas d’hommes pour s’occuper des travaux nécessaires : déforestation, retournement du sol, construction d’un sarcophage… Beaucoup, beaucoup de main d’œuvre, beaucoup, beaucoup de décès. C’est à Legasov de l’annoncer et même lui finit par être à court de mots. Pas étonnant qu’il finisse par se suicider après tout ça.

On n’en est pas encore là toutefois : il préfère à ce stade demander la libération d’Ulana au chef du KGB. Bizarrement, celui-ci accepte si Legasov assume la responsabilité de tout ce qu’elle fera. Il la retrouve donc en cellule où elle lui explique ses découvertes : elle veut croire les deux malades qu’elle a vu dans leur respect du protocole, mais cela n’a pas de sens. De toute manière, elle ne peut plus les interroger, il est trop tard pour ça. Oui, l’épisode se conclue par l’enterrement des pompiers et des ouvriers de l’usine, tous morts suite à l’irradiation subie.

Et l’enterrement se fait dans des cercueils spéciaux et avec coulée de bitume, parce que les radiations sont encore là… C’est poignant, surtout que ça se fait dans un montage qui nous montre en parallèle les hommes réquisitionnés pour aller travailler sur le site de Tchernobyl…

Pour terminer, je dirai que dans cet épisode encore le travail de production est dingue comme tout – travail de production et de reproduction d’une époque révolue. Documents d’archives, costumes, lieux, la série fait vraiment du bon boulot pour nous replonger dans une époque douloureuse.

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