Ce que c’est que la mythologie d’une série

Salut les sériephiles !

S’il y a bien un terme qui parcourt une grande partie de mes critiques, c’est celui de « mythologie ». C’est un peu honteux que je n’ai jamais pensé plus tôt à écrire cet article du coup, parce que bien évidemment, il y a énormément de choses à dire. Comme je suis sûr de faire encore beaucoup plus de 500 mots, je vous propose de passer directement au cœur du sujet. L’article a une forme (et un ordre surtout) un peu différente de d’habitude, pour la clarté des choses et avec des exemples assez cool (‘fin je pense) à la fin.

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Non, je ne regarde pas Vikings, mais j’ai tapé mythologie sur Google… et je me sens prêt à partir au combat moi aussi !

C’est quoi ce nom ? Si on s’en fie à Google, une mythologie c’est un ensemble de mythes (ah ben merci bien) et de légendes propres à un peuple, une civilisation, une religion. Un mythe ? Un « récit fabuleux, souvent d’origine populaire, qui met en scène des êtres symbolisant des énergies, des puissances, des aspects de la condition humaine ». Ou alors une « chose imaginaire ». Merci Google, on avance à grande vitesse là (ou pas). Je pensais que Google avait une réponse précise à tout, mais ce n’était qu’un mythe !

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Je ne me lasserais jamais de ce gif, non.

Abandonnons la facilité et concentrons-nous plutôt sur ce qu’en dit Roland Barthes (et donc l’acception du sens plus large qu’on lui donne aujourd’hui) : un mythe est à la fois « un mode de signification et la forme », un « jeu de cache-cache incessant entre sens et forme », un « système de communication ». Mais qu’est-ce qu’il raconte lui encore ? Simplifions : le mythe est un message qui se suffit à lui-même et qui évoque quelque chose (la même chose) à un groupe de personnes. Genre, vous savez tous ce que c’est qu’un Dom Juan, même si vous n’avez jamais lu Molière (et vous devriez pourtant). Ce n’est pas une idéologie ni un concept, il peut être écrit, verbal ou pas du tout, et se distingue par la manière dont il se propage. Lui il s’en sert surtout pour analyser la pub et la mode, et c’est passionnant.

Bon. C’est passionnant, ça me fait réviser et simplifier grossièrement (il y aurait beaucoup à préciser et redire), mais ça nous éloigne du sujet de base.

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J’arrête de me prendre pour un prof, on repasse aux séries !

Alors c’est quoi exactement la « mythologie d’une série » ? Facile. Chaque série met en place sa propre mythologie : les personnages ont leur manière propre de communiquer et d’évoluer dans l’univers de la série, qui est lui-même régi par un ensemble de règles plus ou moins bien définies et immuables (pour le plus, regardez Buffy, pour le moins, regardez Charmed à partir de la saison 5).

La mythologie d’une série, c’est ce qui permet de ne pas être surpris de voir un cadavre se relever dans The Walking Dead quand ça n’aurait aucun sens dans The Last Man on Earth (quoique) ou qui permet à LOST de tout se permettre en se fondant toujours sur la science, la philosophie ou la croyance quand Younger n’est pas là pour nous prendre la tête. La mythologie assure donc les règles de l’univers, régit les relations entre les personnages, la chronologie. C’est tout ce qui fait le fond de la série et c’est souvent ce qui permet de faire la distinction entre les séries impeccablement gérées (LOST, toujours, mais aussi Wrecked par exemple) et les autres (OUAT, qui est incapable d’assurer la moindre cohérence chronologique dans le passé des trois quarts de son casting).

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Si seulement ils écoutaient leurs propres lignes de dialogue !

Quelle origine ? Comme beaucoup de choses quand il s’agit de raconter une histoire, il faut remonter à l’Antiquité et aux mythologies gréco-romaines, tout simplement. Les divinités grecques, les divinités romaines, ça formait quand même un ensemble sacrément cohérent ! Donc voilà, depuis toujours, les hommes racontent des histoires en se fixant des règles (oh la mauvaise introduction de copie d’élèves) et les scénaristes copient l’idée, tout simplement.

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Et aujourd’hui ? Forcément, toutes les séries ont une mythologie, mais celle-ci est plus ou moins complexe : elle peut s’appuyer sur des éléments mythologiques venus d’ailleurs (non, pas de l’espace, mais d’autres séries, films, livres, récits d’Antiquité, etc.), se contenter du grand minimum (les séries procédurales, bien souvent) ou viser quelque chose de plus complexe (allez, je ne résiste pas : Here & Now !… mais aussi Agents of S.H.I.E.L.D ou même Shadowhunters).

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Et pour gérer toute cette mythologie, comment on fait ? On écrit ce qu’on appelle la Bible de la série. C’est un document plus ou moins volumineux avec tout l’ADN de la série : le concept, la structure narrative (avec les arcs s’il y en a), le ton, les thématiques et l’atmosphère, les lieux de tournage, la biographie des personnages, les résumés des épisodes, etc. Bref, tout est réuni dans un énorme livre qui permet à chaque scénariste et à n’importe qui bossant sur la série de savoir dans quel univers il met les pieds… même quand les personnages ne le savent pas eux-mêmes.

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Comme rien ne vaut l’exemple, voici pour les anglophones parmi vous, un extrait de celle de la saison 1 de Grey’s, de celle – juste passionnante car très personnelle – de LOST (avec les auteurs avouant que c’est la première fois qu’ils font ça et surtout mentant outrageusement en promettant que la série sera facile à suivre grâce à une… mythologie simple, et même plus simple que celle d’Alias et Rambaldi, qui se fait tacler au passage !) et de celle plus romancée de Stranger Things.

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Tout ça donnerait envie d’une publication systématique des Bibles de séries franchement, mais bon. Je n’ai pas le temps de tout traduire, mais même si vous ne comprenez pas l’anglais, je pense que ça reste intéressant à parcourir car on voit quand même comment tout s’est construit à l’origine…

Et ça, c’est passionnant à découvrir !

Mes derniers coups de… #3

Salut les sériephiles,

Image result for supergirlComme chaque milieu de mois désormais, je vous propose de faire un rapide tour de mes derniers « coups de… », parce que c’est un article qui, après tout, s’écrit plutôt rapidement et tout seul, et qui plaît à tout le monde. Faut juste prendre le temps de réfléchir à certaines catégories quand même, surtout que ce n’est pas toujours évident de ne pas répondre la même chose que le mois dernier. C’est d’ailleurs pour ça que j’avais arrêté l’idée de le faire de manière hebdomadaire, pour être tout à fait transparent avec vous. Ne m’en voulez pas pour si peu, on ne va pas se battre.

Allez, une fois de plus, je tente le coup de vous parler sans spoiler et en coup de vent de mon dernier…

Coup de Cœur : C’est difficile de l’affirmer à 100%, mais je pense que Here and Now est la série la plus qualifiée pour se placer ici. J’ai beau en dire qu’elle est épuisante, mon article d’hier était presque une lettre d’amour à la série. Ce n’est pas la série en elle-même que j’aime, mais la réflexion qu’elle permettait, et certaines intrigues internes, ou certaines scènes plus précisément. L’originalité qu’elle proposait me donnait vraiment envie de revenir chaque semaine découvrir les épisodes en sachant que j’allais être surpris, ou au moins complètement embarqué dedans. Et c’est le genre de sentiment qui me manque de plus en plus devant les séries !

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Coup de Mou : Je vais l’adresser à Unreal, même si là aussi ce n’est pas hyper simple de me décider. La saison 3 est très sympathique, mais je trouve qu’elle a un peu erré ces dernières semaines. Si elle reste excellente, elle manquait parfois de surprises tellement on connaît désormais la critique qu’elle souhaite faire ; et elle manquait cruellement de manipulation des images et des candidats, or c’est pour ça qu’on est là, sinon on se contenterait de regarder le Bachelor. Bon, l’épisode d’hier est reparti de plus belle, mais dans l’ensemble, il y a eu un vrai coup de mou en cours de saison, je trouve.

Image result for the walking dead rositaCoup de Poing : Il n’y en a pas un en particulier qui me revienne, du coup, je vais parler du final de saison 8 de The Walking Dead, donc passez votre chemin si vous n’êtes pas à jour ! Bien évidemment, ce final m’a principalement déçu, mais s’il y a bien un poing positif (avec un g, parfaitement), c’est celui de Rosita qui n’a pas hésité à frapper Eugene. Je crois que c’était franchement mon seul moment de joie de tout l’épisode (bon, ça et Negan, même si c’était super mal écrit comme choix final). Je ne supporte plus la tronche d’Eugene, et ça ne m’aurait pas dérangé qu’il soit la seule victime collatérale de cet épisode…

Coup de Blues : Je crois qu’il n’y a que moi pour être qualifié dans ce coup-là. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais depuis février, j’ai complétement laissé tomber mes comédies, à l’exception de The Last Man on Earth. Je ne me l’explique pas trop, ça n’aide pas à gonfler mes stats de nombre d’épisodes, mais voilà, j’ai du mal à trouver les comédies qui me font vraiment rire en ce moment (Superstore n’est plus aussi fun) ; ou alors à avoir envie de les continuer (Life in Pieces m’attend). Je sais que ça finira par me revenir et que ce sera alors un énorme bingewatch, mais en attendant… je n’en regarde pas !

Coup de Vieux : Quand je me suis rendu compte que Scandal arrivait vraiment à sa fin (ce vendredi) et que cela faisait six ans et demi que je la regardais, quand même. Le vrai coup de vieux est arrivé quand je me suis mis à noter quelques idées pour un article faisant une grosse synthèse de mon avis sur la série ; mais en même temps, cet article n’a pas avancé d’un poil depuis samedi, alors je ferais peut-être mieux de ne pas vous en parler, car je ne sais pas si je le publierai un jour ! En tout cas, ça me fait d’avance bizarre de me dire qu’elle ne sera plus là le vendredi.

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Coup de Gueule : Le crossover The Walking Dead/Fear the Walking Dead était tout ce que je craignais qu’il soit, et pire encore. Pour sa « reprise », la saison 4 du spin-off a donc proposé 47 minutes sans son casting, mais avec celui de la série-mère et de nouveaux personnages. Le tout paraissait plutôt être un pilot d’un nouveau spin-off, et ça m’énerve. Je sais que c’est fait pour remonter les audiences (et en plus, ça devrait le faire car les gens ont eu l’air d’aimer ??), mais je trouve ça tout pourri de trahir les trois premières saisons en repartant sur une nouvelle histoire avec un personnage venu d’une autre série – et en plus, je n’aime pas l’évolution du dit personnage, ça n’aide pas. Bref, Fear revient avec un saut temporel (ou une incohérence chronologique énorme), se déroule désormais en parallèle et pas si loin de la série-mère (donc on perd pas mal d’intérêt et on ouvre la porte à toutes les fenêtres pour de futurs crossovers) et se concentre sur un personnage qui prend clairement la place de lead et éclipse le reste du casting. Forcément, comme je préférais jusqu’ici Fear, je le sens mal. Image result for fear the walking deadJ’aurais préféré une troisième série, ou à vrai dire le même épisode avec un personnage inédit ; mais là, ça fait trop « oups, les audiences suivent pas, ramenons un autre personnage et faisons comme si ». Et pourtant, habituellement, je suis pour les séries capables de se réinventer. J’attends de voir la suite pour être vraiment déçu, mais cette reprise était ratée parce que je me suis fait encore plus chier que devant The Walking Dead, alors que Fear parvenait jusque-là à garder mon intérêt.

Coup de Barre : L’arrivée tant espérée du soleil est accompagnée d’une vague de pollen dont je me serai bien passé et qui m’a mis quelque peu K.O hier soir (même si ça ne se voit pas à la longueur de cet article, je sais).

Coup de Bol :  C’est super rare, mais j’ai déjà des idées pour les visuels du prochain Week-end en séries. Peut-être que pour une fois tout ne sera pas improvisé à l’arrache au dernier moment. Ou peut-être pas. Il y aura eu un tout petit de réflexion quinze jours avant en tout cas, ça change !

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Coup de Tête : J’ai écrit cet article hier vers 17h et à défaut d’avoir une idée de coup de tête ; je me décide à rattraper enfin la fin de saison de 9-1-1 dans la soirée (4 épisodes) alors qu’il me reste encore à voir Supergirl et The Crossing. Ce n’est pas gagné. Si je l’ai regardée, vous serez vite au courant avec un article dessus ; si je me suis foiré, eh bien… ce sera un coup de tête qui n’aura pas eu lieu, et puis c’est tout. Je cherche à vaincre la procrastination comme je peux !

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Coup de Théâtre : C’en est un sans en être un, mais je m’étais persuadé que pour la première fois, je n’aurais pas revu la dernière saison de The 100 avant l’arrivée de la prochaine (mercredi prochain). La tradition veut en effet que je la regarde avec mon père pour me remettre en tête toute la géopolitique complexe et les rebondissements de la série, ou juste parce que j’adore, allez savoir. En tout cas, ça me paraissait impossible, mais finalement, nous avons vu sept épisodes dimanche et lundi soir, donc il ne nous en reste plus que quatre ; et clairement ce sera bouclé d’ici mercredi (reste plus qu’à se mettre d’accord sur une soirée). C’est très cool et ça permet de calmer l’impatience vis-à-vis de la saison 5 !

Coup Tordu : Le dernier épisode de The Last Man on Earth a revisité une énorme partie de son intrigue passée en la modifiant l’air de rien, et c’est passé comme une lettre à la poste (et même mieux qu’une lettre à la poste, si je considère mes problèmes fréquents de courrier). Entre ça et l’épisode se moquant de la manière dont ils ont caché la grossesse d’une de leur actrice, je crois que je tiens là l’une des séries les plus tordues du moment, mais ça lui fait du bien d’être si tordue, car sans ça, on commencerait à s’ennuyer. J’espère donc une saison 5, comme j’ai bien compris que nous n’aurons de toute manière jamais de conclusion fermée lors de la presque-annulation de l’an dernier… Allez, je veux une saison de plus, c’est pas grand-chose !

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Coup de Pub : Il sera aujourd’hui pour un blog, et j’ai choisi celui d’Enid, Une vie devant l’écran ! J’adore tout bonnement son blog : les articles y sont hyper longs (oui, c’est moi qui dis ça, ça vous donne une idée !) et détaillés, mais jamais inintéressants. Au contraire, j’aime beaucoup la manière dont c’est écrit, les analyses et la diversité des sujets (bon, c’est principalement séries/films, mais l’angle d’attaque change beaucoup de ce qui peut se lire ailleurs). Franchement, c’est captivant à lire et pourtant, je ne suis souvent pas d’accord avec son avis ; mais comme en plus Enid répond aux commentaires, ça permet le dialogue, donc c’est un point positif de plus !

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Coup de Grâce : Je suis en retard dans mes séries ? On remercie tous bien fort Laura qui m’a offert les trois tomes de The Magicians. Oui, je sais j’en ai déjà parlé plusieurs fois, mais je change l’optique pour vous expliquer en quoi c’est vraiment un coup de grâce. Inutile de dire que je suis en pleine lecture du premier tome (j’arrive à sa fin dans une centaine de pages) et que même si c’est en anglais, même si je prends tout mon temps (ça fait une semaine), ben… ça bouffe du temps de cerveau disponible pour les séries ; et ça m’empêche encore plus de rattraper mon retard. Vous voyez ? Un coup de grâce ! Cela dit, c’est sans regret, car j’accroche encore plus que ce que je pensais. Bon, ça me donne même envie de revoir la saison 1, puisque j’en suis à la fin de celle-ci dans ce que je viens de lire (sans l’intrigue de Julia) et que je me dis que je suis passé à côté de dizaines de trucs dans l’adaptation. Et aussi que c’est sympa de voir comment la série adapte le style d’écriture en prenant malgré tout énormément de liberté. Yep, ça me donne l’impression que l’adaptation est aussi bien que le livre, même si elle est totalement différente (en revanche, si j’avais commencé par les livres, j’aurais sûrement eu du mal avec la série).

Et voilà, c’est tout pour cette nouvelle édition des coups, j’espère que ça vous plaît toujours autant ; moi, ça m’éclate en tout cas 🙂

 

Here and Now, série aussi originale… qu’épuisante

Salut les sériephiles,

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Hier, outre le crossover foireux de The Walking Dead et Fear the Walking Dead que j’ai détesté (pas moins), j’ai pu regarder la fin de saison d’Here & Now dont les audiences sont tellement catastrophiques que la probabilité de saison 2 est malheureusement bien faible : les audiences sont les plus mauvaises de HBO depuis des années, pour ne pas dire depuis toujours. J’ai en revanche accroché à la série sans jamais parvenir à la comprendre, alors il fallait que j’en parle dans un article aujourd’hui, histoire que ça sorte, et je vais le faire sans spoiler, évidemment, pour que chacun se fasse un avis sur la série et si ça vaut le coup ou non d’être vu.

Related imageUne famille contemporaine multi-raciale constituée du mari, de l’épouse, de trois enfants adoptés de Somalie, du Vietnam et de Colombie, ainsi que d’un enfant biologique voit ses liens être testés lorsque l’un d’eux commence à avoir d’étranges visions. Voir les critiques des épisodes de la saison 1.

Franchement, à la vue du synopsis, je m’attendais à un énième drama familial, avec une touche de fantastique en plus. C’était mal connaître Alan Ball (Six Feet Under, True Blood) qui a l’habitude de pondre des séries bien plus complexes que ça. Plutôt qu’un drama familial, il a fait le choix d’aborder les grands débats de société qui parcourent régulièrement notre quotidien, particulièrement exacerbés par la peur post-Trump : le racisme, la place de l’individu dans la société, la folie, la religion, le harcèlement sous toutes ses formes, l’identité (sexuelle, religieuse, etc.), la fidélité, le quête de vérité, l’ésotérisme, le surnaturel, la norme… sont autant de sujets que la série prend soin de ne pas contourner. D’ailleurs, je dirais même qu’elle se précipite vers eux pour les prendre à bras le corps dès qu’elle en a l’occasion, et des occasions, elle en créé à chaque épisode. Jusqu’à saturation.

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La série a aussi une jolie esthétique, tout de même.

C’est là que la série a commencé à perdre beaucoup trop de monde, et donc une grosse partie de son audience (déjà maigre au départ). Malgré un casting vraiment cinq étoiles (il n’y a pas un acteur qui ne soit pas remarquable dans son interprétation, à part peut-être Malcolm… mais il est là pour ça, justement), la série aborde trop de sujets sans jamais fournir la moindre réponse. Pire, elle s’écoute. Elle écoute ses personnages parler, elle écoute leur crainte interne (et tout tourne autour de cette peur finalement, de manière plus réussie que la saison 7 d’American Horror Story tentant de faire la même chose et s’étant gamélée au passage). La série offre aussi à ses personnages des monologues et des dialogues de sourds, constamment ; et quand il y a dialogue, il y a de toute manière des points de vue irréconciliables, et parfois malgré l’amour que se portent les personnages (c’est particulièrement vrai entre Ashley et ses parents). C’en est rapidement épuisant. On ne sait plus quoi en tirer. Parfois, ça donne même l’impression de parler pour ne rien dire, parfois au contraire, ça fait un incroyable travail de représentation (sur le racisme quotidien, sur l’homosexualité, sur la religion, sur les gender fluid).

Et puis, rien. C’est épuisant et c’est sans réponse, toujours. Ce n’est pas fait pour apporter des réponses.

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Et au milieu de tout ça, il y a aussi une place importante accordée aux rêves, évidemment.

En fait, le titre de la série, qui aurait franchement dû être Eleven Eleven ou 11 11 pour clarifier l’importance de son mystère, est une vraie clé de lecture. C’est une série de l’ici et maintenant – et c’est pour ça que je trouve d’autant plus dommage le décalage temporel réel/fiction (les épisodes étaient écrits pour être diffusés en mai prochain). Elle ne propose pas de réponse aux sujets de société qu’elle aborde, parce qu’il n’y a pas de bonne réponse. La série propose des confrontations de points de vue, une ouverture d’esprit, des ébauches de réflexion, tout le temps, en permanence, et c’est à chacun d’en faire ce qu’il veut : l’accepter, le rejeter, s’informer, s’identifier… Autant de réactions possibles et souhaitées. Le téléspectateur n’est jamais guidé au milieu de tout ça, il est simplement paumé, qu’il soit en posture passive (regarder pour regarder) ou active (regarder pour comprendre) dans son visionnage. On observe et on ne sait pas quoi penser, et on écoute, et chacun a une réaction personnelle vis-à-vis de ça, et je crois qu’il serait difficile de trouver deux personnes pensant exactement la même chose de chacun des détails de la série, tant elle est complexe, l’air de rien, et aborde des sujets qui méritent tous une réflexion personnelle.

Un truc qui nous connecte tous ? Ah, la peur d’un monde avec Trump président et la montée de l’intolérance, peut-être ?

En ce qui me concerne, je suis tombé dans la fascination, possiblement dans le voyeurisme même, de ces personnages. J’en voulais plus à chaque fois, même lorsque je ne savais pas quoi penser ou que je m’ennuyais. Il y a beaucoup de personnages que je détestais un épisode et que j’adorais dans le suivant, à commencer par Greg et Audrey, mais aussi Kristen. Il y a Ashley et les problèmes de racisme qui me fascinaient par leur traitement hyper réaliste et, de mon point de vue, juste (mais il faudrait vraiment confronter mon point de vue à la réalité du racisme, parce que je ne le subis pas). Il y avait le cas Navid, un mystère à lui tout seul, un personnage que j’ai dû mal à étiqueter réaliste – mais à quoi bon étiqueter/mettre dans des cases, justement ? Il y avait Layla, à l’amour fascinant, et Farid, au passé intrigant. Et puis, il y avait Ramon – et tout me fascinait dans le personnage de Ramon, au sens étymologique de fasciner d’ailleurs.

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Il portait sur ses épaules l’aspect le plus étrange de la série, avant de le partager ensuite avec Farid, le fil rouge mystérieux que je ne sais même pas comment qualifier – fantastique, probablement. Il continuait de vivre sa vie, avec un amour étonnamment pur dans sa représentation (et à l’évolution tellement bizarre !). Il était assez inhabituel pour attirer l’attention, et il était sacrément bien casté pour jouer la folie (mais était-ce vraiment de la folie ?).

Une série qui me permet d’évoquer dans mes critiques l’allégorie de la caverne, de faire des recherches philosophiques, de m’intéresser à plusieurs religions ; une série qui propose le dialogue, une série qui propose de l’écouter (et de s’écouter)… ça n’existe pas en 2018 ; c’est à contre-courant de tout ce qui se fait et c’était d’une richesse déroutante – ou alors pas du tout. Voilà tout ce qu’était la première saison d’Here and Now : une multitude de pistes de réflexion sur la vie, sur la société, avec un fil rouge dont nous n’aurons probablement jamais les réponses non plus car il est construit de la même manière.

Chaque épisode est un nid de questions métaphysiques effleurées par le script, mais chaque épisode prend aussi soin de montrer que malgré tout la vie continue avec ses petits tracas. Les épisodes étaient tellement riches que j’avais souvent l’impression de voir deux épisodes normaux en un et pourtant bien souvent, il ne s’y passait rien.

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Musulman et gender-fluid, une première à la télé américaine (une première tout court?)

Si je n’ai pas su quoi en penser pendant très longtemps, si je ne suis toujours pas sûr de savoir quoi en penser, si je ne sais pas si je projette trop d’intentions aux auteurs qui peut-être ne savaient pas ce qu’ils faisaient, il est très clair que la série m’a marquée par son originalité. En cela, c’est peut-être l’une des meilleures séries de la saison : c’est en tout cas une série que j’aimerais voir continuer car son mystère m’a happé, et ça dès le début, et ça, même quand je résistais et voulais descendre la note tellement il ne se passait rien. Je n’ai jamais réussi à m’y résoudre, j’ai toujours trouvé quelque chose à sauver.

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Finalement, la série a pour l’instant une fin extrêmement ouverte : aucune intrigue en cours n’est vraiment résolue et pourtant son épisode final a paru apporter des réponses et a redonné un sens cohérent à beaucoup d’éléments des premiers épisodes. Cette ouverture est voulue, elle est la signature même de la série et l’essentiel est qu’elle réussit à embarquer dans un voyage métaphysique et dans une quête de sens.

Bref, elle est une expérience que j’ai envie de communiquer ; une expérience que tout le monde devrait au moins tester, pour se faire une idée. Ou alors, elle est juste une série ratée. Et c’est ça qui est génial : chacun peut se faire son propre avis dessus et avoir raison, de toute façon. Après, j’ai l’impression qu’elle a réussi à épuiser tous ceux qui la regardaient, et c’est quand même une prouesse… mais pas forcément la prouesse espérée par les scénaristes.

Here and Now – S01E10

Épisode 10 – It’s Here – 17/20
Quelques réponses cryptiques et tout autant de larmes parcourent ce final qui n’a pas eu le temps de dire tout ce qu’il avait à dire, malgré de nombreux bavardages dans toute la série. Si cela peut servir de fin ouverte à la série, je me prends à espérer une saison 2, mais je sais que je suis bien seul au monde à la vouloir. L’univers et le casting de la série me manqueront en cas d’annulation, et c’est tout à fait le genre de séries qui gagnerait à être revue… mais je ne sais pas si j’en aurais la foi, l’envie ou la patience. En un mot,  étrange.

> Saison 1


Spoilers

10

You need to deal with him before something really bad happen.

C’est déjà/enfin la fin de saison, et peut-être même de série !, pour Here and Now et je ne me sens pas prêt, comme je n’étais pas prêt à la voir de toute manière.

L’épisode repart directement dans le chaos de l’épisode précédent avec un Malcolm qui frappe Ramon pourtant tout content d’avoir sauvé sa nièce du feu. Ou pas. Ashley n’approuve pas du tout les méthodes de son mari, mais elle en veut tout autant à Ramon. Sa fille n’a que le bras cassé mais quand à l’hôpital, sa mère et Kristen prennent la défense de Ramon, elle finit par logiquement péter un câble.

Chez ses parents, Ramon est mort d’inquiétude pour sa nièce et il accepte donc de se rendre avec Duc et son père à l’hôpital. En chemin, il aperçoit son monstre de feu et décide de courir après lui. Greg et Duc le perdent rapidement de vue et Ramon lui-même perd son monstre, mais il est intéressant de noter qu’il est d’abord apparu en tant que quatre lignes verticales de feu.

Comme c’est tout à fait le moment, Duc (incapable de courir avec sa jambe cassée) en profite pour interroger Greg sur sa prostituée asiatique qui rappelle beaucoup trop sa mère à Duc. Les explications entre le père et le fils ne sont pas des plus intéressantes, avec Greg qui révèle qu’il sait que son fils n’est pas du tout aussi puceau qu’il l’affirme car il a une sacré réputation à Vancouver.

Bon, la communication est brisée entre les deux, mais par chance pour Greg, il peut désormais compter sur Audrey. Elle aussi est flippée d’avoir perdu Ramon, mais elle ne peut s’empêcher de culpabiliser de l’avoir « volé ». Par chance, elle reçoit rapidement des nouvelles de son fils par Kristen, qui a reçu un SMS de son frère disant qu’il va bien et demandant également à ne voir personne. Du coup, Kristen préfère se réfugier dans les bras de son copain, Navid, contre l’avis de ses parents (à elle) et de son père (à lui). En même temps, elle n’arrange pas ses affaires en sous-entendant qu’ils n’utilisent pas de préservatifs (ben voui) puisqu’il était puceau (ben voui). Là-dessus, elle (et possiblement sa chlamydia ?) se barre de la maison et Audrey… se sert un verre. Greg, lui, reprend le mot qu’il doit écrire pour le livre de son fils et reçoit un appel d’Isaac.

Farid culpabilise pour le presqu’accident, laissant cette pauvre Layla (sa femme) encore plus dans la merde à ne pas savoir comment le gérer. En flashback, on découvre qu’il a commencé à se scarifier, forcé par sa mère certes, mais pour sauver la vie de son père en s’intégrant religieusement et publiquement. C’est violent tout de même et encore plus quand sa mère se met à le frapper d’elle-même.

C’est là que l’oncle intervient pour sauver la vie de son neveu et rappelle à sa belle-sœur que son mari est mort de toute manière. Amir, l’oncle, décide donc de quitter l’Iran avec son neveu, voyant sa belle-sœur se déchirer la face avec ses ongles parce qu’elle perd son fils après avoir perdu son mari.

Navid surprend alors une conversation entre ses parents. Déjà qu’il est flippé par les larmes de son père, l’entendre parler de sa famille ne le rassure pas ; et c’est pour ça qu’il préfère aller voir Kristen, trop terrifié par son père.

Le problème, c’est que Navid n’a pas spécialement envie de coucher avec Kristen, qui a priori n’attendait que ça. Elle prend assez mal la chose et lui dit qu’il est bien cliché à coucher avec elle puis à demander plus d’espace pour la larguer tranquillement. Oui, j’ai levé les yeux au ciel, je le reconnais.

Ashley interroge sa fille et découvre qu’elle a aussi a senti le feu. Malcolm lui rappelle que leur fille n’a que cinq ans, mais c’est tout de même troublant. On notera que Duc aussi avait eu une hallucination à côté de Ramon.

Malcolm propose à sa femme de devenir père au foyer si elle récupère l’argent de son nouveau poste. Elle hésite… Le tout se fait bien sûr devant la petit et en jouant à un jeu propulsant de la chantilly sur la face de tout le monde. C’est amusant, mais ça n’a aucun sens de parler d’un truc si sérieux devant elle.

Après son altercation avec son père, Duc se réfugie chez Carmen pour pleurer dans ses bras. Il se retrouve au lit avec pour avoir droit à un câlin somme toute maternel (pas comme sa mère biologique, non) mais aussi très énergétique. Elle ressent toute sa douleur et lui permet de s’en libérer, ce qui laisse Duc effondré. Ils partagent ainsi leurs souvenirs douloureux (lui, sa mère biologique ; elle, la mort de son père dans un accident de voiture alors qu’elle avait 11 ans et était dans la voiture). Ils forment un couple mignon et qui ne se précipitent pas, c’est assez rare à la télévision pour être souligné (et apprécié). Bon, reste le problème de Duc qui part en vrille chaque fois qu’il va à Vancouver, mais sinon c’était sympa.

Pendant ce temps, Farid recommence à se scarifier, allez comprendre pourquoi. Il est totalement paumé et c’est sa réaction la plus instinctive possible. Layla entend tout ça, et elle ne sait pas comment réagir. Elle ne l’arrête même pas.

Le lendemain, Ramon qui a repris son boulot pour retrouver le monstre et s’est endormi dessus, reçoit un coup de fil d’Audrey le forçant à dîner avec elle le soir même. Il est aussi contacté par le monstre qui affirme être « 1111 » via un moyen informatique intéressant. Comme le monstre demande à le rencontrer à la montagne, Ramon s’y rend en vélo, normal.

En chemin, il se fait voler son vélo par… Henry, le vrai, le SDF que Kristen soupçonnait d’être son amant. Loin de s’arrêter, Ramon continue donc à pied et s’aperçoit que les animaux réagissent bizarrement en sa présence. Plus il approche de la montagne, plus ils la fuient comme si une catastrophe naturelle allait arriver. Bon, on voit bien qu’on se dirige au moins vers une fin avec cette intrigue… mais c’est bien la seule qui semble atteindre un point d’acmé digne d’une fin de saison/série.

En effet, pour les autres, c’est juste une journée normale, si tant est qu’on puisse encore parler de normalité avec cette série (mais c’est le but, je pense) : c’est le jour de l’interview télévisée d’Audrey, qui est forcée de retrouver son boss pour le coup. C’est bien trop drôle car ils reçoivent un coup de fil sur le travail des enfants et Audrey le crucifie à la télévision, devant Kristen qui regarde tout ça dans son canapé, évidemment. Bon, sans trop de surprise, Audrey pète ensuite un câble et largue à la fois son amant et son job.

C’est aussi le jour d’un nouvel entretien pour Ashley, qui découvre qu’elle est embauchée parce qu’elle est noire et que ça permet de faire bien pour l’image de l’entreprise. Voilà qui est fait. Elle accepte malgré tout de rencontrer l’ensemble du conseil d’administration : des hommes blancs et vieux… Et trois femmes de couleur. Elle ne sent plus du tout ce poste et décide de ne pas le prendre, après un appel auprès de Malcolm, tout même.

Navid et Layla surprennent Farid le t-shirt en sang et Navid demande à son père de prendre soin de lui, d’aller chercher de l’aide, de la vraie aide. Malgré tout, le fils et la femme s’en vont pour la journée… et un peu plus. Navid se rend donc voir Kristen pour dire au revoir à Kristen car ils déménagent à San Francisco chez sa tante.

Voilà, voilà, c’est la fin pour Navid et Kristen, car il veut suivre sa mère et a fait clairement un choix.

Farid, lui, contacte Chuck, l’imam de sa femme, qui prend soin de ses blessures et répond à ses questions. Il est très clairement dans une crise de foi immense et l’imam nous résume bien la philosophie de la série : il croit en Dieu car son existence est prouvée par le fait qu’il est là pour parler avec lui et l’aider.

Duc et Carmen continuent de passer du bon temps ensemble après une longue nuit d’affection qui finit par mener à un baiser entre eux, baiser le plus lent à venir de l’histoire de la télévision, je crois ; et ça passe ensuite directement à une scène de cul.

Greg rend visite à Isaac, qui est donc l’oncle Ike, le schizophrène, qui voulait lui parler. Comme il mâchait ses mots, ce n’est pas si facile de le suivre, mais il affirme grosso modo que Ramon est de nouveau en feu, ce qui attire forcément l’attention de Greg. Même si Ike paraît tout à fait fou, Greg est bien forcé d’y voir une certaine logique improbable entre lui et son fils.

Le réveil indique alors qu’il est 11h09 quand Greg entame un monologue sur le monstre que Ike et Ramon voient tous les deux. À 11h11, Ramon observe la montagne, le Mont Hood, qui entre en éruption, au moment où Duc et Carmen couchaient ensemble, au moment où Ashley parlait avec Malcolm.

L’éruption fait aussitôt la une : Greg flippe en compagnie d’Ike, Audrey et Kristen sont en larmes. L’éruption est assez magnifique à voir et Ramon marche vers elle, parcourant à pied des kilomètres et kilomètres apparemment, suivant le monstre de flammes qui est là et qui projette derrière lui des dizaines d’ombres : les victimes ? Peut-être. Une représentation de l’allégorie de la caverne de Platon, où l’on n’accède donc pas à la réalité que Ramon, lui, regarde ? Fort possiblement. En tout cas, voilà, générique de fin.

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EN BREF – Euh ? Que dire de bref sur cette série si bavarde et si étrange à appréhender !

Toutes les réponses au mystère principal (mais qu’est-ce qui arrive ? et qu’est-ce qui arrive à Ramon ?) de la série sont cryptiques mais enfin fournies : Ramon a une sorte de don de prescience, une connexion à une entité qui lui permet de prédire une catastrophe naturelle, tel un animal, sans même le savoir. À l’inverse d’un animal, son instinct lui propose cependant d’aller vers la source du problème. Les tremblements de terre, les flammes, les gens masqués et recouverts de cendres… Autant de signes de l’éruption qui parcourent la saison et prennent désormais tout leur sens.

Il faudra, en cas de fin de série, se contenter des explications que l’on a eu sur les esprits poreux pour comprendre l’intrigue de Farid et pourquoi Duc ou la nièce de Ramon ont eux aussi eu des visions. Je ne m’attendais pas à obtenir toutes les réponses de toute manière… La fin m’a malgré tout pris par surprise : elle a paru arriver trop tôt, plus tôt que je ne pensais. On n’en saura jamais plus d’Henry, cette éruption sort de nulle part ; on n’a plus aucune nouvelle d’Ashley, Malcolm, Duc et Carmen, clairement affectés par l’éruption d’une manière ou d’une autre. Qu’importe, ce n’était pas là l’essentiel de la série… Je crois ?

C’est pour le moins chaotique… mais ça fait une bonne fin malgré tout. Cela ne va pas m’empêcher d’espérer une saison 2, car j’adore le casting et qu’il y a bien plus à en dire ! Je n’ai pas fini d’en parler, je crois, ni d’y penser, ni de m’y référer pour tout ce qui sera métaphysico-bizarre à partir d’aujourd’hui !

11-3

> Saison 1