TVtime ferme ses portes… Et nous alors ?

Salut les sériephiles,

Ça va bientôt faire une semaine qu’un coup de tonnerre est tombé sur à peu près tous les sériephiles que je connaisse : TV Time a annoncé sa fermeture. J’ai pensé presqu’aussitôt à publier un article, mais la vérité, c’est qu’une fois la période de gros choc passé, je ne savais pas trop par où commencer. En plus, ce fut soudain : c’est tombé un jour où j’avais du travail à faire et où tout s’enchaînait aussi avec une soirée qui finit si tard qu’il en est tôt, puis une seconde, puis le week-end… Bref, voilà : l’application de tracking d’épisodes que j’utilise depuis plus de dix ans ferme dans moins de dix jours.

Le 15 juillet, TV time fermera ses portes et supprimera nos comptes, nos données, possiblement nos commentaires aussi. C’est une sacrée perte dans ma mémoire interne, hein. Je peux relativiser : je tiens le blog depuis dix ans, donc je ne perds pas toutes les traces de mes visionnages. C’est déjà ça. Depuis l’annonce, j’ai tout de même exporté mes données (il existe des extensions Google Chrome pour ça), testé plusieurs alternatives, rouvert des statistiques que je ne regardais plus depuis longtemps et relancé TV Time plus souvent qu’au cours des derniers mois, histoire de me rendre compte de tout ce qui allait me manquer.

Évidemment, l’application en profite pour buguer encore plus que d’habitude, parce que je ne suis pas le seul à ne pas y croire. Ce serait dommage de partir sans nous rappeler pourquoi on râlait déjà contre elle. Parce que oui, il faut quand même être honnête : TV Time n’était plus vraiment dans sa meilleure forme. L’application ramait, plantait, affichait parfois les choses quand elle voulait bien et donnait régulièrement l’impression de tenir debout uniquement parce qu’on était tous trop attachés à nos historiques pour partir ailleurs. C’est peut-être ce qui rend l’annonce encore plus frustrante : ça fait plus de dix ans qu’on supporte les bugs, respectez-nous un peu et laissez-nous plus de quinze jours ?

Quand je pense qu’à l’origine, c’était une petite application française ! Quand je pense que j’ai suivi leur compte snap pendant longtemps… Quand je pense que leur rachat et le passage sur les serveurs USA m’avait soulé ! Eh, c’est toute une page de ma vie de sériephile qui se tourne, en fait. Des années que j’aurais dû quitter cette appli qui favorisait (depuis le rachat) ios et laissait à l’abandon sa version Android, en vrai.

Voir aussi : Mon organisation pour gérer le blog en cette rentrée (aka quand j’ai parlé de TVtime en 2017)

L’explication officielle sur cette fermeture tient en peu de mots : TV Time n’était plus viable gratuitement, et il n’y avait pas assez de demande pour une version payante. J’entends, mais je trouve l’argument un peu facile. Si l’on demande vaguement à des utilisateurs d’une application gratuite s’ils sont prêts à payer, surtout quand l’application bugue déjà régulièrement, il ne faut pas s’attendre à un immense élan populaire. Bien sûr que sans précision, on a tous voté « non, je ne veux pas payer ». J’avais même oublié qu’ils avaient fait ce sondage il y a plusieurs mois. Je peux adorer TV Time et ne pas avoir envie de payer pour une application qui met trois plombes à charger. Il y a aussi « payer » et « payer », quoi : quand je vois le nombre de gens qui sont impactés (certaines autres applis ont donné le chiffre de nouveaux inscrits et c’est… effarant), je me dis qu’un euro par an aurait peut-être été suffisant, quoi.

Cela dit, comme d’autres, je cherche tout ce que je peux sur le sujet. Et plus je lis les explications qui circulent, moins j’ai l’impression qu’un abonnement aurait miraculeusement sauvé la situation. Sur Reddit, le créateur de TheTVDB, qui a aussi travaillé comme lead engineer chez TV Time, explique que le problème ne se résume pas à ajouter un bouton “payer 2,99 € par mois” dans un coin de l’application. Il faut apparemment en cas d’abonnement une équipe, du support, des serveurs, des corrections de bugs, une base technique capable de suivre et probablement beaucoup d’argent. Franchement ? Je ne trouve pas ça satisfaisant, parce que c’est déjà ce qu’ils devraient avoir vu le nombre d’utilisateurs. Je suis très heureux qu’ils n’utilisent pas de pub, mais bon, un appel aux dons comme Wikipedia et ça aurait été plié. On serait en train de faire la fête, là.

Et c’est là que ça devient pénible, parce que je peux très bien comprendre la logique économique tout en étant agacé : maintenant, l’appli n’est plus viable et ne le serait pas même avec énormément d’argent, faute d’anticipation, quoi. L’application fait partie de mes habitudes depuis tellement longtemps que je n’arrive même plus à dater précisément son arrivée dans ma vie. Ils auraient pu prévoir le coup. Et le coût. J’avoue avoir espéré que tout ça ne soit qu’un coup de com (vous vous souvenez de Sense8 et l’annulation d’un mois par Netflix là ?).

Est-ce que j’ai vraiment le droit de m’offusquer de leur manque d’anticipation ? En 2018, je découvrais avec horreur qu’il me restait 20 jours et 11 heures de séries à voir non-stop, rien qu’avec les séries commencées. Je trouvais ça énorme. Ai-je anticipé et arrêté les nouvelles séries pour autant ? J’en suis aujourd’hui à 112 jours de séries à voir… Je ne suis pas mieux qu’eux. Aujourd’hui, mes statistiques TV Time me disent que j’ai passé 22 mois et 10 heures devant des épisodes. À côté, trois mois et demi, ce n’est pas grand-chose, mais bon. L’application compte aussi 20 961 épisodes vus sur 448 séries ajoutées contre 4 583 épisodes restants de 110 séries commencées. Une date de rattrapage estimée au 28 septembre 2057. Allez, qu’est-ce que trente ans dans une vie ?

Ce genre de statistiques est totalement inutile, donc évidemment j’adore. C’est précisément ce que TV Time faisait mieux que beaucoup d’autres applications : sa partie « Statistiques » ! Et puis, après chaque épisode, l’application proposait de voter pour un personnage, et je le faisais presque toujours. Le plus frustrant, c’est que je ne retrouve pas ça ailleurs. Les autres applications savent plus ou moins suivre les épisodes, importer une liste, afficher un calendrier, proposer des notes, organiser les séries vues et à voir. Très bien. C’est la base.

Bien sûr, les tops TVtime étaient évidemment biaisés : une série avec dix saisons ou avec peu de personnages vraiment importants avait beaucoup plus de chances de se retrouver mise en avant qu’une mini-série vue en une soirée. Cela ne m’a pas empêché d’en faire des articles régulièrement entre 2018 et 2022 :

C’est bien beau d’être nostalgique, mais en attendant, TVtime ferme. J’ai donc testé d’autres applications. Rassurez-vous, je ne vais pas transformer cet article en comparatif détaillé, parce que ce serait aussi passionnant qu’un tableau Excel sur mes épisodes en retard (peut-être moins, même), mais disons que rien ne m’a paru évident.

Aucune ne peut arriver et remplacer instantanément des années d’habitudes. Forcément, je compare tout à TV Time, et si je l’avais choisie à l’origine, c’est parce qu’elle était la meilleure. L’interface, les imports, les calendriers, les listes, les statistiques, les petits détails dont je ne me souvenais même pas avant de constater qu’ils manquaient ailleurs. C’est un peu comme chercher un nouvel appartement en expliquant à chaque visite que mon actuel est mieux parce que traversant, avec une cuisine non intégrée au salon ou des toilettes séparées. Très utile, mais aussi très pénible, parce qu’impossible à satisfaire tellement tout ça semble passé de mode du côté des constructions.

Bon, là, le problème n’est pas la mode, mais la conclusion est la même : je ne trouve pas ce que je cherche. Pour l’instant, Bingeboxd est l’application qui me semble la plus proche et probablement celle que je vais garder. Elle n’est pas parfaite et pas capable de remplacer d’un coup tout ce que TV Time représentait, mais elle reste suffisamment convaincante pour que j’y tente le déménagement. J’aime bien son esthétique, son catalogue séries/film et l’existence de ses « diaries » qui me font penser à mon blog, finalement. Si j’avais eu cette appli à l’époque, aurais-je ouvert mon blog même ? On ne va pas refaire l’histoire. En attendant, et si l’anglais ne vous fait peur (ouais, pardon, c’est qu’en anglais), vous pouvez me retrouver sur cette application : je suis inscrit avec le pseudo @shipou et j’ai pu y charger mon historique TV Time. Mieux que rien, donc. Même si vous ne savez pas encore où aller, je vous conseille au minimum d’exporter vos données vous aussi.

Et ensuite, pensez à repasser sur le blog, parce que si TV Time ferme le 15 juillet, moi, je vais vous refaire un dernier tour dans mes stats dans quelques jours. Parce que 22 mois de séries et 20 961 épisodes vus, ça mérite au moins un dernier article avant de disparaître.

Dans l’œil de la tempête (qu’est la fin d’année scolaire)

Salut les sériephiles,

Je ne sais pas vous, surtout que si vous n’avez pas d’enfant à charge d’une manière ou d’une autre, le rythme n’est pas le même, mais de mon côté, j’ai l’impression d’être entré dans cette période étrange de l’année où les journées sont les plus longues alors que l’énergie disponible est en baisse drastique. Pourquoi alors qu’il y a plus de soleil ai-je moins de temps?

La réponse est simple : je suis prof et je m’engage encore dans trop de projets à la fois. Les bulletins sont terminés, certes, mais les réunions continuent, les projets de fin d’année s’enchaînent, les températures commencent à grimper et le cerveau alterne entre « encore un petit effort » et « vivement juillet ».

Au milieu de tout ça, j’essaie quand même de préserver quelques moments pour souffler.

Cette semaine, j’ai par exemple trouvé le temps d’aller au cinéma. D’abord avec The Furious, qui a été une excellente surprise. Un film de kung-fu généreux, spectaculaire et particulièrement efficace dans ce qu’il entreprend. Puis évidemment avec Disclosure Day, un film de science-fiction qui m’a laissé une impression plus mitigée. Je comprends parfaitement les critiques qui lui sont adressées. Le récit est parfois prévisible, certaines idées auraient mérité d’être davantage développées et le film semble parfois promettre plus qu’il n’offre réellement. En fait, ça ne peut que diviser tant on nous l’a vendu comme novateur alors qu’il ne l’est pas tellement.

Pourtant, c’est un bon film. Je me suis laissé embarquer au début et complètement happé à la fin. Certains passages me trottent encore dans la tête plusieurs jours après la séance. C’est souvent bon signe. Il y aura une scène ou deux pour rester dans les annales, rien de plus. Est-ce que ce n’est pas tout ce qu’on demande à un Spielberg vieillissant cela dit? Je veux bien être aussi efficace à son âge, moi.

Mon vendredi, lui, a commencé par une très belle surprise musicale avec le troisième album d’Olivia Rodrigo. J’avais adoré ses deux précédents albums, vous le savez, et celui-ci m’a immédiatement accroché. J’avais peur pourtant. Depuis sa sortie, il tourne beaucoup plus que de raison dans mes écouteurs. Je me garderai bien d’en faire une critique complète ici, mais il y a déjà plusieurs titres qui refusent obstinément de quitter ma tête.

Samedi, je suis également passé par Disneyland Paris. Rien d’exceptionnel pour les habitués de ce blog, me direz-vous. Une promenade, quelques spectacles, un peu de marche et l’occasion de profiter du parc avant que les fortes chaleurs ne deviennent franchement désagréables. Qu’est-ce que je me plains finalement ? J’ai encore du temps libre, et on ne dira pas que j’ai bossé dans le RER, voilà.

Nous ne sommes que lundi et je suis déjà dans le jus. La canicule approche, les températures annoncées deviennent de moins en moins sympathiques et, selon les prévisions, tout cela pourrait se terminer par de gros orages le week-end prochain. Autant dire que le calendrier s’est montré particulièrement coopératif pour que je regarde des séries.

Malgré tout, j’ai beaucoup travaillé au milieu de tout ça sur les épisodes 5 et 6 de Sauveurs de rêves. Corrections, réécritures, ajustements de dialogues, vérifications diverses… Le genre de travail invisible qui occupe finalement plus de temps que l’écriture elle-même. Pendant que je peaufinai la suite, l’épisode 2 attendait tranquillement son tour.

Après L’Éveil, qui servait surtout à découvrir Chris, la Fondation et ce mystérieux métier consistant à sauver des gens dans leurs rêves, il fallait commencer à montrer concrètement ce que cette série avait à raconter. Dans Tempête, Chris découvre que la Fondation intervient dans les rêves pour empêcher certaines morts. Sa première mission le conduit dans un camping désert, au cœur d’un violent orage. Une personne doit être sauvée avant que la foudre ne frappe. Mais dans un rêve, les dangers ne suivent pas toujours les règles du monde réel.

J’avais envie d’un épisode plus direct que le premier, avec un objectif clair, une menace immédiate et davantage d’action. Un épisode qui permette à Chris, mais aussi aux lecteurs, de comprendre ce que signifie réellement être un Sauveur de rêves.

Tempête, le deuxième épisode de Sauveurs de rêves, est disponible depuis hier sur Kindle au prix de 0,99 €.

Et si les prévisions météo disent vrai, il arrivera peut-être juste à temps pour accompagner les prochains orages.l me reste ainsi à vous souhaiter une bonne lecture et une semaine moins chargée que la mienne !

Euphoria va-t-elle (vraiment) trop loin ?

Salut les sériephiles,

Attention spoilers jusqu’au 3×05 d’Euphoria (dont la critique est ici d’ailleurs),

C’est la question qui semble brûler pas mal de lèvres depuis quelques semaines et peut-être encore plus depuis lundi dernier. En vrai, depuis le retour d’Euphoria pour sa saison 3, j’ai l’impression qu’on redécouvre chaque semaine que la série n’a jamais été exactement One Tree Hill

Je vois passer plein de tweets qui insistent pour dire que la série est en roue libre et sincèrement, je ne comprends pas pourquoi certains ont l’air de croire qu’HBO vient d’inventer les scènes de sexe ou d’ajouter la drogue pour la première fois dans la série. Putain, l’épisode 2 commence par de longues minutes sur Nate avec plein de full frontal de penis de personnages dans les vestiaires d’un lycée. Techniquement, ces acteurs jouent des mineurs. N’est-ce pas mille fois plus choquant que les prothèses mammaires représentant les seins de Sydney Sweeney en gros plan de lundi dernier (je suis sûr et certain que ce ne sont pas ses seins, franchement) ?

Je ne sais pas, on parle tout de même d’une série qui, dès sa première saison, nous vendait tranquillement des lycéens impliqués dans des histoires de trafic de drogue et de porno. Ce n’était pas caché dans les petites lignes du contrat, quoi.

Et le plus étrange, dans tout ça, c’est donc que je ne trouve pas du tous que cette saison 3 aille plus loin que les précédentes. Je trouve même que c’est plutôt l’inverse en fait. Elle va moins loin, mais elle le fait peut-être plus bêtement et gratuitement, alors ça se voit davantage.

La saison 1 me mettait bien plus mal à l’aise, parce qu’elle donnait vraiment l’impression de regarder des ados partir en vrille sans rien pour les arrêter ou les retenir. Rue était drôle, parfois, évidemment, parce que la voix off de Zendaya faisait beaucoup pour rendre le tout digeste, mais elle était surtout en permanence en train de se détruire. Et Nate, Cassie, Jules ou Maddy n’étaient pas exactement là pour ramener de la bonne humeur.

Quand on me dit qu’Euphoria va trop loin, je pense notamment à l’épisode 5 de la saison 1, que j’avais déjà trouvé violent à l’époque, avec cette scène où Maddy est déshabillée de force par la police après la plainte de sa famille. C’était glauque, c’était dur, et ce n’était pas juste là pour que les gens hurlent sur Twitter pendant douze heures. La scène racontait quelque chose de Nate, de Maddy, de leur relation, de la manière dont il la manipule jusque dans un moment où elle est déjà humiliée. Je pense à Jules qui couche avec le père de Nate, je pense à Nate qui tabasse gratuitement un homosexuel. Putain, oui, Euphoria allait trop loin. Évidemment.

Seulement, si la série allait loin, elle savait à peu près pourquoi elle y allait et c’est clairement ce qu’il manque à cette saison 3 où j’ai beaucoup plus souvent l’impression qu’Euphoria se regarde être Euphoria.

Les scénaristes savent qu’on attend la scène de la semaine, le moment WTF, le truc qui va faire dire “non mais là, Sam Levinson a vraiment abusé”. Dans l’épisode de lundi dernier, ce serait la scène où Nate se fait (encore) couper le doigt de pied par exemple. Ça sort de nulle part (ou presque), ça n’apporte rien de nouveau, c’est répétitif et… Du coup, la série donne l’impression de forcer.

Bien sûr, ce n’est pas tout le temps le cas, heureusement, et il reste encore de très bonnes scènes, mais c’est assez souvent pour que le malaise change de nature. Avant, j’étais mal à l’aise pour les personnages, j’étais mal à l’aise parce qu’il y avait le côté plaisir coupable très exacerbé, l’envie d’en voir certains souffrir et l’espoir que d’autres s’en sortent.

Maintenant, je suis parfois mal à l’aise parce que je vois trop bien la main du scénariste en train de me dire : “Regarde comme c’est malsain, regarde comme c’est pas bien, regarde comme c’est violent.”… Sauf qu’il n’y a pas d’intention autre que celle de (tenter de) choquer. Et non, ce n’est pas toujours réussi.

Toute l’intrigue autour de Cassie résume assez bien le problème. Sur le papier, il y a quelque chose à raconter : son rapport au regard des autres, sa manière de chercher encore et toujours à exister par le désir qu’elle provoque, le piège d’Internet qui transforme tout en contenu, même l’humiliation. Surtout l’humiliation, en fait.

Et franchement, ça pourrait fonctionner, surtout avec Cassie. Le personnage a toujours été écrit autour de ce besoin d’être aimée à n’importe quel prix et c’est pour ça qu’on l’aime (ou qu’on la déteste je suppose). Sauf qu’à force, la série finit par donner l’impression de faire exactement ce qu’elle prétend dénoncer. On ne sait plus très bien si elle critique le voyeurisme ou si elle a juste trouvé une nouvelle excuse pour le prolonger. Bref, ça ne choque pas plus qu’avant, ça choque moins bien.

Cela dit, s’il y a autant de réactions et qu’on lit partout que la série va trop loin, c’est peut-être aussi parce qu’Internet n’est plus le même qu’en 2019. Du côté des États-Unis, on est devenu beaucoup plus puritain dans la manière de commenter les œuvres – et dans la manière de les produire. Le poids de la présidence de Trump se sent, désolé. Pas désolé, en fait. Énervé, plutôt.

Vraiment, quand je lis que la scène de Cassie choque, je ne comprends pas. C’est tellement moins choquant que bien d’autres moments de la série (ou que la dernière scène de Jules dans cet épisode, d’ailleurs, la violence psychologique y étaient particulièrement dure). Désolé, mais si ça, c’est choquant alors je ne vois pas comment on peut attendre une saison 4 derrière.

C’est épuisant ces réactions, surtout pour une série qui a toujours fonctionné sur des personnages incapables de prendre une bonne décision plus de cinq minutes. En plus, ça détourne complètement le débat du vrai problème en ce qui me concerne.

Non, parce que je comprends qu’on trouve cette saison gratuite, entre Cassie transformée en phénomène de foire, Nate qui n’est que l’ombre de l’horrible salopard qu’il était et Rue coincée dans une intrigue qui vire au thriller sordide et particulièrement inintéressant. Là encore, sur le papier, pourquoi pas. Euphoria n’a jamais été une série réaliste, mais… Il y a une différence entre styliser l’adolescence jusqu’au cauchemar et empiler des idées folles en espérant que le tout ressemble encore à quelque chose.

C’est là que je trouve la série beaucoup moins pertinente qu’avant. La saison 1 ne représentait pas les adolescents de manière réaliste, évidemment. Personne n’a jamais pensé que tous les lycéens vivaient dans des néons violets en expliquant leurs traumas comme s’ils avaient déjà lu trois mémoires de psychologie. Enfin, j’espère que personne n’a pris ça pour argent comptant sinon je vais pleurer.

Cependant, la série captait quelque chose de l’adolescence dans ce qu’elle a de plus excessif : les émotions trop grandes, les humiliations qui prennent toute la place, les désirs qui détruisent, la solitude, le besoin d’être vu, aimé, choisi. C’était extrême, mais l’extrême avait une logique, il y avait un message pertinent et des choix de réal absolument incroyables pour soutenir tout ça.

La saison 3, elle, parle de jeunes adultes avec les vieux réflexes qu’elle avait d’aller dans l’extrême. Ça ne marche plus. Ce qui pouvait passer comme une vision volontairement amplifiée de l’adolescence devient maintenant une caricature absolument pas crédible de jeunes adultes coincés dans des intrigues faites pour choquer. Ce n’est pas que personne ne vit comme ça — encore une fois, personne ne vivait comme en saison 1 non plus — c’est que la série paraît moins sûre de ce qu’elle veut raconter derrière ses excès.

Et pourtant, je continue à regarder. Évidemment que je continue à regarder. Déjà parce que je suis faible et que le casting est incroyable. Ensuite, parce que j’ai commencé et j’ai envie d’aller au bout, probablement un peu aussi par voyeurisme. Même quand elle m’agace, même quand je trouve qu’elle force, même quand elle donne l’impression de vouloir devenir le sujet tendance du lundi matin, cette série reste plus originale et unique que beaucoup d’autres oubliées aussitôt vues. Il y a encore des scènes, des images, des moments avec Rue ou Cassie qui rappellent pourquoi la série avait autant marqué au départ (rien que le début de la saison, c’était du jamais vu et j’aime ça).

Enfin, il faut bien que j’assume que je dois être naïf, mais j’ai encore espoir que cette saison 3 se réveille et révèle où elle veut en venir. Peut-être que tout n’est pas gratuit… Mais probablement que si, parce que la saison 2 était déjà moins efficace que la une à plein d’égards.

Alors pour répondre au titre de mon article, non, je ne crois pas qu’Euphoria aille trop loin. Elle est même probablement moins dérangeante qu’avant. Le vrai problème, c’est qu’elle donne plus souvent l’impression d’aller loin pour qu’on remarque qu’elle y va. Et forcément, ça marche moins bien quand c’est fait aussi grossièrement et que ça n’amène aucune réflexion.

Je garde les doigts croisés pour la fin de saison, parce que moi, j’ai encore tous mes doigts, pas comme Nate.

21 jours sans article… et sans envie de séries ?

Salut les sériephiles,

21 jours sans article. Je pourrais faire comme si de rien n’était, une fois de plus, et revenir sans en parler, mais tout de même : le trou est là, inutile de faire semblant de ne pas l’avoir vu. Non, il n’y a pas eu de panne d’idées, non, il n’y a pas une pause énorme dans mes séries et non, je n’ai pas exactement d’excuse. C’est juste, comme l’an dernier, l’absence de ce déclic qui fait passer du visionnage à l’envie d’écrire et, pire en fait, l’absence de ce déclic qui me donne envie de regarder une série.

Ce n’est pas que je n’ai pas d’épisodes à voir, parce que ça, ça s’accumule, c’est que j’ai perdu ce qui faisait que je regardais, cette petite adrénaline du drogué qui n’arrivait pas à passer une journée sans regarder un épisode. Vous me direz, je vieillis et c’est bien normal. C’est juste que c’est bizarre et inquiétant de devenir le petit vieux qui passe son temps à dire (en podcast, ici, dans la vie) « c’était mieux avant ». Les séries. La vie, non.

Le plus parlant, finalement, c’est ce que je fais quand je n’écris pas sur le blog : je préfère…

  • travailler : si, si, je vous jure ; j’ai suivi une formation chouette qui me donne envie de refaire plein de cours !,
  • aller à Disneyland : vraiment, l’extension World of Frozen me donne envie de paresser tout mon été,
  • voir des films d’horreur plus ou moins bons au cinéma : allez voir Wedding Nightmare 2, pas que pour Sarah Michelle Gellar promis, ou Le Réveil de la Momie, allez rire un coup avec They will kill you ou profitez d’un moment gore simple et efficace avec Dolly… et pourquoi je n’en fais pas un article, finalement ? Suivez-moi sur Twitter a minima.
  • écouter en boucle Drop Dead d’Olivia Rodrigo : le clip est une tuerie, le son est ma nouvelle perfusion d’énergie quotidienne,
  • faire du coloriage alors que je détestais ça avant mais maintenant je trouve ça fun ??
  • continuer tranquillement mon rewatch de Medium sans forcément l’évoquer ici.

J’ai terminé la saison 4 hier soir, juste parce que j’avais envie de retrouver Allison et tout ce que la série met en place. Le plaisir est immédiat, simple, presque évident, et pourtant, ce n’est vraiment pas la meilleure saison… Je vous invite à écouter le prochain podcast 42 minutes « Keskonavu » (avril 2026, donc) pour savoir pourquoi. Ce qui est sûr, c’est que les séries de l’époque ont exactement ce qui manque en ce moment.

Sincèrement, il y a des signaux qui ne trompent pas. Une nouvelle saison de Euphoria est diffusée en ce moment… et je l’ai appris en voyant une affiche en sortant du RER. Il y a quelques années, j’aurais lancé l’épisode le matin même de sa sortie tellement j’adorais la série et tellement j’aurais attendu depuis des mois (allez, des semaines) la sortie. Il n’y a pas si longtemps je m’en serais voulu d’avoir raté cette sortie d’ailleurs et j’aurais lancé l’épisode immédiatement après avoir vu l’affiche, dans la foulée, sans réfléchir. Là, la réaction a été beaucoup plus neutre : “ah, ok”. Je vais m’y remettre, évidemment ! Il y aura des articles, et j’écris celui-ci avant de me lancer dans cette saison 3… Mais sans cette impatience un peu irrationnelle qui faisait que certaines séries passaient avant tout le reste. Vraiment, ça me manque !

Le décalage se situe vraiment là. Pas dans une disparition totale des séries intéressantes (encore que), mais dans la perte de cette envie immédiate. J’ai bien envie de retrouver ça pourtant, et d’être heureux avec ce que je regarde à nouveau. Le modèle actuel n’aide pas beaucoup : trois ans d’attente entre deux saisons, ça me casse totalement l’investissement émotionnel – prenez le revival de Scrubs, c’est chouette mais il y a peu d’épisodes et je n’arrive pas à avoir envie de tous les voir aussi à cause de ça, parce que ça va finir trop vite. Pour en revenir à Zendaya et Jacob Elordi, je ne sais plus vraiment où on en était dans la série et je ne sais même pas si j’ai encore le nom de tous les personnages – j’ai plus celui des acteurs que des persos, ça en dit long, non ?

Puis, je cite Euphoria ici parce que c’est simple, mais c’est pareil pour la saison 2 de One Piece par exemple. Rendez-moi les 22 épisodes par saison chaque année ! Ce n’est pas un hasard si Grey’s Anatomy est l’une des séries dans lesquelles je suis le plus à jour.

Et si les 22 épisodes vous soûlent, rendez-moi au moins ce qu’ABC avait mis en place il y a une dizaine d’années avec ses « pods » sur Agents of S.H.I.E.LD : à défaut de saisons plus courtes, on avait trois arcs narratifs de huit épisodes qui s’enchaînaient la même année. Et c’était si bien ! D’accord, ce n’est pas forcément ce que j’en disais sur le moment, mais aujourd’hui, une saison c’est 6 à 8 épisodes d’une même histoire, avec narration étirée et promesse qui met du temps à se concrétiser, quand elle le fait. Le début de saison 2 de Daredevil Born Again m’a bien vacciné là. On n’apprend plus à connaître les personnages, on les retrouve tous les trois ans… Comment voulez-vous avoir le même investissement ? Beaucoup de séries sont maîtrisées, propres, ambitieuses, mais ne fidélisent plus du tout.

Ce que j’aimais dans des séries comme Fringe, Person of Interest, Orphan Black, The 100 ou plus récemment encore Evil et Resident Alien, c’était ce mélange devenu rare (un OVNI dans le cas de Resident Alien, donc) : une intrigue en fil rouge qui avance à chaque épisode, même si chaque épisode a sa propre histoire ; des personnages qu’on a envie de retrouver car ils évoluent vraiment et des épisodes qui apportent chacun quelque chose, soit à un personnage, soit à une dynamique, soit au fil rouge, soit les trois à la fois. Cet article me donne plus envie de rewatch que de nouvelles séries… Rendez la CW, même, s’il le faut.

Aujourd’hui, l’envie d’écrire ne suit plus automatiquement. Tester une série ne suffit pas, accrocher un peu non plus. Sans ce petit truc en plus, la série sonne creux, et je n’ai aucune envie de m’y mettre. Prenez les séries Apple qui sont peut-être celles qui arrivent encore le plus à me convaincre quand je me décide à les tester : j’ai adoré Lessons in Chemistry, mais pour autant, je n’ai pas autant envie d’un rewatch que pour d’autres séries. Pire, quand je regardais un épisode, j’étais à fond, mais dès que j’étais entre deux épisodes, je n’avais pas cette envie de revenir.

Bref, je me répète énormément ces dernières années, mais une fois de plus, ces 21 jours sans article viennent simplement de là. Pas d’un arrêt du blog (ça, jamais… Enfin si, probablement, mais pas encore), juste d’une période où je cherche encore et toujours la série qui va relancer la machine. Je vais reprendre, oui, avec Euphoria d’ailleurs. Et il y a de bonnes chances que, une fois lancé, ça fonctionne mieux que prévu… Mais je sais aussi qu’il y aura de nouveau une pause à un moment ou un autre, parce que le constat reste le même : les séries n’arrivent plus à m’apporter autant qu’avant, pas seulement parce que je fais plein de choses de ma vie (c’était déjà le cas avant !), mais principalement parce que le mode de diffusion et d’écriture a totalement changé. Pour le pire, donc.