It’s Handled : 7 ans de Scandal

Cet article suit l’ordre chronologique de la série et peut donc être lu si vous n’avez pas encore fini la série : j’indiquerai clairement le passage d’une saison à l’autre pour éviter les spoilers. Il suffit de vous arrêter où vous en êtes. Évidemment, malgré sa longueur, il ne peut être tout à fait exhaustif et je suis plus qu’ouvert à la conversation dans les commentaires pour débattre, échanger nos opinions et peut-être même modifier l’article !

Olivia Pope a retiré son beau chapeau blanc taché plus d’une fois pour nous saluer une dernière fois, il est donc temps pour moi de renouer avec une tradition perdue du blog, celle de la synthèse globale d’une série. Je n’en ai pas écrit depuis Person of Interest, alors qu’il s’agit pourtant d’un article que j’adore écrire. Le problème, c’est que c’est long à mettre en place et aussi long à lire, mais pour tous les nostalgiques ou pour tous ceux qui auraient décroché en cours de route, ça peut être une lecture sympathique. Ne vous attendez pas à en avoir un par série annulée cette année (il y en a malheureusement trop pour lesquelles je crains le pire), mais quand j’aurais le temps, je rédigerai peut-être un petit quelque chose. Trève de blabla, installez-vous confortablement, l’article est long, très long !

10-2

En sept saisons, la série a eu le temps de bien évoluer. Son synopsis d’origine était tout simplement celui d’une série racontant la vie professionnelle et personnelle d’une experte en relations publiques, Olivia Pope, réputée pour sa gestion de crise. La série proposait également de suivre la vie de ses associés, des simples avocats au hacker tueur en série. Elle s’est terminée en saison 7 (spoiler dans la fin de ce paragraphe, donc) sur la vie professionnelle et personnelle de la chef de cabinet du président des USA et sur d’innombrables complots et coups d’état politiques qui n’avaient plus rien à voir avec les enquêtes initiales.

Si je n’ai jamais raté un épisode, j’ai décroché plus d’une fois face à la série qui m’a perdu en cours de route. Qu’importe, cet article se veut une synthèse générale de l’évolution de la série et de ses grandes étapes, pour le trip nostalgique autant que pour s’y retrouver en cas de rewatch ou lorsque je chercherai des passages précis de la série.

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I want to be a Gladiator in a suit
(S01 & 02)

Spoilers saison 1

Une intro ultra-efficace

Si je suis soulagé de voir la série se terminer car son évolution m’a blasé, il faut quand même reconnaître que dès la première scène, je me suis retrouvé happé dans l’univers d’Olivia et c’est bien pour ça que je suis resté sept saisons (et six ans pour ma part, car je suis arrivé en cours de route). Harrison recrutant Quinn dans un bar bondé, c’est une intro osée, qui n’a aucun sens et ne donne qu’un quart des informations nécessaires, mais ça donne immédiatement envie d’en savoir plus : le rythme, le suspens, les questions qui surgissent… Tout y est pour donner envie d’être un Gladiateur en costume… Et pour mythifier Olivia Price Pope. Si, si, à l’origine elle devait s’appeler Olivia Price, même si ça paraît totalement inconcevable aujourd’hui, c’était dans le pilot d’origine, disponible sur internet.

L’arrivée de l’héroïne est retardée dans la série, alors qu’elle est omniprésente dans le synopsis et c’est une bonne chose. Cela permet d’attirer un peu plus la curiosité. Très vite, la série se met en place sur une formule ultra-efficace : une enquête par épisode, oui, mais aussi un fil rouge global sur la politique américaine avec une question qui revient en boucle (qui a tué Amanda Tanner ?) et des histoires personnelles.

Rapidement, on fait le tour de l’équipe, des problèmes de chacun, de la loyauté qu’ils ont tous pour Olivia et de leurs techniques pour sauver du pétrin leurs clients. On sort souvent de la légalité, mais on a toujours l’impression que nos personnages sont du bon côté de l’Histoire ; et quand on gratte un peu la surface, on se retrouve avec des histoires personnelles pour chaque personnage hyper intrigante : Abby et son passé qui la pousse à voir Olivia en messie, Quinn et son changement d’identité, Huck dont on ne nous dit pas encore comment et pourquoi il est ours bourru… C’est passionnant, ça fonctionne.

La saison 1 est extrêmement courte et ça joue également en sa faveur, avec un rythme haletant. Il se passe plus de choses en un épisode de Scandal qu’en cinq de Grey’s Anatomy, et les rebondissements ne sont pas toujours prévisibles car on n’a pas le temps de les voir venir. En cela, la saison 1 était une sorte de rush permanent – et c’était très chouette à bingewatcher.

Spoilers saison 2

Une série reposant sur des concepts forts 

Dès la première saison toutefois, la série s’est mise l’air de rien à introduire deux ou trois grands concepts qui se sont inscrits dans son ADN de manière définitive : la fidélité « over a cliff » du personnel d’Olivia Pope & Associates, l’importance de la politique américaine dans la vie d’Olivia et l’importance de porter un chapeau blanc… autant de choses qui sont au programme des tous premiers épisodes et qui définissent le cadre de la série.

La fidélité ? Elle nous pousse à vouer une admiration sans borne à Olivia. Il faut dire que le personnage a de quoi plaire à toujours s’en sortir sans le moindre souci de tous les problèmes auxquels elle est confrontée. Je pense qu’on a tous rêvé à un moment ou un autre d’être aussi efficace qu’elle dans notre boulot ou nos situations persos. Tout aussi iconique, sa sonnerie de portable mythique est d’ailleurs toujours un petit rush d’adrénaline après sept saisons : elle annonce souvent des problèmes qui se règlent en un claquement de doigts.

Il faut dire aussi que ce n’est pas compliqué pour Olivia de tout gérer : elle a ce fameux Chapeau Blanc. L’origine est évidemment les westerns américains où les gentils ont toujours un chapeau blanc alors que les méchants en ont un noir (eh coucou Westworld !). Après les gladiateurs en costume, voici donc le western moderne qui fait d’Olivia un cowboy pas si solitaire capable de toujours discerner le bien du mal, ce qui lui offre la possibilité à mettre de temps en temps un orteil du mauvais côté.

La série est toutefois précautionneuse tout du long : jamais Olivia ne se salit directement les mains, elle se contente de donner les ordres. Forcément ! C’est l’héroïne de la série, donc en tant que telle, il faut bien qu’elle soit irréprochable quand tous les autres tombent peu à peu dans l’illégalité, pour elle. C’était un parti pris intéressant des premières saisons et il y a beaucoup à dire de la fascination des personnages pour Olivia et son chapeau blanc. Ils lui font une confiance aveugle car elle les a sauvés, et finalement, on repère qu’Olivia a toujours su bien s’entourer.

OPA est rapidement un lieu où Olivia réunit ses seuls amis, qui ne sont pas des amis mais des marionnettes. Et elle a beau dire qu’ils sont en famille, elle en veut le contrôle total, parce qu’Olivia a tout de même un gros défaut : la soif de pouvoir.

Pas étonnant par conséquent que la Maison Blanche joue un rôle si important dans la série. Outre le pouvoir personnel sur ses amis, le pouvoir politique préoccupe énormément Olivia, au point qu’elle se jette dans une relation adultère avec le président des États-Unis. Oh, Fitz… Oh, Olitz…

Voilà un couple que je n’ai jamais trouvé séduisant : leur alchimie est loin de me frapper, c’est un couple adultère (même si Mellie avait tendance à être aussi transparente qu’une vitre au départ) que l’on est supposé célébrer et ils sont ensemble pour toutes les mauvaises raisons. Oui, OK, c’est un amour interdit à plus d’un titre, c’est beau, ça fait souffrir les personnages, blablabla. Oui, mais non. Même si je ne les aime pas particulièrement, je reconnais toutefois que sur les deux premières saisons, ça pouvait apporter de bonnes intrigues secondaires.

Jumping the shark : et soudain, tout dérape  

Sur le moment, je ne m’en suis pas rendu compte, mais en rétrospective, je pense que tout est parti en vrille pour Scandal assez tôt dans son existence. Toute l’intrigue Defiance a commencé à la faire déraper. L’intrigue Defiance, c’est celle qui nous explique que Fitz n’est pas le président élu démocratiquement, mais un président élu sur un trucage des voix.

Un cercle fermé est au courant de ça, et côté cohérence et crédibilité, la série a commencé à souffrir. Cela passait encore : c’était un bon rebondissement, ça faisait des bons épisodes et ça donnait l’impression d’un complot transcendant les enquêtes personnelles d’Olivia.

Comme bien souvent, la série nous a endormis un moment en faisant l’exact inverse et en jouant directement sur l’adrénaline : juste après l’éclatement de la lumière sur Defiance, Fitz se fait tirer dessus. Un attentat sur le président des USA ? C’est osé, presqu’improbable, et c’est un sacré scandale qui m’aura fait crier devant mon écran à l’époque. Peut-être qu’à le présenter comme ça, le gros défaut de cette saison 2 (on en est alors au huitième épisode) apparaîtra plus évident, mais la série est passée beaucoup trop vite dans la surenchère.

À une intrigue qui aurait pu nous occuper déjà deux saisons s’est ajouté un attentat rajoutant plein de questions. L’emballement de la première saison exigeait de garder le rythme en saison 2, mais dans les faits, la qualité narrative a commencé à partir en vrille. La saison 2 parvient malgré tout à tenir à peu près la barre… Jusqu’à l’épisode 19.

Au cours de celui-ci, on en apprend subitement plus sur le passé de Huck. Après deux ans, il était temps d’enfin nous révéler les raisons de son caractère. Il est donc une victime d’un groupe secret, le B613, qui s’est servi de lui avant de le torturer et de l’abandonner. Pourquoi pas. On approche d’une fin de saison, ça peut être un élément intéressant pour la fin de la saison. Et pour la saison suivante, à la rigueur. Mais pas pour cinq ans… Or, c’est malheureux, mais le B613 va devenir le centre de la série qui dès lors laisse totalement tomber la moindre crédibilité : le B613 a tout pouvoir sur les USA, il manipule le Président, il est au-dessus des lois, au-dessus du FBI, il entraîne des super-espions.

Et pire que tout, il est géré par le père d’Olivia. Alors attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : c’était une excellente révélation et un rebondissement que je n’avais même pas vu venir (pourtant, ça paraît évident). Pourquoi alors dire que c’est le moment où la série jump the shark ? Parce que c’est le moment où la série décide d’intégrer la vraie famille d’Olivia et donc de prendre des allures de soaps politiques plutôt que celle d’un procédural efficace à fil rouge. La saison 2 redéfinit totalement la formule d’origine de la série et c’était un choix risqué. Ça passait, ou ça cassait. Et a posteriori, je me rends compte que pour moi, ça a cassé.

Avant de continuer l’article avec les trois saisons suivantes, celles qui m’ont perdu, revenons un peu sur le personnage d’Olivia Pope en-dehors de la série. En effet, au terme de la saison 2, Olivia Pope a réussi à devenir une référence culturelle immédiatement reprise dans de nombreuses autres séries : si certaines cite le titre de la série (comme Chelsea Lately ou Parks and Rec), c’est souvent celui d’Olivia Pope qui revient comme un moto et comme une vraie interrogation de comment gérer sa vie ou une situation de crise. Dès 2013, Happy Endings et Hopital central la prenne en exemple, en 2014, on la retrouve dans Faking it, Undateable, Forever et Brooklyn Nine-Nine, et la liste est longue. Nombreuses sont les productions à parler d’Olivia Pope ou de Scandal.

Olivia Pope est rapidement devenue une référence : Scandal n’avait pas de super audiences en saison 1, mais la série cartonnait sur Twitter où beaucoup s’identifiait à l’héroïne ou affirmait leur désir d’être elle. Ajoutons aux qualités du personnage les questions de représentation et de manque de personnages noirs à l’écran et on comprend subitement pourquoi un tel engouement pour ce personnage vraiment original.

Et non, cette transition n’est pas un hasard, car ce succès fou du personnage qui fait immédiatement son entrée dans la pop-culture va en définitive desservir la série dans son ensemble. En tout cas, c’est comme ça que je vois les choses et je vous invite à continuer à lire pour que je m’explique !

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You Can’t Take Command
(S03-05)

Spoilers saison 3

La famille d’Olivia Pope

Arrivé en saison 3, on comprend vite que la série, qui s’est toujours centrée sur Olivia, part dans une nouvelle direction avec une insistance sur sa famille et sur le B613. Finie les intrigues hyper-crédibles, tout est directement liée à elle désormais. Olivia Pope est partout dans la série, aidée par une interprétation toujours magistrale de Kerry Washington, il faut bien le dire. C’est à souligner, parce que la pauvre est partie d’un personnage sans faille et extraordinaire à un personnage avec tellement de défauts que la transition n’a pas dû être facile tous les jours.

Déjà, c’en est fini de son beau chapeau blanc. On a bien compris à présent qu’Olivia a déconné plus d’une fois pour ce qu’elle dit être ses idéaux et ne sont en fait qu’une soif de pouvoir (là encore, parlons de Defiance). Ensuite, son père est un cinglé tout aussi assoiffé de pouvoir. Finie l’image d’Olivia qui a réussi par elle-même à acquérir un empire : c’est son père qui l’y a poussé. Oh, oui, elle a pris le pouvoir toute seule, mais bon, on comprend qu’elle y a passé sa vie et pas du tout par envie de faire le bien, mais par envie d’abord de plaire à son père, puis de le défier. Certes, elle n’est pas au courant pour le B613, mais l’introduction d’Elie Pope est très claire sur ce point : il a poussé sa fille à devenir quelqu’un d’importance.

En soi, pourquoi pas. Où est le problème alors ? Eh bien, la série nous ramène ensuite sa mère qui s’avère sans surprise être en vie et être une terroriste. Oh, ça fait beaucoup d’un coup, mais au point où on en est, on a l’habitude des rebondissements improbables dans la série. Ils fonctionnent toujours sur le point de la surprise, mais ils ne sont plus efficaces sur le long terme car on sait désormais que la série n’a pas de limites. Après le trucage des élections, après un attentat contre le président, après le B613, ils auront beau nous surprendre, on saura toujours qu’il ne s’agit que d’une fiction improbable.

Et quand je disais en transition que l’importance d’Olivia finit par perdre la série, je trouve que ça commence à se sentir en saison 3 et que ça se poursuit jusqu’à la cinq. Ces trois saisons sont hyper floues pour moi, j’ai une vague notion de l’intrigue principale et d’où elles ont commencé/terminé, mais elles sont surtout associées à un énorme défaut : l’ignorance totale des associés d’Olivia, justement.

Ils ne sont plus qu’un outil pour qu’elle parvienne à ses fins au milieu de tout ça. Pourquoi pas, en soi, mais ça joue sur la qualité globale de la série. Elle ne se concentre plus que sur Olivia, quitte à rapidement tourner en rond parce qu’un personnage, surtout aussi original mais donc forcément un peu caricatural, on en fait vite le tour… Et ce n’est pas avec son passé familial hyper cliché que les choses s’améliorent. La seule chose qui lui manque encore à ce stade de la série, c’est une jumelle maléfique adoptée il y a des années. Pour compenser, elle a des parents qui tuent le fils de son amant, accessoirement président des États-Unis, donc elle ne s’en tire pas si mal, j’imagine.

Spoilers saison 4

Vermont vs. Sunny Island : le ventre mou de la série ?

On en arrive alors à la saison 4 où Olivia en a elle aussi eu marre d’elle-même (et du meurtre du fils de Fitz totalement oublié ou presque dans le reste de la série, comme toujours avec les gosses dans l’univers de Shondaland). Je crois sincèrement que les scénaristes se sont rendus compte de quelques-unes de leurs erreurs et ont voulu rectifier le tir en la mettant sur une île avec Jake, troisième sommet de l’inévitable triangle amoureux que la série s’est infligée lorsqu’elle a basculé dans le soap – et pour nous montrer une nouvelle facette d’Olivia, finalement totalement similaire à la précédente.

Pas aidés par les frasques de l’acteur interprétant Harrison menant à sa mort dans la série, les scénaristes ont pris la décision de recentrer une nouvelle fois la série sur Olivia. Après Olivia et associés, Olivia à la Maison Blanche et Olivia et sa famille, nous débarquons alors dans Olivia et ses amoureux. Une grosse partie de la saison 4, ou en tout cas une grosse partie de ce que je m’en rappelle, consiste à voir Olivia tourmentée entre Jake et Fitz.

Elle avait choisi Jake pourtant, avec qui elle passe de jolies vacances en exil sur une île coupée du monde, mais la mort d’Harrison la pousse à revenir à Washington et à retomber sur Fitz et ses promesses de maison calme dans le Vermont (ça paraît classe comme ça, mais appliqué à la France ça donnerait un truc du genre « viens, quand je suis plus président, on se fait une maison dans la Creuse » et je n’ai rien contre la Creuse, mais ça ne m’envoie pas trop du rêve après une vie hyper connectée et remplie comme la leur). Notons donc que les scénaristes sont passés de concepts moraux et politiques (white hat, over a cliff, White House…) à des pseudo-concepts d’idéaux romantiques (le Vermont, l’amour à la plage au soleil) censés nous vendre du rêve. Allez, l’intro du Vermont, pour rire un coup :

Le problème, c’est que je ne trouve pas trop d’alchimie à Olitz (clairement préférés par les scénaristes tout du long et qui finiront de toute manière ensemble parce que nous sommes dans une série et que les personnages finissent toujours la série en couple avec la même personne qu’au tout début quand c’est possible) et que je me retrouve à espérer qu’elle finisse avec Jake, ce qui n’est pas possible pour le bien général de la série et de ses audiences dont une grosse partie est effectivement accrochée à Olitz. Et aussi accessoirement parce qu’il a tué James en saison 3 et que les scénaristes savent bien qu’on ne lui pardonnera jamais. Bon, dans les faits, on a tous oublié à un moment ou un autre, je crois, mais je me suis surtout souvenu que je n’aimerai jamais le personnage.

La série est passée d’une suite d’affaires politiques critiques résolues avec brio par Olivia à une suite d’affaires et complots qui la font être yoyo entre les deux amours de sa vie. La série est passée d’une galerie de personnages intéressants à un ensemble de personnages-outils à la vie perso parfois explorée au troisième plan pour… ben pour combler en fait.

De là à dire que je n’ai aucune idée de ce qu’il s’est vraiment passé en saison 4 parce que les rebondissements successifs n’avaient plus aucune cohérence, ni impact global sur le reste de la série, il n’y a qu’un pas que je franchis allégrement.

Spoilers saison 5

Heavy is the Head : une campagne électorale rythmée.

Durant les saisons 3 et 4, les gladiateurs disparaissent peu à peu à l’arrière-plan, ils ne sont plus qu’un outil pour servir Olivia et son ascension dans les hautes sphères. Ils se retrouvent avec des intrigues totalement improbables, à coucher entre eux (ci-dessous pour le fun) ou avec 150 personnages qu’on oubliera bien vite, et c’est bien dommage. La saison 5 nous fait croire que ça va changer avec sa première scène qui fait écho au début de saison 1… pour ne rien modifier à sa formule.

Olivia est toujours le cœur de la série et des évolutions qui auraient pu être chouettes sont négligées pour en revenir encore à Olivia : Quinn est devenu une espionne serial killer et tout le monde s’en fout, Huck a recontacté puis reperdu sa famille et tout le monde s’en fout, Abby… non ben Abby tout le monde s’en fout tout court en fait, et c’est pourtant peut-être qui a le plus d’évolution : elle passe sa vie à être certaine d’elle et de ce qu’elle affirme, mais elle change d’avis à chaque saison ou presque, trahissant ou aidant Olivia selon le moment et le job. La saison 5 propose sûrement la meilleure version d’Abby, mais il a fallu souffrir un manque de cohérence énorme dans la psychologie, les relations et l’évolution du personnage pour en arriver là.

C’est d’autant plus frustrant que j’aimais les personnages d’Olivia, Quinn et Abby à l’origine (bon Huck, j’ai toujours eu du mal, j’étais plutôt du genre à aimer Harrison). Parlons-en d’Harrison justement ! Puisqu’il est mort, il faut bien le remplacer et il me faut quand même noter que la série s’est permis le truc le plus honteux vu depuis un moment à la télé : elle a remplacé Harrison par Marcus… même physique, même caractère, Marcus s’intègre drôlement vite à OPA et donne l’impression d’avoir toujours été là. Sa réintroduction en saison 5 (il était un mini perso en saison 4) se fait à la manière de celle de Quinn, mais personne ne s’est jamais occupé de le développer outre mesure.

Cela dit, malgré tout, la saison 5 parvient à se rendre de nouveau intéressante en proposant une intrigue qui résonne avec l’actualité : la campagne présidentielle. Les scénaristes savent dans quoi il s’engage : en saison 4, ils ont proposé l’épisode The Lawn Chair, introduisant justement le personnage de Marcus, dans lequel ils reprenaient huit mois après des événements réels avec la fusillade par des policiers d’un jeune homme noir. Cet épisode reprenant toute l’affaire de la fusillade de Ferguson lui avait permis en saison 4 de faire 1) une pause dans son intrigue, 2) la Une de tous les médias, avant même la diffusion de l’épisode, grâce à une promo efficace (mais la série a toujours eu une promo efficace).

En toute logique, les scénaristes ont compris la tendance et propose une saison 5 sur la campagne électorale pour le président juste avant le lancement de la vraie campagne électorale puis en parallèle de celle-ci. C’est ainsi que l’on voit fleurir dans la série une critique politique de plus en plus évidente : on sait de longue date que Fitz est le plus libéral de tous les républicains et que Shonda Rhimes ne porte pas vraiment les idées conservatrices dans son cœur, mais cette saison nous le confirme.

Ce numéro de « Olivia Pope et l’élection américaine » divise plutôt l’audience, certains regrettant des prises de parti trop importante et une campagne qui bouffe trop le côté vie perso de la série, mais personnellement, c’est une réussite. Les discours politiques (et notamment celui de prenant la défense de Lisa Kudrow, guest-star pour quelques épisodes), le fonctionnement de l’élection, les débats, les interviews… cela donne un aperçu de la politique américaine et c’était super intéressant. J’ai retrouvé un peu d’intérêt pour cette partie de la série, quand le reste était de toute manière en pleine errance depuis trop longtemps.

En fin de saison 5, la série n’est plus qu’une suite de rebondissements avec quelques passages plus marquants que d’autre : dans ceux que je n’ai pas encore cité, il y a l’enlèvement d’Olivia en mi-saison 4 qui permet à Fitz de partir en guerre (histoire de porter à son apogée la comparaison entre Olivia et Hélène de Troie, souvent faite auparavant dans la série et les critiques…), l’avortement d’Olivia (plutôt bien géré par les scénaristes d’ailleurs) et puis bien sûr, le meurtre d’Andrew Nichols en mi-saison 5. S’il l’avait bien cherché, c’est la première fois qu’Olivia se salit les mains, au point d’être pleine de sang en plus, parce qu’elle n’y va pas de mains mortes en le tuant à coups de chaise.

S’il restait encore des doutes à qui que ce soit sur sa belle morale et son chapeau blanc (pour le coup, chapeau si vous y croyiez encore), il n’y en a plus aucun. Dans les deux cas, nous sommes sur des moments où j’ai voulu y croire, des moments où la série s’est redéfinie en repoussant encore ses limites… ce qui n’était finalement pas une bonne idée : comment s’en sortir de la crédibilité en allant toujours trop loin et encore plus loin ? Oui, ça apportait du souffle pour un ou deux épisodes, et puis on retombait dans la routine.

La série est une référence ? Oui, mais pas toujours pour le meilleur. Pour le pire, difficile de ne pas penser au cas de Dear White People. La série Netflix a carrément proposé une parodie de la série que les personnages suivent avec autant d’assiduité que de dépit de la voir avoir mal tourné : ils l’ont commencée en étant heureux de la représentation et du personnage principal qui déchirait tout… avant d’être particulièrement dégoûté par le soap ridicule diminuant le personnage.

Oui, parce que pour ne rien arranger, quand il est question de Fitz, Olivia a tendance à se rabaisser constamment. Même quand elle clame avoir tout pouvoir sur la relation et ses décisions, Fitz trouve toujours un moyen de l’affaiblir ou de la convaincre de recoucher avec lui grâce à leur attirance imparable que je n’ai jamais réussi à voir (et vous aurez compris si vous en êtes là que le problème ne vient pas de Kerry Washington pour moi ; et que je considère le personnage de Fitz parfaitement méprisable).

Bref, avec sa parodie et sa critique très explicite de Scandal, Dear White People met le doigt sur un paquet de problèmes de Scandal et en fait une excellente synthèse, certainement plus rapide et tranchante que cet article.

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Over a cliff
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Spoilers saison 6

Election Night… again!

Forcément, plus on se rapproche d’aujourd’hui, plus c’est facile pour moi de me souvenir des saisons dont parle. Pour autant, à part me souvenir que c’était bien ficelé et hyper répétitif avec un retour constant à la même soirée de l’élection, j’ai du mal à me souvenir de cette saison 6. Comme les autres, elle est perdue dans un grand flou parce que dans le fond, il se passe toujours la même chose dans un épisode, à savoir 150 scènes avec Olivia, deux à trois rebondissements/retournements de situation plus ou moins scandaleux et deux ou trois scènes pour faire avancer ceux qui ne sont pas Olivia. Bon, et Cyrus accusé du meurtre de Vargas :

Tout le problème de la série est finalement de n’avoir jamais réussi à se rendre intéressante pour autre chose qu’Olivia – à n’avoir jamais trop considéré les autres personnages comme des stars elle aussi. C’est excellent d’avoir toute cette importance accordée à Olivia, mais ça l’a fait passer des dizaines de fois par les mêmes cases.

Je critique énormément… mais force est de constater que j’étais encore là. Pourquoi ? Parce que Kerry Washington propose des interprétations exceptionnelles, parce qu’il y a quelques épisodes sortant du lot qui donnent envie d’y croire, parce que j’étais curieux de voir ce qu’ils allaient encore inventer, parce que finalement moi aussi je suis prêt à suivre Olivia au fond du ravin. D’ailleurs, je crois qu’on a heurté le sol et continué de creuser par moment, mais bon.

La saison 6 avait comme intention très clairement de nous servir « Olivia et l’accession au pouvoir » et on ne va pas se mentir, elle le fait plutôt bien. Cette accession est aussi l’occasion de proposer quelques développements pour les autres personnages, notamment Quinn qui termine la saison sur une demande en mariage et une grossesse parce que l’actrice a eu la chance que sa grossesse soit intégrée à la série, contrairement à Kerry Washington, qui a juste eu la chance de devoir tourner moins d’épisodes, donc d’être moins payée hein. En même temps, faire Scandal sans elle aurait été compliqué vu son omniprésence dans chaque scène.

La saison 6 est définitivement celle dans laquelle les scénaristes réaffirment leurs idées politiques et un féminisme exacerbé, et ça fait une ligne directrice plutôt bienvenue. En revanche, il est encore question d’un attentat sur un président, et ça ne donne pas trop envie de vivre dans leur monde. Je crois qu’il n’existe pas une série ayant proposé une nuit électorale où tout se passe bien depuis l’élection de Trump de toute manière, et Scandal propose aussi son drama en le faisant bien : leur nuit électorale a eu lieu six jours après la prise de pouvoir officielle de Trump.

Débarrassée de ses soucis de cohérence et crédibilité depuis longtemps, Scandal a réussi à proposer une saison plutôt efficace qui faisait enfin tomber le B613… pour mieux le recréer immédiatement avec Olivia à sa tête. Et c’est là que je me suis rendu compte à quel point le B613 était le jump the shark de Scandal : la série n’a jamais réussi à s’en débarrasser. Cela aurait fait le sujet d’une saison et ça aurait été génial. Seulement, de la même manière que Papa Pope a survécu toutes ces années parce que l’acteur est excellent et que personne ne voulait le virer, le B613 s’accroche et reste tout au long de la série, l’empêchant de reprendre son envol et de respirer. Parfois littéralement, si on prend le cas de cette pauvre Luna ayant tué son mari :

Chaque fois qu’une intrigue a paru réussir à s’en dégager, l’association est revenue au cœur des problématiques. Alors certes, ça donne une cohésion globale à la série à partir de sa saison 2 (et puis après tout le B613 était là sans qu’on le sache en saison 1), mais cette cohésion se fait au détriment de la qualité. La série aurait beaucoup gagné à réussir à se détacher de l’organisation secrète bien plus tôt : dès la saison 4, on sent bien que cette omniprésence tire vers le bas la série… Et ça n’a jamais arrêté ensuite.

Je pense que j’ai commencé à le voir et espérer qu’on s’en débarrasse en fin de saison 4/début de saison 5. Malheureusement la série a persisté longtemps et son démantèlement en fin de saison 6, de même que l’accession d’Olivia, Mellie, Quinn et Cyrus aux postes dont ils rêvaient depuis le début m’ont fait penser que nous tenions là la meilleure fin de série possible.

La série a déjà tiré sur la corde beaucoup trop longtemps à ce stade, et son centième épisode s’est même avéré être une catastrophe avec un épisode « et si ? » qui ne changeait finalement pas grand-chose. Oh oui, on a eu droit au mariage Olitz, OK, mais dans l’ensemble ce « et si ? » était du temps perdu avec une construction similaire au reste des épisodes… Et puis, c’était une jolie fin de série ça, non ?

Finalement, Scandal en fin de saison 6 était l’histoire d’une déception, d’une série qui a manqué d’oxygène beaucoup trop tôt et qui a voulu continuer à courir sans jamais prendre le temps de revenir à la base de ce qui avait fait son succès (et elle aurait gagné à le faire, parce que les audiences ont décliné tout du long quand même). Et puis, ne me lancez pas sur la manière dont la série a tenté de gâcher une fois de plus le personnage d’Abby en la faisant passer du mauvais côté tout en voulant humaniser de manière ridicule le personnage de Papa Pope avec une femme qu’il laisse se faire tuer. Il y avait tout de même des trouvailles sympas pour me faire rester : l’évolution de Mellie et son duo avec Olivia, l’intrigue autour de la mort possible de Huck (bien que prévisible), Mellie/Marcus… Ouais, je crois bien qu’on peut dire que Mellie a fini par être mon personnage préféré alors que j’étais loin de l’apprécier au début.

Spoilers saison 7

Allow me to reintroduce myself : une tentative de retour aux sources

Débarque alors la saison 7 qui commence sur une belle note d’espoir : pas de Fitz, un B613 géré par Olivia, une structure qui n’oublie pas totalement QPA, le nouvel OPA, et une Olivia qui rappelle celle de la saison 1, avec un contrôle parfait de tout ce qui lui arrive. J’étais très optimiste sur cette nouvelle saison qui semblait vraiment vouloir prendre un nouveau départ et conclure en effectuant un retour aux sources salvateurs avec des scandales, des vrais, à gérer, des manipulations politiques, l’absence de complot trop perchés, bref, un semblant de vraie vie avec ce qu’il faut de drama pour que ce soit intéressant quand même.

Et puis, très vite, la série est repartie sur ses mauvaises habitudes. Elle avait déjà fait le coup en début de saison 5 (qui recommence sur le pilot, mais avec Quinn embauchant Marcus), j’aurais dû m’en douter. À la place, on a droit à de nouveaux complots politiques qui n’ont aucun sens, avec Olivia qui va jusqu’à faire tuer un président qui est aussi le nouveau mec de Mellie. Dans quel monde Olivia assassine-t-elle un président franchement ? Autant le meurtre d’Andrew Nichols à coups de chaise s’expliquait merveilleusement bien, autant là, son désir de « protéger la République » n’a juste jamais été expliqué. Même sa soif de pouvoir n’a pas réussi à me convaincre qu’elle aille si loin.

La série a osé aller plus loin encore dans le ridicule : la saison 6 a vu Huck y passer et revenir à la vie ? Très bien, la saison 7 verra Quinn avoir exactement le même arc, mais former un duo improbable avec Papa Pope sur Baby one more time, juste parce que.

De toute manière, Joe Morton (l’acteur jouant Elie Pope) est tombé tellement bas avec cette saison que je crois qu’il n’a de toute manière plus aucun amour propre – il a quand même passé une partie de la saison à parler à des jouets en plastique pour récupérer des os de dinosaure, ce qui de manière incompréhensible l’a mené à menacer sérieusement de tuer une femme enceinte. Je veux dire, à un moment donné, on te donne ça à jouer, tu vois bien que ça n’a aucun sens et tu démissionnes, non ?

Et bien non. Scandal a donc réussi à tomber encore plus bas pour sa dernière saison (et pourtant !), le tout en pourrissant le personnage d’Olivia qui laisse sa meilleure amie se faire tuer histoire de conserver un semblant de pouvoir sur son père.

La rédemption du personnage qui suit est loin d’être salvatrice dans un premier temps (elle rend même  à son père les os de dinosaure alors qu’il vient de tuer Quinn – pourquoi, juste pourquoi lui rendre alors que le chantage est terminé ?), mais finit par faire du bien à la série. C’était improbable et pourtant, la série parvient à proposer un dernier arc qui remonte en qualité (et en même temps, vu d’où ils reviennent, tout ne pouvait que paraître bien).

Si le crossover avec How to get away with murder n’avait absolument aucun sens quand on voit le nombre de scandales politiques de la première série ignorée par les personnages de la seconde (alors que franchement, une politique aussi chaotique avec des attentats sur les présidents, et des accusés qui s’en sortent en permanence, j’ai du mal à croire que personne n’en parle quand il s’agit de ne pas se faire pincer pour ce qui seront de multiples meurtres), il permettait tout de même de relancer la série vers son dernier arc.

Comme en début de saison, les scénaristes prennent alors le soin de réintroduire le personnage d’Olivia, en s’assurant cette fois qu’elle récupère son chapeau blanc. On en arrive alors à un énième complot politique pour faire définitivement tomber Cyrus du mauvais côté, mais à ce stade, tout ce qu’on veut, c’est en finir. Étonnamment arrive alors l’avant-dernier épisode de la série qui semble rétrograder de plusieurs saisons : Cyrus fait ainsi le reproche à Olivia de ne jamais se salir les mains, quand on sait qu’elle a Andrew Nichols à son actif, Jake reprend son rôle de psychopathe de la saison 3 et Abby, Quinn & Huck sont tous d’accord pour soutenir Olivia quoiqu’il arrive.

Bref, l’avant-dernier épisode de la série aurait presque pu être diffusé tel quel en fin de saison 3 quoi. Olivia prend enfin la décision de faire tomber le B613 en révélant son existence. En finir avec B613 pour en finir avec la série ? Belle idée sur le papier, surtout que ça pouvait presque permettre une fin de série qui ne soit pas un happy end. Et après tout ça, c’est tout ce que j’espérais.

Spoilers épisode final

Un final à la hauteur

L’avant-dernier épisode de la série est pour moi une réussite précisément parce qu’il met enfin en place les intrigues que j’attendais depuis quatre ans. Mieux vaut tard que jamais. Le dernier épisode est dans cette même perspective et nous sort grosso modo du Scandal : les personnages secondaires sont majoritairement éclipsés au profit d’Olivia, qui comprend enfin qu’elle est la base de tous leurs problèmes. Effectivement, toute la série tournant autour d’elle, il est difficile de ne pas la suivre dans cet avis. La réaction de Fitz à cette prise de conscience ? « Retire tes vêtements ».

On n’est pas loin de la parodie de Dear White People et avec cette scène, Scandal enfonce le clou : chaque fois qu’elle aura mis le doigt sur ce qui n’allait pas, Olivia aura finalement servi à assouvir les fantasmes de Fitz (ou Jake). C’est un peu dommage, ça gâche une bonne partie du message féministe de la série, mais ça n’était même plus surprenant à force.

Message féministe ? Mais si ! La dernière scène est on ne peut plus claire sur le sujet, avec deux gamines admirant le portrait d’Olivia à la Maison Blanche et se sentant inspirées, prêtes à suivre ses traces. Chaque petite fille a le pouvoir de devenir une Olivia Pope elle-même – et force est de constater que le monde des séries a évolué sur les questions de lead féminins et d’actrices noires depuis les débuts de Scandal. La série aura marqué la télévision de ce point de vue-là, en étant pionnière à mettre une femme de couleur à la tête d’une série (depuis, on a eu HTGAWM évidemment, mais aussi Dear White People). Au-delà du féminisme et des questions de racisme, la série a aussi profité du final pour rappeler qu’elle portait un message politique. Ainsi, Mellie ne sert presqu’à ça dans l’épisode, étant rejetée à l’arrière-plan où elle réussit à faire passer une loi pour le contrôle des armes à feu, la fameuse loi qui fait débat depuis quelques années aux États-Unis et que Trump refuse de voir passer.

Pour rétablir sa morale et son héroïne, la série ne fait pas dans la finesse : elle tue le dernier personnage qui n’avait à peu près rien à se reprocher dans la série, David Rosen. C’était évidemment nécessaire pour rebooster tout le monde et pour que Papa Pope aille témoigner contre le B613, mais ça en dit long sur le soi-disant chapeau blanc. C’est parce que David, le dernier vrai gentil de la série, meurt qu’Olivia prend conscience qu’elle se doit d’être de nouveau irréprochable. Il serait temps.

Tant pis si cela laisse Abby sans happy end, tant pis si on n’accorde pas dix secondes à Huck pour la conclusion – alors même que c’est un personnage dont le passé est intimement lié à l’ADN de la série quoi. Il faut dire qu’il y avait beaucoup à faire dans l’épisode : les scénaristes ont choisi de donner une vraie fin à Quinn, ce qui est assez logique puisque c’est la première que l’on voit dans la série. Même Marcus a finalement droit à un meilleur traitement qu’Huck et Abby puisqu’il finit avec Mellie (et a priori sénateur). Cela n’a aucune cohérence avec la dernière saison et un bout de l’avant-dernière, mais au moins, on nous le présente comme heureux.

Olivia et Fitz ? Ils recommencent une toute nouvelle relation, loin du pouvoir. J’imaginais une scène de retrouvailles dans le Vermont, mais la symbolique de le faire devant la Maison Blanche n’était pas si mauvaise. B613 ? Enterré avec Jake qui termine en prison. Il était assez clair que la série avait décidé d’en faire l’antagoniste de son dernier arc narratif. C’est triste, mais ça se tient comme conclusion pour le personnage, même si c’est quelque peu précipité.

Cela ne le sera jamais plus que la conclusion de Cyrus, qui se contente de démissionner alors qu’il a tué David. Une scène coupée du montage finale révélerait qu’en fait Cyrus reçoit plus tard la visite de Huck venu le torturer… Ce que je trouve encore pire car Huck n’aurait ainsi tellement pas d’évolution qu’il en reviendrait à ses premiers démons après sept saisons à s’en sortir grâce à Olivia ; et ce serait aussi le signe qu’il désobéit à Olivia ; ce qui va à l’encontre du personnage. Dans tous les cas donc, l’intrigue Cyrus finit d’une manière qui ne correspond pas avec mes attentes…

Parce que si on se contente de ce qui est diffusé, c’est certes une punition pour Cyrus de renoncer définitivement au pouvoir, mais pas de là à ce que ce soit présenté comme suffisant après la mort de David, évangélisé dans ce dernier épisode… Il faudra pourtant bien s’en contenter, de même qu’il faudra se contenter de voir Papa Pope s’en sortir une fois de plus après avoir reconnu l’ensemble de ses crimes. Comment s’en sort-il ? Eh bien, l’opinion public n’accepterait pas qu’un seul homme ait eu 30 ans d’impunité pour diriger le pays, pas plus que les hommes blancs au pouvoir n’apprécierait de savoir qu’un homme noir les a mené à la baguette tout ce temps. Du coup, le Sénat se contente d’accuser Jake.

Dans le genre expertise en relations publiques, là, on a tout de même un énorme what the fuck qui permet d’innocenter tout le monde – et Jake n’est même pas mené à la chaise électrique malgré l’assassinat d’un président étranger. J’ai comme un doute.

Bref, pour son épisode final, Scandal a fait du Scandal : on y retrouve le meilleur et le pire de la série, des beaux discours, des rebondissements, une morale discutable, une glorification des gentils et une non-punition des plus méchants ayant un jour été gentil, une héroïne sans cesse réifiée par son amant, des messages politiques, une cohérence mise à mal. La série s’achève avec la fin du B613 et l’assurance qu’Olivia laisse une trace dans l’Histoire, de même que Fitz et Mellie. L’héritage de ces trois-là et leur marque laissée dans l’Histoire a toujours été un sujet de préoccupation des scénaristes, donc ça se tenait. Quant aux enfants de Fitz qui auraient pu déjà être un beau symbole pour le passage de flambeau à une nouvelle génération, là, clairement, tout le monde s’en fout royalement, comme toujours !

Reste que la dernière scène est ouverte à l’interprétation : les portraits de la National Portrait Gallery sont celles des personnes marquant l’Histoire américaine, à commencer par les présidents (dans leur propre hall, qui ressemble à celui dans lequel est exposée Olivia)… Olivia a-t-elle fini présidente un jour ? Pour moi, il est sûr que non : elle sera entrée dans l’Histoire pour ses expertises et son rôle dans les administrations des deux présidents Grant – et pour son mariage avec Fitz dans le Vermont, aussi. Elle a toujours été présentée comme un personnage public reconnu (dès le pilot avec Quinn et jusqu’au crossover avec Michaela), donc ce n’est pas si surprenant de la voir finir là, surtout qu’elle a également permis de mettre fin à B613, un pouvoir de l’ombre. Après, c’est à chacun de se faire son avis car Shonda Rhimes a décidé de garder le mystère sur le sujet… Elle voulait juste surfer sur cette belle idée des petites filles regardant une femme noire au pouvoir, quoi, et je ne lui jetterai pas la pierre pour ça !

La scène est de plus inspirée de cette jolie photo d’une petite fille observant Michelle Obama.

Quant à Olivia présidente, ça ne tient vraiment pas avec le reste du final où elle tourne enfin le dos au pouvoir. En plus, ce serait un faux suspense : elle est encore bien jeune sur le portrait, ce qui signifierait qu’elle devient présidente peu de temps après la série… et il y a des chances que HTGAWM soit encore là d’ici là. Je préfère me dire qu’elle me prend sa retraite, ça lui va bien mieux.

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Cet article était un peu interminable, mais finalement que faut-il en retenir ? Que Scandal a duré trop longtemps pour son propre bien. Si elle était une véritable référence d’originalité et d’écriture maîtrisée durant ses premières saisons, la formule s’est vite essoufflée pour devenir au mieux pas crédible, au pire, incohérente. À trop se concentrer sur Olivia et le B613, la série s’est privée souvent d’opportunités avec le reste de son casting et a proposé une série pleine de défauts et imbuvable à plus d’une occasion.

Jamais je ne remettrai en question la qualité du casting (l’exceptionnelle Kerry Washington aurait mérité souvent qu’on lui serve un meilleur rôle) et la capacité de Scandal de faire quelques excellents épisodes à nous décrocher la mâchoire, mais j’en retiendrais surtout que c’est une série qui s’est perdue en route et a connu une errance beaucoup trop longue, avant de tenter de sauver les meubles pour sa dernière saison… trop tard.

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