Quel protocole sanitaire pour les plateaux de tournage de séries ?

Salut les sériephiles,

Comme un certain nombre de fans de séries, j’ai quelque peu soupiré quand j’ai vu que la plupart des séries que je suivais de manière hebdomadaire étaient déjà en pause… Franchement que Fear the Walking Dead le soit alors que les épisodes sont, aux dernières nouvelles en tout cas, produits, c’est énervant. Cela dit, dans un certain nombre de cas, ça se comprend : il ne faut pas oublier que les retours de séries de networks pour une nouvelle saison sont un petit miracle auquel on ne croyait pas du tout au mois de mars.

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This is us, Station 19, NCISComment tous les networks ont-ils finalement réussi à mettre en place des tournages et à diffuser des séries chaque semaine, quand les films sont tous en train d’être décalés et que les géants du streaming mettent encore plus longtemps à sortir leurs saisons ? Et quand un tas de séries sont annulées faute de moyens financiers ou pratiques ? Ce sont des questions que je me posais et auxquelles la lecture du Return-To-Work Agreement signé à Hollywood il y a quelques semaines a permis de trouver des réponses. C’est parti pour quelques infos sur les tournages américains…

Grey's Anatomy' Season 17 Episode 3: Mer Has Covid, & Has It Bad (RECAP) - WorldNewsEra

Concrètement, pour arriver à produire des épisodes et à les diffuser si vite, de vrais protocoles ont été mis en place pour limiter au maximum les risques pour tout le monde. Ca n’a pas toujours été efficace et certaines séries sont reparties en confinement ; mais dans l’ensemble, tout ce qui est mis en place est une véritable aubaine pour nous, téléspectateurs. Et il est à noter que ce dont je vais parler ci-dessous s’applique aussi pour les films, évidemment.

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La partie la plus surprenante de ce protocole est la division en quatre groupes, appelés zones A à D. Et vous allez voir que c’est à faire pâlir nos ministres ensuite, particulièrement celui de l’Education nationale, il faut bien le dire : chaque zone effectue un test Covid, avec une fréquence établie de manière hiérarchique.

Ainsi, la zone A, qui contient tous les acteurs, est testé trois fois par semaine (« au moins » précise le document), et cela légèrement avant le début du tournage. Oui, pensez-y la prochaine fois que vous verrez un épisode tourné depuis le premier confinement : tous les acteurs se sont pris un coton tige dans le nez trois fois dans la semaine. Ca fait relativiser quand on sait que certaines personnes souffrent vraiment énormément de se faire tester. La zone B est en contact assez fréquent avec les acteurs, et pas toujours avec masque (par exemple, les maquilleurs et coiffeurs, je crois… j’ai un doute, ils sont peut-être en zone A… mais bon, vous voyez l’idée) : si vous êtes dans cette zone, vous êtes donc testé une fois par semaine.

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Vient ensuite la zone C (sans déconner ?), qui est testée toutes les deux semaines. Elle est constituée de membres de l’équipe de tournage qui gardent leurs distances de sécurité par rapport à la zone A. Ainsi, derrière la caméra, ils peuvent garder le masque et respecter beaucoup plus de gestes barrières. Enfin, la zone D est tout simplement en télétravail ou à bonne distance du tournage : on y trouve par exemple des monteurs, parfois en contact avec des gens de la zone C… Ils sont simplement testés avant leur premier jour de travail, au cas où. Et pour veiller au bon respect de toutes ces nouvelles règles, de nouveaux jobs sont créées, avec des référents Covid19 sur les plateaux du début à la fin du tournage.

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Le plus impressionnant est que tout ce que le contrat de retour au travail négocié par les groupes et syndicats d’Hollywood semble vraiment bien fonctionner, même si ça doit faire bizarre d’avoir un plateau de tournage sacrément vidé, ou encore que les scénaristes réussissent à produire en ayant totalement réinventé leur manière de travailler : exit la sacro-sainte salle des scénaristes, bonjour le télétravail et les visioconférences ; exit certains caméramens, bonjour drones et caméra à distance (outch). Je me demande tout de même si tout cela va perdurer lorsque l’on sortira de la crise sanitaire…

Le système de zones, je pense bien évidemment que non. Le télétravail pour les scénaristes… Ca me semble être un moyen de faire de sacrées économies, tout de même. Et ça, c’est un argument de poids pour les networks ! Ben oui, c’est bien sympathique ce système de pause, mais on est quand même en pleine pandémie et ça pose plein de problèmes : déjà, il faut pouvoir tester tout ce petit monde dans les temps, et ça doit coûter du fric et du temps. En plus, ce n’est pas toujours possible : certaines séries ont déménagé à Vancouver en catastrophe comme le Canada était un peu plus sûr. Résultat ? Pénurie de tests ! De quoi perdre le sourire vite fait…

Station 19' Season 4 Episode 2: Eye of the Tiger (RECAP) - TV Insider

Ensuite, en cas de test positif, c’est toute une zone qui part en quarantaine (enfin, en théorie, mais apparemment, pas toujours, et ça, c’est fou), pouvant alors paralyser la production de la série. C’est compliqué les cas contacts, après tout, et c’est pour ça que certaines séries ne sont pas encore revenues – genre The Resident. La CW, elle, a joué la carte de la sécurité dès le mois de mai dernier en prévenant qu’elle ne reprendrait les diffusions qu’en janvier… C’est peut-être une bonne solution pour éviter la frustration. En plus, sans surprise, les saisons seront raccourcies pour un certain nombre de séries : Grey’s Anatomy n’aura ainsi que 16 épisodes pour sa saison 17 (c’est un comble, ils auraient pu aller à 17 !), et ça risque d’être de même pour toutes les séries de CBS. Un moindre mal, on va dire, surtout sur cette chaîne où ça va limiter les épisodes bouche-trous où il ne se passe pas grand-chose (les « fillers »).

La cause ? Eh bien, c’est à nouveau un problème de budget. Les tests, réaménagement des plateaux de tournage pour respecter les distances et quarantaines qui obligent à prolonger les contrats, ça coûte cher, représentant 10 à 20% du budget habituel d’un épisode, surtout qu’il a été négocié qu’en cas de quarantaine, les salaires continuaient d’être versés pendant dix jours… Pas évident aux États-Unis (déjà que c’est galère dans plein de secteurs en France !). Sans compter les coûts de déplacement de certaines productions voulant fuir les grandes villes et les problèmes. Bref, Hollywood va être en crise, et on va connaître un bon gros frein à la fameuse peak TV là. Qui sait ? Peut-être que je vais enfin réussir à voir tout ce que je veux dans les temps ? Non, je déconne ! En attendant, je suis bien content de pouvoir regarder encore des séries en cette fin d’année 2020, alors merci Hollywood !

This is US (Season 3 - Episode 5 - Toby) - This Is Us fan Art (41628048) - fanpop

Mais pourquoi les séries parlent-elles du coronavirus ?

Salut les sériephiles,

La semaine dernière, je vous parlais de ces séries qui évoquent le Covid19 dans leurs intrigues, mais je passais à côté du vrai sujet que je voulais traiter. C’est un comble, tout de même. Le vrai sujet ? Je n’arrête pas de voir passer des tweets se désolant et se lamentant (non, je ne suis jamais dans l’excès) de ces séries qui parlent encore du Covid alors qu’on en bouffe à toutes les sauces depuis le mois de mars (enfin, cela dit, évitez de le bouffer, vous finiriez par être testé positif).

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Je réponds que c’est précisément pour ça que c’est important d’en parler dans les fictions ! Alors évidemment, pas toutes les fictions. Je ne vois pas trop l’intérêt qu’une série comme Supergirl évoque le coronavirus, parce qu’elle n’a pour postulat de base de nous parler de la réalité et du quotidien. Aux dernières nouvelles, aucun super-héros n’existe dans notre monde et, dès lors, Kara et tous ses amis n’ont pas à vivre notre quotidien… et même, ça ferait du bien de pouvoir s’échapper de la morosité du quotidien grâce à des séries de ce genre (mais peut-être pas Supergirl, parce que bonjour la qualité quoi).

Supergirl' 3x07 Review: 'Wake Up' | Fangirlish

En revanche, si je ne suis pas blasé de cette situation, au contraire même, c’est parce que des séries qui évoquent notre quotidien dans l’ADN même de leur synopsis ont pour moi tout intérêt à aborder le sujet de la pandémie mondiale en cours. Déjà, c’est important pour la mise en place d’une catharsis moderne qui a besoin d’exister. La catharsis, c’est à l’origine la purgation des passions par la terreur, la crainte et la pitié que l’on ressent face à un spectacle théâtral. De nos jours, ça passe par la violence des films et séries qui permet de se libérer de certaines contraintes et angoisses pour mieux les vivre dans notre quotidien. Et franchement, quand on parle contrainte et angoisse en 2020, je pense que le premier truc qui vient en tête, c’est le coronavirus.

Au-delà de cette catharsis nécessaire, il ne faut pas oublier que les séries évoquant notre monde quotidien jouent le plus souvent avec nous et avec un procédé d’identification aux personnages. Alors bien sûr, nous ne sommes pas les policiers de New-York vu dans Unité Spéciale et nous ne sommes pas les brillants chirurgiens de Seattle dans Grey’s Anatomy… mais nous sommes leurs victimes et patients, nous sommes dans le même monde, nous sommes des humains comme eux, et ça suffit déjà à s’identifier à eux.

mine:-grey's-anatomy | Tumblr

Par conséquent, les séries seraient tout de même nettement moins passionnantes si elles ne traitaient pas elle aussi le coronavirus : elles se priveraient totalement d’une grosse partie de l’identification, pourtant importante dans leur composition, en nous montrant que les personnages ont la chance de mener une vie dénuée d’un paquet de soucis auxquels nous, on fait face. Et ça le fait d’un coup beaucoup moins Grey’s si on a une vie plus merdique que Meredith Grey !

Pour s’en convaincre, je me tourne vers ceux qui regardent Plus Belle la Vie ou NCIS : dans la première, les personnages parlent parfois de l’épidémie, vite fait, comme si tout était déjà terminé… et ça n’a pas trop de crédibilité quand nous, on en est encore à porter des masques et tenter d’avoir notre mètre de distance. D’ailleurs, vraiment, la série française a raté le coche et s’est planté dans les grandes lignes, alors qu’elle avait une intrigue sur le Sars au tout début du confinement ! Pour une série qui a toujours suivi l’actualité de très près, avec des hommages et tout, c’est super dommage (et la qualité est franchement sur le déclin depuis son retour en juin).

Cote de Pablo returns to television with 'The Dovekeepers' | The StarPour la seconde, les scénaristes font le choix du flashback pour ne pas se prendre la tête. Pas d’épidémie à l’écran, donc, mais des contraintes énormes sur le tournage, avec des distanciations physiques à tenir et des figurants moins nombreux. Conséquence ? La crédibilité de l’intrigue se voit amoindrie parce que ça ne fait plus tout à fait vrai.

Et tout le sujet de l’article réside là-dedans, finalement : ces séries visent à nous donner l’impression du vrai, et comment faire vrai en 2020 sans le Coronavirus ? C’est bien trop complexe… Autant l’aborder, donc, et nous permettre de purger nos angoisses en voyant nos personnages préférés se prendre de plein fouet l’épidémie.  Oui, dans certaines séries, c’est difficile à vivre parfois, oui, il y a eu des scènes anxiogènes depuis la rentrée, oui, ce n’est pas toujours agréable… mais c’est donc que ça fonctionne et que ces séries font bien leur boulot.

Certaines permettent aussi de prendre un peu de recul sur certaines situations, comme This is us. Je cite celle-ci parce qu’il est important aussi de souligner qu’il n’y a pas que les séries médicales ou policières qui sont légitimes sur le sujet. J’ai également de très bons échos de la saison 6 de Superstore par exemple (au point que ça me donne envie de la reprendre, c’est dire à quel point il est important de parler de l’épidémie). En plus, elle fait bien son travail si elle arrive à nous faire rire d’absurdités liées au Covid – et on a tous besoin de rire ! 

Voir aussi : Quel protocole sanitaire pour les plateaux de tournage de séries ?

Les séries ont toujours été et sont encore le reflet de la société américaine – et d’ailleurs c’est amusant, en quelque sorte, de voir les différences du protocole par rapport à la France – et aux dernières nouvelles, la société américaine se prend de plein fouet la pandémie. Par contre, je comprends que ça puisse déplaire… Surtout que je reconnais qu’avoir une saison 3 de The Outpost qui traite (par accident, en plus !) d’une épidémie, ça m’a blasé.

Ca déplait aussi parce que par moment, ça paraît trop détaché de notre quotidien : nous sommes des blasés de la pandémie, déjà, et certaines scènes écrites il y a plusieurs mois n’ont plus l’effet escompté, particulièrement quand il s’agit de célébrer comme il se doit les soignants par exemple. On sait désormais toute l’hypocrisie qui peut se cacher derrière des applaudissements à 20h quand dès le déconfinement venu, tout le monde s’est baladé sans masque, par exemple.

Bref, quoiqu’annonce Macron ce soir, s’il vous plaît, continuez de faire attention à vous et aux autres, avec un masque, des gestes barrières et une bonne distance entre vous !