Lanterns – S01E03 – OutKast – 18/20

Cet épisode 3 est ce que j’appelle une très bonne origin story et, par conséquent, j’aurais aimé qu’elle soit le point d’origine de la série, tout simplement. Il est excellent, renverse les perspectives qu’on pouvait avoir depuis le début et répond à des questions qu’on ne savait pas forcément qu’on se posait. C’est à mon sens l’épisode le plus solide qui récompense enfin la patience qu’il fallait avoir sur le début. Je suis content d’être resté, ouf… mais par contre, on n’avance pas du tout sur le fil rouge là.

Spoilers 

L’enfance de John n’a pas été de tout repos.

No. I know exactly why me.

Vous avez vu ? Septembre est là, je vois cet épisode en retard parce que c’est la rentrée ! L’essentiel, c’est tout de même de réussir à le voir et, pour le coup, je suis bien content de ne pas avoir laissé traîner celui-ci davantage car j’aurais détesté être spoilé.

Nous repartons en 2016, pendant l’entraînement de John. Il est catapulté dans un centre commercial désert où il semble suivre un jeu de piste géant – façon course d’orientation. Les flèches le mènent vers le bureau du manager et il est révélé, après une nuit entière d’attente dans la salle, qu’il est là pour être interviewé afin de devenir Green Lantern. Normalement, ce n’est pas comme ça qu’une Lanterne est choisie, mais voilà, l’un des Gardiens a été tué par Sinestro, Hal inquiète de plus en plus ses supérieurs et les règles semblent donc pouvoir être un peu adaptées quand ça les arrange.

La personne qui lui fait passer l’entretien, Lianna, prend l’apparence parfaitement rassurante de Laura Linney alors qu’elle est en réalité l’un des Gardiens. L’actrice est si bien choisie : elle a exactement le visage de quelqu’un à qui on aurait envie de raconter sa vie. Pourtant, son personnage est littéralement en train d’évaluer John pour savoir s’il mérite de devenir un policier intergalactique – il n’y a pas vraiment de suspense, on se doute bien que oui (encore que l’inverse aurait été intéressant comme remise en perspective !). Elle l’interroge sur son enfance, sa famille, sa carrière militaire et surtout sur Hal Jordan, ce qui permet à l’épisode de repartir encore plus loin dans le passé et de changer notre perception des deux premiers épisodes. C’est très artificiel et complètement guidé, mais c’est comme ça qu’on fait en 2026.

Bref, le flashback, l’enfance de John ! Déjà, il est révélé dès le départ que le père de John a failli être une Lanterne ! Cela explique pourquoi il était si instable dans les scènes que nous avions vues jusque-là : quand John était bébé, on est venu le chercher et lui a posé la fameuse question. Avait-il peur ? Il a répondu oui, contrairement à Hal, et a été abandonné aussi vite qu’on l’avait réveillé. Le pauvre homme se retrouve ensuite à voir Hal Jordan à la télévision raconter avec le sourire comment, lui, n’avait pas eu peur et avait donc été choisi. On comprend pourquoi ça finit avec un coup de feu dans la télévision.

Cependant, je comprends aussi Bernadette, la mère de John : elle pète un câble assez légitime en voyant son mari, complètement détruit par ce qu’il vient de vivre, utiliser un pistolet devant leurs enfants et elle lui demande de partir. Seulement voilà, ça ne s’arrête pas là : Lianna débarque ensuite chez elle pour présenter ses excuses au nom des dégâts causés par les Gardiens et confirmer par la même occasion que son mari n’était absolument pas fou. Elle lui offre même un énorme diamant en compensation – idée brillante d’extraterrestre qui ne comprend rien aux humains puisque, évidemment, lorsqu’une femme noire essaie ensuite de revendre un diamant pareil, elle se retrouve interrogée par la police.

J’aime beaucoup la manière dont la question raciale entre en compte à ce moment-là, parce que Bernadette remet immédiatement en question le fameux test des Gardiens. Demander à un homme noir américain s’il connaît la peur et conclure qu’il n’est pas digne de la bague parce qu’il répond oui, c’est peut-être oublier que tout le monde n’a pas eu les mêmes raisons d’apprendre à avoir peur dans sa vie. Pour toute réponse, Lianna lui explique que ce qui intéressait la bague chez son mari pourrait être génétique et donc se retrouver chez leurs enfants.

La mère demande alors à l’extraterrestre, qui lui montre son vrai visage (j’ai adoré ce plan où elle est de dos : on ne voit pas, mais la réaction de Bernadette est incroyable), ce qui arriverait si son fils était élevé sans peur. Comprenant que sa progéniture intéresse les gardiens et pourrait devenir une légende, elle retourne chercher son mari et ils prennent ensemble une décision assez dingue : puisque John pourrait un jour devenir Green Lantern, ils vont faire en sorte qu’il soit prêt. Il aura une éducation différente de celle de ses deux frères, quitte à ce qu’il les déteste tous les deux plus tard. John a donc passé sa vie entière à se former pour devenir une Lanterne. On le savait déjà, mais en connaître la raison apporte un éclairage très différent sur le premier épisode et sur son assurance permanente. C’est une bonne idée de la part des scénaristes de nous le révéler ENFIN. Je pense que ça aurait très bien fonctionné de commencer par-là, par contre. Pourquoi attendre trois épisodes pour apprécier vraiment un personnage ?

Le jour de ses cinq ans, John voulait des crayons de couleur parce qu’il adorait déjà dessiner. Ses parents lui offrent à la place un costume de Green Lantern et… un fusil. Ambiance. Ils lui annoncent également qu’il a une destinée, qu’il continuera d’être élevé différemment de ses frères pour cette raison et que les oiseaux autour de la maison travaillent pour les Gardiens : ils observent tout ce qu’il fait et rapportent ses progrès. C’était donc ça, l’oiseau de l’épisode 2 et le lien si fort que John semblait avoir avec lui !

Le flashback revient plusieurs fois dans l’épisode et, bizarrement, j’ai aimé ce saupoudrage. En fait, je crois que j’aime beaucoup Bernadette et les sacrifices qu’elle accepte de faire, même si elle est complètement tarée dans sa manière de les faire. Elle sait que ses deux autres fils ont déjà grandi avec leurs peurs et qu’ils ne seront pas les bons candidats pour le poste ; John, lui, peut encore être façonné. Bonjour la pression sur les épaules du gamin. Ce qui est bien, c’est que ça enlève aussi beaucoup le côté « c’est l’élu » qu’on retrouve dans énormément de fictions : John n’est pas miraculeusement né sans peur, on a méthodiquement essayé de lui apprendre à ne jamais en montrer. Bon, ça ne donne pas envie d’être à sa place, mais c’est efficace.

Forcément, ça l’isole aussi de ses frères. J’aime beaucoup la scène où ils écoutent OutKast ensemble en voiture – voilà donc le titre de l’épisode, surtout qu’il est également devenu l’outcast de sa propre famille (simple, efficace). Ses frères se moquent de lui parce qu’il parle comme un petit Blanc et pensent qu’il ne connaît pas les paroles ; John se met à rapper avec eux et, pendant quelques secondes, ils ont enfin l’air d’être simplement trois frères qui s’amusent ensemble. Évidemment, ça ne dure pas : ses parents arrêtent la voiture dans un quartier pourri et l’abandonnent là pour qu’il rentre à pied et seul chez lui.

John a passé sa vie à souffrir de la folie de ses parents qui avaient trop d’ambition pour lui. Je veux dire à quel moment tu abandonnes ton gamin dans un quartier mal famé pour savoir s’il est prêt à devenir lanterne ? À quel moment tu lui demandes de tirer en direction de son père ? La mère est une psychopathe, bien plus que le père, et ce n’est pas du tout ce qu’on avait senti pour le moment. L’enfance de John n’est pas très sympa quoi et ses frères le détestent assez logiquement pour l’attention particulière qu’il reçoit. Il vit dans la même maison qu’eux sans vraiment grandir avec eux et, lorsqu’il rentre de son excursion nocturne imposée par ses parents, il finit quand même en larmes sur son lit. Ça remet pas mal en perspective le John très froid et sûr de lui que nous avons rencontré depuis le début.

La scène de l’épisode 1 où le père tirait sur la pomme au-dessus de son fils m’avait un peu choqué, mais elle a une explication encore plus choquante. Bernadette est celle qui propose l’idée pour montrer qu’il n’a pas peur. Quelques années plus tard, Bernadette va plus loin et inverse toutefois l’exercice : cette fois, John doit tirer sur une pomme placée au-dessus de la tête de son père.

C’est là que Bernadette comprend enfin qu’elle est allée trop loin : son fils n’ose pas le faire et culpabilise qu’un oiseau le voit. Elle explique à son fils qu’il est parfaitement normal d’avoir peur de blesser quelqu’un qu’on aime et lui avoue surtout que toute l’histoire des oiseaux qui rapportaient ses progrès aux Gardiens était fausse. Elle avait tout inventé pour le pousser à se dépasser. Au risque de me répéter : la mère est une psychopathe, mais j’aime beaucoup le déplacement opéré par l’épisode : au départ, elle semble faire tout cela pour réparer ce qui est arrivé à son mari, puis elle finit par le faire pour son fils. Elle veut qu’il réussisse, mais elle comprend aussi qu’elle ne pourra pas y arriver uniquement en lui mentant.

John accepte alors de reprendre le fusil, mais cette fois il refuse que son père serve de cible. Ce sera sa mère. J’ai pas mal ri et c’est mérité, mais je suis content qu’elle accepte de le faire. Disons que ça me rassure un peu sur son côté badass qui avait disparu au profit de la folie qu’elle m’inspirait. Eh, faites-moi une série rien que sur elle et sur cette enfance, je prends. John en profite même pour enfin avouer qu’il déteste les cheeseburgers, ce qui rend rétrospectivement encore plus triste le cheeseburger que son père lui promettait dans le pilote après le tir sur la pomme : le pauvre gosse n’osait même pas dire qu’il n’aimait pas ça.

En revanche, je dois dire que si j’ai aimé l’épisode, cette structure d’épisode avec trois temporalités en parallèle est un calvaire pour la critique. Elle fonctionnait vraiment bien à l’écran. Je reste beaucoup plus sceptique sur le choix de nous montrer aussi longuement John dans sa mission de sniper. La semaine dernière, je trouvais les scènes d’action chouettes ; cette semaine, beaucoup moins. La partie où John passe l’entretien, le flashback sur son enfance et tout ce qu’on découvre sur sa famille sont tellement plus intéressants que j’avais surtout envie d’y retourner.

Il faut tout de même reconnaître que la mission militaire sert à montrer jusqu’où l’éducation de John l’a conduit. Il est envoyé au Kamtchatka pour éliminer Gray Wolf, un homme que les Américains cherchent à abattre, et refuse même qu’on lui fournisse une solution simple pour demander son extraction : John ne panique pas, évidemment. Il attend sa cible pendant neuf mois, blessé et isolé dans la nature, et il est enfin sur le point d’accomplir sa mission lorsque… Hal Jordan débarque avec sa bague, détruit une partie du campement et repart tranquillement avec le type. Je trouve ça risible – mais tellement crédible avec les super-héros qui ne savent pas sur quoi ils empiètent avec leurs super-pouvoirs.

John s’en plaint à son supérieur, mais lui-même est dépité : Hal n’a absolument pas reçu l’ordre d’intervenir. Il aurait récupéré l’information auprès d’un haut responsable dans un strip-club et décidé de régler le problème tout seul, sauf qu’aller jouer au super-héros dans une opération secrète menée en Russie provoque évidemment un joli bordel diplomatique. Il faut donc quelqu’un qui prenne la responsabilité de la catastrophe et ce quelqu’un sera John, qui accepte un renvoi déshonorant de l’armée plutôt que d’exposer l’opération.

C’est assez dingue quand on y pense : Hal a déjà pourri la vie de John avant même de vraiment le connaître, mais même quand ils se croisent par hasard, il réussit à faire encore pire ? Il a obtenu la bague que son père rêvait d’avoir, son existence est indirectement à l’origine de toute l’éducation traumatisante de John et il vient maintenant de détruire sa carrière militaire. Pendant l’entretien, Lianna essaie de lui faire admettre qu’il lui en veut et John refuse. Il comprend même que Hal puisse continuer à aimer Sinestro malgré sa trahison parce que, bon, lui aussi sait ce que c’est que d’aimer les gens qui nous ont élevés alors qu’ils sont complètement fous.

J’aime aussi énormément l’idée que John a toujours voulu être dessinateur. C’est astucieusement réparti dans l’épisode, de son anniversaire des cinq ans où il n’obtient pas les crayons qu’il voulait jusqu’à son retour chez ses parents après l’armée. Pour une fois, Bernadette fait alors quelque chose qui ressemble à une décision de mère à peu près saine : elle l’inscrit à une école d’art à son insu. Il peut enfin essayer quelque chose simplement parce qu’il aime ça et non parce que ça doit le transformer en Green Lantern. C’est un bon message…

Mais c’est précisément là que les Gardiens viennent finalement le chercher. C’est même l’une des idées que j’aime le plus dans cet épisode : ses parents ont passé toute sa vie à développer son absence de peur, son endurance et ses capacités de tireur alors que ce qui va démontrer qu’il peut utiliser la bague, c’est aussi son imagination. Un homme lui demande de dessiner de mémoire le bâtiment dans lequel il se trouve avant de lui confier LA bague et de lui demander de recréer la montre de son père. John parvient à reproduire l’objet jusque dans ses mécanismes, mais la montre disparaît dès qu’il rend la bague (contrairement à l’oiseau, donc). L’homme ouvre alors un portail sous ses pieds et lui ordonne de sauter : on revient enfin au début de l’épisode et à son arrivée dans le centre commercial.

Pendant l’entretien qu’elle lui fait passer, Lianna s’inquiète aussi de savoir si toute cette histoire de Lanternes a compliqué les relations de John avec sa famille. Euh… un peu, oui. John a passé dix-huit ans dans la même maison que ses frères en ayant l’impression de grandir sans eux et, surtout, toute sa vie a été organisée autour de l’idée qu’un jour les Gardiens viendraient le chercher. Il est d’ailleurs tellement certain d’obtenir le poste qu’il ne se demande même pas vraiment pourquoi lui. Il le sait.

La révélation finale est un pétard mouillé car j’avais déjà compris ça comme ça : John ne doit pas devenir le protégé de Hal comme on nous le vend depuis l’épisode 1, il doit le remplacer. Disons qu’on nous confirme ici que les Gardiens reprochent depuis longtemps à Hal d’intervenir dans les affaires terrestres sans autorisation et sa relation passée avec Sinestro ne joue clairement pas en sa faveur non plus. Lianna demande donc à John s’il serait prêt à prendre sa place tout en laissant Hal croire qu’il ne fait que former son futur remplaçant éventuel. John l’est, bien sûr. On sent bien que l’éducation parfaitement saine de ses parents a porté ses fruits !

John se précipite d’ailleurs chez lui pour raconter à ses parents qu’il a enfin réussi, et c’est probablement la première fois de l’épisode qu’il paraît réellement heureux, sauf qu’Hal est déjà dans leur cuisine et leur a tout raconté à sa place. Évidemment. Il se montre charmant avec eux (ça n’a pas l’air de les contenter, cela dit), avant de sortir avec John et de changer immédiatement de ton.

Hal ne veut ni protégé, ni second, ni remplaçant : John n’aura sa bague que sur son cadavre. Bon. Sachant que la série a littéralement commencé avec le cadavre de ce Green Lantern, ça finira bien par arriver, mais je pense que ça arrivera bien avant la mort d’Hal… Il conclut tout de même qu’ils commenceront l’entraînement le lundi suivant, s’envole et John regarde un oiseau posé devant chez lui en estimant que Hal doit bien l’aimer. Maintenant que l’on sait ce que représentent les oiseaux pour lui (la surveillance supposée des Gardiens pendant son enfance, même s’il a appris que c’était un mensonge de sa mère), la scène fonctionne très bien et éclaire les deux premiers épisodes.

C’est très chouette tout ça, mais je ne comprends toujours pas pourquoi ce n’est pas raconté dès le premier épisode finalement. Là, on fait une pause complète dans l’intrigue en fil rouge alors que John avait 48 heures pour retrouver un Manhunter susceptible d’entraîner la destruction d’une moitié du Nebraska et que Sinestro venait justement de demander à Hal ce qu’il savait de John. Je comprends donc la logique scénaristique qui consiste à répondre maintenant à ces questions et je reconnais que l’épisode fonctionne extrêmement bien comme ça, mais ça reste très artificiel.

Je sais que c’est comme ça qu’on raconte beaucoup de séries en 2026 : on nous montre d’abord des comportements étranges, on nous fait nous poser des questions pendant deux épisodes et on nous offre ensuite l’épisode flashback qui change notre perception de tout ce qu’on a vu. Ici, c’est particulièrement réussi parce que l’oiseau, la relation entre John et Hal, son obsession pour les ordres ou même sa manière d’utiliser la bague prennent soudain un autre sens… Mais ces éléments auraient aussi pu être apportés dès le début, dans l’ordre, et rester sacrément cool. Bref, je ne vois pas l’intérêt et je vieillis mal, encore une fois.

Allez, ça reste un excellent épisode quand même. Maintenant, ce serait sympa de sauver le Nebraska.

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