Retour à Panem #3 : Fallait-il vraiment couper Hunger Games La Révolte en deux ?

En attendant la sortie du prochain Hunger Games en novembre et même si le livre m’avait moyennement emballé, je profite de la ressortie de la saga au cinéma pour revoir enfin un film chaque dimanche. Quitte à faire cet énorme sacrifice, autant vous en parler ici !

Salut les sériephiles,

Troisième dimanche, troisième Hunger Games au cinéma et troisième article du mercredi ! Après la claque monumentale que m’avait mise L’Embrasement, j’avais hâte de découvrir si La Révolte – Partie 1 me ferait autant d’effet. Bon, je savais aussi qu’il s’agissait de l’un des volets les moins appréciés de la saga, mais j’avais oublié pourquoi parce que vraiment, je ne l’avais jamais revu. Maintenant, je m’en souviens et je dois bien reconnaître qu’il est mal-aimé pour une bonne raison : c’est un film génial, qui regorge de moments incroyables, mais qui ne fonctionne pas franchement comme un… film. C’est une adaptation d’un roman, et ça se sent. Je crois que tout le problème vient de cette fichue décision de couper le dernier roman en deux.

Souvenez-vous de cette mode hollywoodienne des années 2010 qui consistait à transformer systématiquement le dernier tome d’une saga en deux films. Harry Potter s’y était essayé, avec un septième film incroyable avant un huitième qui expédie beaucoup trop de choses. Twilight avait également tenté le coup, et franchement, quelle catastrophe ! Hunger Games a suivi le mouvement, avec une adaptation manifestement très fidèle au roman, mais qui me donne l’impression de regarder une succession de chapitres plutôt qu’un véritable film. Ça ressemble bien à la première moitié d’un excellent roman, car c’est c’est qu’il est.

C’est assez paradoxal puisque La Révolte – Partie 1 est le plus court de la saga, mais il paraît parfois interminable. On nous installe les personnages, on découvre le district 13, on assiste à la naissance de la rébellion et on enchaîne les événements sans qu’ils parviennent vraiment à former un tout. C’est ce qui donne l’impression que c’est interminable : ça ne commence jamais vraiment, on enchaîne des moments, c’est tout.

De ce point de vue-là, il faut reconnaître que l’absence des Hunger Games se fait terriblement sentir. Plus d’arène, plus de compétition qui structure le récit, plus de mort abominable toutes les cinq minutes ; non, vraiment, l’univers change. C’est toujours violent, mais voilà, les préparatifs d’une révolution, aussi passionnants soient-ils, ne remplacent pas forcément l’adrénaline que procurait l’arène et qui sauvait souvent les opus précédents des moments creux et plus ennuyeux. Je pense que c’est vraiment voulu : Katniss est isolée et ça se ressent. On ne peut pas dire qu’elle s’ennuie, hein, et nous non plus, mais c’est plus long – et on nous impose beaucoup de texte l’air de rien. Les discours fleuves n’en finissent plus !

Pourtant, qu’est-ce qu’il y a de bonnes idées, à commencer par toute cette réflexion autour de la propagande, que j’adorais déjà dans L’Embrasement et qui prend ici une place considérable. Pour que la révolution fonctionne, il lui faut un visage. Les rebelles ont Katniss (on notera d’ailleurs qu’il y a un vrai souci dans le scénario, puisque Snow ne veut pas que le Capitole les appelle Rebelles, mais c’est le nom que tout le monde utilise ensuite, y compris au Capitole ?), le président Snow a Peeta, et chacun tente de convaincre Panem que son camp détient la vérité. On fabrique des images, on construit des discours, on cherche à provoquer les émotions qui permettront de rallier la population à sa cause – et ça, des deux côtés. Bien sûr, on sait que le camp de Katniss est celui qui a raison, mais c’est passionnant de voir comment Katniss, qui n’a absolument rien demandé, devient malgré elle le symbole d’un mouvement politique et est instrumentalisée aussi quand elle est du bon côté.

J’aime particulièrement le fait qu’elle soit incapable de jouer correctement le rôle qu’on lui a écrit. On la filme, on lui demande de réciter des textes et ça ne fonctionne pas. En revanche, dès qu’elle se retrouve confrontée à la réalité de la guerre et que ses émotions prennent le dessus, elle devient immédiatement convaincante. C’est assez terrible, finalement : pour fabriquer une bonne propagande, il faut exploiter les véritables souffrances de Katniss.

C’est aussi ce qui donne lieu à l’une des scènes les plus cultes de toute la saga : The Hanging Tree. Cette chanson que Katniss interprète et qui devient progressivement un chant de révolte repris par la population. Quelle réussite ! Je le disais déjà la semaine dernière, mais la musique joue un rôle absolument essentiel dans Hunger Games, et cette séquence en est probablement l’une des meilleures démonstrations – j’adore aussi la scène où Katniss sursaute en entendant le générique des jeux.

Difficile, surtout, de regarder cette scène de la révolte au barrage aujourd’hui sans penser aux manifestations françaises de ces dernières semaines, durant lesquelles The Hanging Tree a justement été repris. Voir une chanson de fiction devenir un véritable chant de contestation, ce n’est quand même pas rien ! J’avais déjà fait le rapprochement entre Panem et l’actualité dans mes précédents articles, mais il est encore plus frappant cette semaine. Le discours de Snow au début du film, qui érige l’ordre en valeur absolue, m’a notamment rappelé celui d’Emmanuel Macron au lendemain des manifestations. Les situations sont évidemment différentes, mais cette résonance politique est assez troublante.

Et puis, pendant que Katniss devient le Geai moqueur, Peeta apparaît régulièrement à la télévision dans un état de plus en plus inquiétant. Josh Hutcherson est excellent et Jennifer Lawrence aussi. Je continue de regretter qu’on n’ait pas accès aux pensées de Katniss, parce que les films ne parviennent pas toujours à me faire comprendre ses sentiments pour Peeta. On nous dit qu’elle l’aime, tout concourt à nous le montrer, mais il manque parfois quelque chose. À l’inverse, Gale continue d’être présent pour elle, quitte à comprendre qu’il n’a plus vraiment sa place dans cette histoire d’amour. Il a beau avoir sauvé une partie des habitants du district 12, je n’accroche toujours pas tellement au personnage. Dommage pour lui – l’acteur est bien meilleur des années plus tard dans Most Dangerous Game.

Ce qui me frustre davantage, en revanche, c’est que le film multiplie les personnages et les situations sans toujours leur donner la place qu’ils mériteraient. Finnick, Annie, Johanna, l’équipe de tournage de Katniss… Il y a tellement de choses à raconter ! On aimerait aussi découvrir davantage ce qui se passe dans les autres districts, notamment les districts 1 et 2, ou même du côté du Capitole. Après la destruction du district 12, les contre-attaques de Snow et les opérations des rebelles, on comprend bien que cette guerre civile menace de détruire Panem tout entier. Le Capitole privé d’électricité en est d’ailleurs une excellente illustration. Mais tout cela reste souvent survolé, alors même que le film prend énormément de temps pour installer ses enjeux… Et je peux dire la même chose pour Peeta : on le voit diminué physiquement, mais on ne sait pas exactement ce qui lui arrive. Peut-être que ça joue beaucoup sur l’ambiance menaçante, mais ça marche mieux en livre qu’en film.

Bref, une fois n’est pas coutume : j’ai envie de relire les romans et il va vraiment falloir que je m’y mette. C’est un peu compliqué parce que j’ai les versions illustrées, donc ce sont d’énormes bouquins que je ne peux pas trimballer dans le train quoi. C’est loin d’être un regret en revanche, ces livres sont magnifiques !

Je suis persuadé que la saga fonctionne bien mieux à l’écrit qu’à l’écran – et pourtant j’adore les films. Seulement voilà, on nous demande vraiment de réfléchir et de se projeter, et l’écran impose trop une rapidité d’action qui ne permet pas autant la réflexion. En lisant, on peut prendre le temps de comprendre le sentiment d’injustice, la peur, la colère et cette révolte qui se construit progressivement. Au cinéma, en revanche, j’ai parfois l’impression qu’on a voulu absolument tout conserver sans suffisamment réfléchir à la façon de transformer ces chapitres en un véritable récit.

Heureusement, la dernière partie du film rappelle à quel point Snow est un adversaire terrifiant. Son face-à-face avec Katniss, lorsqu’il la laisse dans l’incertitude concernant la survie de Peeta et Gale, est glaçant. La révélation qui suit est encore pire : Peeta a été sauvé, mais Snow l’a préalablement torturé et manipulé pour qu’il haïsse Katniss au point de vouloir la tuer. Après l’avoir utilisé pour sa propagande, il en a fait une arme contre elle. C’est absolument horrible et le retournement fonctionne toujours aussi bien.

Malheureusement, contrairement au final complètement dingue de L’Embrasement, celui-ci me laisse surtout sur ma faim. On vient d’assister à une révélation terrible, mais le film se termine sur un discours de la présidente Coin qui n’a pas franchement la même puissance qu’un bon « If we burn, you burn with us! » de Katniss. Inévitablement, on a cette impression désagréable de devoir interrompre une histoire qui n’est absolument pas terminée, mais bizarrement, j’ai trouvé que la fin du deuxième film était un bien meilleur cliffhanger que celui-ci… Forcément, car celui-ci est artificiel et n’a jamais été envisagé comme tel à l’écriture.

C’est là tout mon problème avec La Révolte – Partie 1. À force de vouloir respecter chaque étape du roman, on a peut-être oublié qu’une adaptation devait aussi fonctionner indépendamment du livre dont elle est tirée – ou alors, il aurait fallu faire un film de 3h30, tout simplement… Aujourd’hui, ça se fait, à l’époque, ça ne passait pas tellement, et j’aurais probablement détesté qu’on retire des moments cultes. Alors, fallait-il vraiment couper La Révolte en deux ? Je ne suis pas persuadé que c’était une bonne idée quand même. Peut-être juste qu’il fallait se contenter des romans. Ou mieux encore : faire une série, tout simplement. Qu’est-ce que ça aurait été chouette une série Hunger Games !

En tout cas, j’attends quand même de revoir la deuxième partie pour trancher définitivement. J’ai regretté que la programmation UGC ne nous fasse pas enchaîner les deux films le même soir, parce que je suis sorti encore une fois avec une envie folle de découvrir la suite et que ça aurait été totalement justifié de les enchaîner… Non ?

N'hésitez pas à partager votre avis avec moi

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.