Morbius est-il si raté que ça ?

Morbius - film 2022 - AlloCinéSalut les cinéphiles,

Oui, je propose un troisième article cinéma cette semaine, mais c’est parce que j’ai envie d’en parler, parce que je n’ai pas envie de parler du sujet de la soirée ; parce que ça aurait dû être l’article de mercredi dernier et parce que sur la semaine qui arrive, je vais plutôt parler Animaux fantastiques. Bref, c’était aujourd’hui ou dans trop longtemps ; la décision est prise.

Vendredi, j’ai donc ENFIN pris le temps d’aller regarder Morbius en rentrant du boulot. Ça a été déjà compliqué de trouver où le voir d’ailleurs… Le film est un flop en salle et auprès des critiques, ce qui fait qu’il a déjà disparu de pas mal de salles. La concurrence est super rude en 2022… et en même temps, même moi, je vous conseille plutôt d’aller voir En Corps, malgré son jeu de mots en titre qui n’est pas si exceptionnel.

Un flop plutôt justifié pour un scénario creux (spoilers)

En effet, le scénario est au mieux creux, au pire bancal. Nous suivons donc l’histoire de Morbius, un homme atteint d’une maladie dont on ne sait pas grand-chose, mais qu’il n’est pas le seul à avoir. Grosso modo, le sang est mal géré par son corps, alors il a l’idée d’aller utiliser de l’ADN de chauve-souris buveuse de sang pour améliorer son propre ADN. Oui, parce que c’est un docteur super intelligent et calé sur le sujet, même qu’il a créé un sang de synthèse figurez-vous.

L’idée scientifique en elle-même pose probablement débat, mais le vrai problème est que l’idée est amenée bizarrement, avec une première scène à laquelle on ne comprend pas tout – même une fois le film terminé. Pourquoi les chauve-souris ne l’attaquent-elles pas ?

Trop souvent, des questions se posent et n’ont pas de réponse. Trop souvent, le rythme du film est haché, voire bâclé : on avance à toute vitesse et tant pis si certains enjeux n’ont pas tellement de sens. Pourquoi le meilleur ami se laisse-t-il déborder par sa soif de sang quand Morbius arrive si bien à la maîtriser ? Mystère, d’autant qu’il semblait bien plus posé que Morbius ?

Et puis, il est évidemment question de vampires puisqu’une fois transformé, Morbius doit boire du sang… Mais toutes les références aux vampires semblent tomber comme un cheveux sur la soupe et n’avoir aucun sens. A aucun moment Morbius n’est un vampire au sens traditionnel du terme, alors pourquoi des scientifiques iraient-ils voir ce que disent les textes littéraires sur le sujet ? Et pourquoi (bon, je répète : spoilers sur la fin du film cette fois) parvient-il à transformer sa petite-amie aussi parce qu’elle est clairement transformée ?

Des performances plutôt fades

Bien sûr, Martine, la petite-amie, sauve le film comme elle peut, mais… Jared Leto, que se passe-t-il ? Je ne connais pas vraiment l’acteur, mais bon dieu, sa performance était loin d’être incroyable. Je ne sais pas si le problème vient du scénario ou de l’acteur en lui-même, mais il y a plein de moments où j’avais l’impression de décrocher des émotions du film parce qu’il les gérait mal.

Le problème ne s’arrête pas à lui, cependant. Matt Smith lui-même est loin d’être à son avantage ici, et ses meilleurs moments à l’écran sont ceux où il fait peur… grâce aux effets spéciaux uniquement. C’est gênant pour l’acteur, tout de même.

De jolis effets spéciaux 

Finalement, je retiens surtout du film la réussite de ses effets spéciaux. S’ils ne suffisent pas à sauver le film d’un flop plutôt mérité, ils atténuent beaucoup l’ennui : le film est joli à regarder à plusieurs reprises et j’ai bien aimé l’ambiance que ça instaurait. C’était beau, il y avait des choses à regarder… et ça finit par être illisible dans certains moments d’action, dommage.

Après, il est possible aussi que ce que j’ai aimé, ce soit l’ambiance qui flirtait parfois avec le film d’horreur. Un peu comme la tentative de The New Mutants, on sent que l’idée est de s’éloigner du Marvel grand public pour tenter un truc plus sombre. C’est loin d’être purement réussi, car ce n’est pas du tout ambitieux ou assumé jusqu’au bout, mais ça apporte un point positif au film malgré tout.

Et au sein du MCU ?

Bref, vous l’aurez compris : je n’ai pas passé un horrible moment, mais de n’était pas non plus complètement incontournable. Je pensais naïvement qu’il s’agissait d’un film Marvel Studios. Quand j’ai vu dès le début du film le logo WB, j’ai rapidement compris tout le mal que j’avais pu en lire. Vraiment, la WB ne réussit pas à s’en sortir avec les super-héros ?

La fin du film et ses scènes post génériques me laissent bien perplexe en plus. Est-ce qu’on va nous proposer un autre Spiderman, encore ? Ce serait du réchauffé d’avoir Tom Holland confronté à nouveau au même méchant.

Puis, le film a tenté tout du long de faire de Morbius un gentil pour conclure sur le fait qu’il devenait une menace ? Pas maîtrisé tout ça. Je ne vois même pas encore comment ils justifieront le délire de multivers qui semblent déranger absolument personne ?

Perplexe. Pas incontournable en tout cas. Je ne suis pas déçu de l’avoir vu, c’était mieux que Venom 2 (pas bien difficile), mais pas inoubliable non plus. Ca ne marquera pas l’année.

Magnifique moment de cinéma : En Corps

Salut les cinéphiles,

En corps - film 2022 - AlloCinéJ’avais promis la publication de cet article ce matin, mais j’ai finalement eu d’autres priorités, à commencer par aller voter. Difficile de trouver ce que je voulais vraiment d’ailleurs, mais c’est pas le sujet. Evadons-nous plutôt pour parler du magnifique En corps de Cédric Klapisch. 

Je le teasais hier bien sûr : j’ai adoré ce film et je vous le recommande fortement pour un tas de raisons.

C’est dur de savoir par où commencer sans spoiler, mais voilà les principales raisons pêle-mêle :

Des personnages plus vrais que nature

C’est tout l’avantage des personnages de Klapisch : les répliques sont incroyables de justesse et sonnent toujours hyper vraies. Cela permet de nous offrir des personnages cohérents et complets, qui donnent cette impression qu’on pourrait les croiser dans la rue, les aborder, les fréquenter. C’est un sentiment toujours étonnant quand ça arrive, mais j’ai eu l’impression que le film parlait de la vie de certains amis.

En ce qui me concerne, c’est un point positif non par nombrilisme, mais parce que ça permet d’identifier plus vite chacun d’entre eux et d’en évaluer les discours. Parfois, le discours est volontairement parodique, mais dans le fond, on sent que c’est pour faire passer l’humour et que le message ne se perd pas.

C’est un autre bon point du film : il ne fait jamais dans le misérabilisme grâce à son humour percutant.

Et pourtant, il y aurait de quoi faire dans le misérabilisme : l’héroïne voit son rêve brisé par une blessure à la cheville alors qu’elle est danseuse classique – non, ce n’est pas du spoil, c’est le synopsis. Cela dit, méfiez-vous des spoilers dans la suite de l’article.

Un scénario finement pensé

Je partais vraiment sceptique sur le scénario on ne peut plus classique, mais finalement, la réaction de l’héroïne est ce qui va apporter l’originalité au film : en effet, le but est plutôt de nous montrer une héroïne qui apprend à rebondir et à faire une citronnade quand la vie lui donne des citrons (comme dirait l’autre).

Concrètement, le passage de danse classique à danse contemporaine se fait très naturellement dans le film, et la transition est à la fois crédible et attachante. Il est difficile de ne pas s’attacher à l’héroïne et à ses doutes tant l’interprétation est bonne.

Des performances réussies 

C’est évidemment mon point suivant : le film est une réussite grâce aux interprétations de tous les acteurs. J’étais un peu déçu de voir débarquer Muriel Robin. Autant je trouve que l’actrice n’est pas mauvaise, autant on a du mal à oublier qu’elle est elle, et c’est un peu dommage dans ce genre de film qui repose beaucoup sur le sentiment de vrai.

Qu’importe : sa performance est réussie elle aussi, et c’est bien le minimum. Ceci étant dit, les meilleures performances ne sont pas forcément les performances des acteurs en tant qu’acteurs. Non, ce qui fonctionne particulièrement bien dans le film, c’est la justesse des performances en danse. Elles sont éblouissantes et ça rend le film très sublime à regarder.

Il y a plusieurs numéros de danse et tous sont très beaux – de la danse classique à la danse contemporaine.

Bien sûr, ça peut être un peu long à regarder par moments, mais le film est construit intelligemment autour des performances de danse et de la transition d’un type de danse à l’autre – avec une performance de fin qui répond au spectacle du début. C’est peut-être là que je peux chipoter : la dernière danse du film mériterait d’être plus longue pour que toutes les émotions très justes qui passent puissent nous emporter encore davantage.

Un Paris sublimé

Normal, c’est Klapisch : la vision de Paris est magnifique à plusieurs reprises. Le film n’est pas enfermé dans la capitale bien sûr, mais chaque fois qu’on y passe, on y sent un amour de la ville en elle-même qui donne presque envie de sortir plus souvent dans les rues parisiennes pluvieuses. Je suis moi-même toujours admiratif de certains coins de la capitale, alors ce genre de vision fait plaisir.

C’est toujours bien de voir des personnages courir dans Paris de toute manière. Et plus sérieusement, le travail technique du film est bien là, avec des plans assez mémorables l’air de rien. J’ai des scènes qui me restent en tête.

Quant aux possibles longueurs qu’on pourrait reprocher au film, je trouve qu’elles se justifient assez bien. Oui, il dure une vingtaine de minutes de trop, mais en même temps, moi j’ai envie de retourner le voir, alors ce n’est pas si grave que ça.

Bref, vous aurez largement compris que le film vaut vraiment le détour !

Au cinéma en février/mars

Salut les cinéphiles,

Etrange titre, je sais, mais il y a plein de films que j’ai eu l’occasion de voir au cinéma sans prendre le temps d’en parler sur le blog en février et mars. Je me suis dit que comme j’avais un peu moins de coups de cœur ces derniers temps – et moins eu d’occasion pour aller au cinéma (je devais théoriquement parler de Morbius, mais vu les réactions générales, bon) – l’occasion était parfaite.

L’événement

L'Evénement en Blu Ray : L'Événement - AlloCinéJ’ai cru que j’avais raté définitivement les séances pour ce film, adaptation d’un roman d’Annie Ernaux que j’avais lu il y a plusieurs années. Je savais donc à quoi m’attendre en y allant, et il valait mieux pour une projection cinéma d’un sujet si sensible. Etonamment, j’ai trouvé le film plus marquant que le roman – probablement parce que je l’ai lu en étant trop jeune pour être pleinement traumatisé par ce qu’on me racontait.

Le voir au cinéma avec une héroïne faisant des études de lettres que j’ai désormais terminées, ça a joué sur la proximité. Malgré le décalage d’époque, certaines thématiques restent bien les mêmes aujourd’hui, notamment sur le regard de tous auquel on n’arrive pas à échapper. C’est assez fou.

Ce film n’a clairement pas fait assez parler de lui et je le recommande vraiment, même s’il n’est pas non plus à mettre entre toutes les mains. Âmes sensibles, il peut être compliqué à voir. Il s’agit d’un film résolument féministe, qui évoque la question de la grossesse non désirée, et donc de l’avortement, dans une France où l’avortement est encore illégal.

Un Autre Monde

Un autre monde - film 2021 - AlloCinéOn a fini par savoir que Sandrine Kiberlain avait vécu plus de la moitié de sa vie tellement la bande-annonce était matraquée au cinéma tout au long du mois du janvier. Le matraquage a fini par être efficace, le film m’a intrigué.

Il fait partie des moments de cinéma qui n’ont pas réussi à me marquer sur du très long terme, en revanche. Grosso modo, l’autre monde du titre, c’est celui de la sphère des PDG de PME, ceux qui font tout pour sauver leur usine ; en y consacrant toute la vie. La vie perso en bave, la situation reste on ne peut plus horrible : le personnage principal se retrouve confronté à un divorce, tout en étant tiraillé entre ses employés dont il veut éviter le licenciement et le groupe américain (représenté par une Léa Drucker drôlement efficace) qui a racheté sa compagnie.

Bref, Sandrine Kiberlain est finalement bien peu présente par rapport à ce que j’en attendais en voyant l’affiche et la bande-annonce. Vincent Lindon, en revanche, crève bien l’écran comme il faut. Il est incroyable.

Critique sociale efficace, le film dresse le portrait d’un homme mis au pied du mur. Il est un homme que personne n’a envie de devenir, mais qui est coincé dans une vie qui ne lui convient pas. Sur le sujet du burn-out et de la vie atroce au travail, j’ai largement préféré À plein temps, mais les deux films peuvent se répondre et se compléter extrêmement bien.

La Vraie Famille

La Vraie famille - film 2020 - AlloCinéJ’adore le thème de ce film, qui est celui d’une famille d’accueil qui a pu recueillir un bébé lorsqu’il avait un an… mais je n’aime pas tellement son intrigue pour autant, et encore moins sa conclusion. S’il avait ses moments sympathiques, le film nous montre (encore ?) l’histoire d’une femme qui se retrouve mère d’un enfant qui n’est pas le sien, au moment où elle doit le rendre.

Là où il y aurait moyen de nous montrer toutes les difficultés évidentes que cela représente, en accentuant sur le don de soi que font les familles d’accueil parfois, on se retrouve dans un schéma qui ne me plaît que moyennement, avec une mère qui fait des erreurs certes très humaines et probablement réalistes… mais loin d’être ce qu’il doit réellement se passer ?

Je ne sais pas, j’ai l’impression de toujours voir ce genre d’histoires avec les familles d’accueil, et on file toujours ce rôle à la mère quand le père finit par être plus raisonnable, et ça m’a posé souci. Le film est pourtant très bon, les acteurs tous excellents, l’histoire jolie comme tout… mais… J’aimerais voir ce genre d’histoire décoller vers autre chose.

Les Meilleures

Les MeilleuresC’est marrant, ce film : je pensais qu’il parlait simplement d’adolescentes en cité après avoir vu la bande-annonce – mais je n’en avais pas du tout perçu/retenu la dimension LGBT lorsque je suis allé le voir. Ce fut donc une vraie surprise de voir un film français s’attaquer à l’épineux sujet des ados LGBT en cité et c’est avec plaisir que je peux dire que c’est une franche réussite. Les interprétations des acteurs – et particulièrement des plus jeunes – sont géniales et les dialogues vraiment savoureux. Je suis plus réservé contenant les échanges de SMS qui me paraissent assez peu réalistes, mais à l’oral, le tout passe très bien et forme une belle histoire.

Un bémol tout de même avec ce film : il a les yeux plus gros que le ventre. Il y a trop de problèmes à traiter, et beaucoup d’intrigues semblent se croiser sans jamais se rencontrer et surtout sans être résolues. Je suis sorti frustré de cette séance de cinéma, parce que j’aurais aimé que le film dure deux fois plus longtemps au moins pour au moins finir de traiter l’évolution de certaines relations (au minimum, avec la mère et avec l’ami d’enfance, si vous l’avez vu).

Certains problèmes sont pointés du doigt ou effleurés, sans être expliqués ou exploités pleinement. On nous montre beaucoup, on suggère certaines choses, ça laisse plein de pistes de réflexion, mais ça finit presque par être désespérant de se dire que la situation présentée comme problématique est insolvable.

Bref, je suis sorti frustré aussi parce que j’ai fini par me demander pour quel public était écrit ce film. Si c’est pour les jeunes (de cité ou non), il manque de certains messages (que ce soit une note d’espoir nécessaire ou de la prévention, notamment sur la sexualité ?). Si ce n’est pas pour eux, alors il passe à côté du sujet. Et dans l’ensemble, s’il n’a pas trouvé son public, c’est probablement parce qu’il était trop de niche. Trop en avance sur son temps ? Trop en retard ? Je ne sais pas. Passionnant, en tout cas ; mais frustrant. Je veux une suite, un jour.

 

Allez, je m’arrête là pour aujourd’hui, ça fait déjà quelques films tout de même, et j’ai vu les suivants en avril de toute manière.

Quand la vie me fait un improbable poisson d’avril

Salut les sériephiles,

Ce n’était pas du tout l’article que j’avais prévu et ça va peut-être sentir quelque peu le réchauffé pour ceux qui me suivent sur Twitter, mais cette histoire est tellement invraisemblable que je ne peux pas ne pas l’évoquer sur mon blog – voyons cet article comme un pseudo journal intime qui n’en est pas un tant je vais raconter cette histoire à tout le monde.

Non, parce que, quand même, la vie a décidé de me faire un 1er avril. Et la blague n’était pas drôle du tout à vivre sur le moment – même si je vais vite m’en remettre pour un rire longtemps. Hier soir, je suis allé au cinéma voir un film qui commençait à 20h55. À 20h54, je regardais une dernière fois mon portable, pour le mettre en mode silencieux, devant le cinéma. A 22h20, je me rendais compte que mon portable avait disparu. Entre les deux, j’étais entré dans le cinéma – et c’est un petit cinéma, franchement, avec peu de passage – et dans une salle où se trouvaient à peine dix personnes. D’ailleurs, le film La Brigade mérite plus de spectateurs que ça !

Toujours est-il que mon portable avait disparu. 31 mars, 22h25, je commence à me rendre à l’évidence après avoir fouillé toute la rangée, inspecter le sol (jonché de popcorn des enfants venus voir Sonic, il paraît que c’est normal, bordel, éduquez vos mômes et apprenez-les à respecter votre argent ??) : on m’a volé mon portable. Quand même, je ne lâche pas l’affaire comme ça, allant voir à l’accueil du cinéma, espérant un bon samaritain pour le ramener là.

Fail. J’ai gagné le droit de retourner inspecter les mêmes rangées de siège avec une employée du cinéma, totalement désolée pour moi (c’est elle qui m’a expliqué que c’était toujours comme ça le sol dans les séances avec les enfants). Franchement, on a réinspecté les sièges à côté du mien, le sol, la rangée devant, la rangée derrière. Rien.

Sortie du cinéma, dépité, après avoir laissé des coordonnées. Bon. Il faut s’y faire : le portable a disparu. Maigre espoir : il n’y avait personne au guichet du cinéma à la fin de la séance, donc possiblement, quelqu’un a embarqué avec lui le téléphone pour le ramener le lendemain. Tordu, mais ça peut arriver, non ? Humph.

La suite ? Faire les restaurants de la rue autour du cinéma pour leur demander si quelqu’un a trouvé le portable. Non. Retourner au cinéma, réinspecter la salle dans le noir complet avec un flash d’un autre téléphone, au cas où, on sait jamais. Se maudire d’être en mode avion. Sortir du cinéma, vérifier les poubelles en désespoir de cause. Rentrer chez soi, avec un maigre espoir et un énorme problème.

Vous voyez, mon portable, c’est mon bébé, alors je l’ai mal pris de l’avoir perdu, surtout comme ça. Et puis, au-delà de ça, je n’avais pas sauvegardé mes photos. Pire encore : c’est mon accès internet, je n’ai pas de wifi, moi. Bon, je ne vis plus tout à fait seul, alors c’est un demi-problème. Reste que je n’ai pas de quoi me connecter ou contacter qui que ce soit pour le lendemain, ce fameux 1er avril du titre.

Je voulais me coucher tôt, parce que je devais commencer tôt au boulot aujourd’hui, et parce qu’ils annonçaient de la neige – genre, miracle de Noël un jour de printemps, vous êtes sérieux ? C’était une autre sorte de fail : il était 23h le temps de faire tout ça, et me voilà parti à déterrer mes anciens portables à la recherche d’une solution viable. Ce fut compliqué. Dans mon malheur, j’ai la chance d’avoir un forfait Free à 2€ que j’utilise parfois pour le boulot, donc j’avais déjà une carte sim à portée de main. Pas de bol, c’est une nano : elle n’est compatible qu’avec un portable que je n’utilise plus depuis six ans à peu près.

SU-PER. Au moins, ça fonctionne pour les SMS. Commence un autre problème : ça ne fonctionne que pour les sms et les appels, mais moi, j’ai besoin d’un peu plus pour mon trajet en train – idéalement une application pour vérifier l’état du trafic avant de partir sans avoir à réveiller personne ou, bon, de la musique. Pour ça, il faut des applications. Pour ça, il faut le playstore, et donc, il faut un compte Google.

Là, j’ai découvert la plus grosse des failles de sécurité : la putain de double authentification de mes deux. Pardon, je deviens vulgaire, mais sérieusement ? Mon compte Google est protégé par un mot de passe assez long, avec des caractères spéciaux, des majuscules, des minuscules, des chiffres, pas forcément dans cet ordre précis et cohérent. Je CONNAIS mon mot de passe, et c’est une petite fierté.

Comme la connexion est suspicieuse parce qu’elle se fait depuis une connexion et un appareil inhabituels, on me dit alors qu’on va m’envoyer un SMS pour confirmer que c’est moi. Merci, mais non merci ? Frustrant. Finalement, en luttant un peu avec les possibilités, on me dit m’envoyer un mail de confirmation sur une adresse de sécurité. Ah, parfait.

Je vais sur l’adresse mail secondaire, tout va bien, j’ai le mail, je clique et… « Merci de patienter 72h le temps de confirmer que c’est vous ». WTF. Super la sécurité qui empêche de te connecter. Quand j’ai réussi à mettre un compte Gmail secondaire sur le téléphone ? Impossible de télécharger les applis. Bon. Qu’à cela ne tienne, je prends mon autre ancien portable – le plus récent, changé parce que la batterie ne chargeait plus vraiment.

Il fonctionne à peu près, 38% de batterie, mieux que rien. J’ai mes applis dessus, alléluia. Lol. Snapchat ? La connexion est suspicieuse, merci de cliquer sur le SMS qu’on vous envoie. AAAAAAH. Bref. Spotify, Twitter, Messenger, merci de ne pas être trop pète-couilles. Snap ? J’ai compris que j’avais failli te perdre définitivement dans cette affaire.

Autant vous dire que mon premier avril, parce qu’il était minuit passé, commençait bien. Rapidement, il fut une heure du matin et l’heure d’aller se coucher en mettant en charge deux téléphones, en priant pour que les réveils fonctionnent parce que bon, ça faisait un moment que je n’avais plus utilisé ces portables, et en espérant un miracle pour le retour de mon téléphone.

L’insomnie n’a pas tardé à frapper par contre : l’adrénaline de la perte, l’angoisse, le fait de se repasser en boucle tout ce qu’on a fait et l’endroit où l’on a pu « perdre » son téléphone en se le faisant voler. Hautement improbable dans ce cinéma avec douze personnes sur mon chemin, à tout casser. Hautement frustrant aussi.

1h30 : ah, demander à quelqu’un de vérifier les groupes et pages Facebook de la ville, on ne sait jamais. Insupportable, impossible de dormir.

7h20 : vingt-cinq minutes avant le réveil, c’est bon, marre de tourner en rond, se lever, se motiver pour aller faire cours quand même, dans des conditions pas idéales de sommeil manquant et d’absence de connexion à internet. Je suis parti vingt minutes plus tôt que d’habitude de chez moi, bravant le -2 degrés avec joie (non) et… regardant à nouveau les poubelles dans la rue du cinéma, ON NE SAIT JAMAIS.

L’espoir toujours, le froid surtout. J’arrive en gare trois minutes avant le train qui précède celui que je prends habituellement. Je vois un train partir : celui d’encore avant, suffisamment en retard pour que je puisse le voir partir. Mauvais signe. La SNCF trolle ce premier avril avec un incident voyageur, une panne de signalisation et un colis piégé en même temps sur le message qui n’a ni queue ni tête.

J’ai attendu trente minutes de pouvoir partir de la gare, heureusement dans un train. Oui, oui, trente minutes : comment avoir dix minutes de retard quand on a vingt minutes d’avance ? Prenez le RER à Paris, vraiment.

Bien sûr, mon RER arrive à destination une minute après le départ officiel du bus. Pourtant, depuis le train, je vois que le bus est en retard. J’ai beau courir, y a des travaux sur mon chemin et je le rate, de si peu. Bim, retard, bim démerde-toi pour appeler ton boulot alors que tu n’as pas le numéro sur ton ancien portable (merci maman). Et ensuite ? Marche vingt minutes coco, comme tous les jours où il n’y a pas de bus aux horaires pratiques. Et mange-toi ton retard au passage. Et puis, on est le premier avril, alors c’est le moment pour qu’il se mette À NEIGER BIEN SÛR.

Comme une envie de faire un snap, MAIS TU PEUX PAS.

Non, vraiment, toute la journée au bout du bout. Les élèves qui tentent les poissons, en plus, mais vous croyez vraiment que c’est le jour pour ça ? Je suis assez fier de moi, j’ai quand même tenu la journée de cours complète, alors que je pensais en arrivant le matin que bon, j’allais m’absenter l’aprèm et tant pis. Je n’ai pas fait mes meilleurs cours, mais ce n’était pas une catastrophe non plus. Je n’ai insulté personne en route, j’ai gardé mon calme face à ces farces de la vie et sur mon chemin du retour, je suis retourné au ciné au cas où.

Bon, fail à nouveau. Comme la veille, rebelotte les appels commissariat et police. Pour rien. Il était temps de se rendre à l’évidence : plus de portable. Au ciné, on me dit quand même qu’après la séance en cours – finissant à 20h25 – on irait réinspecter la salle. Comme si ? On s’est tapé la salle pendant trente minutes la veille et un autre employé y est passé l’après-midi pour vérifier ; sans compter l’équipe de ménage le matin…

La police conseille quant à elle de rappeler le mardi, alors qu’on est vendredi, parce que « ça peut mettre du temps à arriver quand même ». Bon. Les lueurs d’espoir sont faibles, tout de même. C’est parti pour bloquer la ligne et pour… se chercher un nouveau téléphone. Ben oui, il m’en faut un tout de même. Et je suis allé loin, jusqu’à considérer de me délester de quasi un demi-salaire parce que ça peut coûter cher ces conneries quand on vise la qualité.

Au moment d’appuyer sur le bouton pour commander ce nouveau portable, et je ne plaisante pas, vraiment, ça s’est joué à trente secondes près, un coup de fil d’un numéro inconnu. Le numéro inconnu ? L’employée du cinéma : il est 20h58 et 24h après le dernier moment où j’ai vu mon portable, on m’annonce qu’il est retrouvé.

Où donc ? DANS LA PUTAIN DE SALLE DEPUIS TOUT CE TEMPS. Improbable. Le téléphone était donc coincé derrière un accoudoir, contre les dossiers de deux sièges, suffisamment enfoncé pour qu’on ne le sente pas en passant la main, pas assez tombé pour qu’on puisse le voir sous le siège. Personne ne l’a vu là de la journée, pas même les gens assis sur le siège en question.

Conclusion ? Ne perdez pas espoir, on ne sait jamais ce que la vie nous réserve. C’était un sacré premier avril tout de même ; c’est totalement dingue, croyez-moi. Deuxième conclusion : la double authentification, c’est de la merde. J’ai modifié autant que possible les mesures de sécurité, mais pour Google comme pour Snap, on ne peut pas vraiment s’en passer. Genre, sur snap, je n’ai pas activé la double authentification, mais elle se fait quand même. J’ai ajouté une adresse mail de secours, espérant que ça puisse aider… Dernière conclusion : demain, je fais toutes mes sauvegardes, promis.

En attendant, j’ai demandé la réactivation de ma ligne il y a 2h30 et ce n’est toujours pas fait alors qu’on me disait que ça prendrait deux heures. Je serre les dents, manquerait plus que ça coince encore là, flemme. On verra demain matin, là, c’est l’heure de dormir pour se remettre de ce premier avril, je crois.

Désolé, cet article est beaucoup trop long, mais, vraiment, c’était toute une aventure, vous n’imaginez pas le mix d’émotions quand la vie se fout de votre tronche à ce point. Je vais m’en souvenir de ce premier avril, en tout cas. Et du film La Brigade aussi, c’est une séance originale au moins (un peu déçu par la fin du film, mais il est vraiment sympathique, si vous hésitiez à aller le voir, allez-y). Bonne nuit !